AUTOUR DU MONDE.
69
la nôtre. » Peu à peu son ton devenait plus® e nti et plus grave ; il reprit : « J’étais né pouraire ni ieux. Il eût fallu seulement venir vingtî* 1 , 15 Plus tôt. La guerre sur mer, voilà à quoiJetais voué; la vie de corsaire, quand ce rôlesi beau, si héroïque pour nous ; quand ,vingt chances, nous en avions dix-neuf detitrage, de prison ou de mort; la vie de cor-aire > quand l’Anglais régnait sur les Océans ;( I Ua ud nous laissions pourrir nos belles co-T'es de vaisseaux; oh! que je l’aurais aimee° rs > comprise, idéalisée! On aurait parlé de^ 0n petit Soleil, oh! oui, on en aurait parlé,°usieur. Il se serait attaché au flanc d’unj^ r ° s anglais comme l’espadon au ventre deI? haleine, comme l’insecte sur la croupe du> il l’aurait mordu à y laisser le dard. Maisav ^er a péri : et se faire capitaine marchand,un armateur à ses trousses, avec une mé-que^ Carcasse sous l es pieds, disputer quel-es üards sur le prix du nolis, sur l’achat des
s ücr aui P nx
jj . es ou sur la vente des vins, signer des con-lSs emens, coter des factures, arrimer des
-I . .
ton ’ <aes ca i sses > tl es halles et des barriques,j. Ce la me répugnait, Monsieur; j’aurais touter é à cette existence triviale, tout : mieux
V ^Ut Ai y •
ç i etre negre marron que capitaine mar-
fa
ait* 1 ^' P ouvant devenir corsaire, je
nt %rier; 1’ un vaut l’autre pour le mal que
^onne. C’est une rude vie, je vous le ré-
n> ' ” J’étais impressionné ; il s’en aperçut et5 ,^ , 0ti dit pas ma réplique : « Il y a quelquesles C ° S ’ tra he nous valait des monceaux d’or;tf a b0Uv ern cmens nous laissaient à peu près(j Ue ladies, et les colonies ne s’en trouvaientCfoj ,ïllcux - Aujourd’hui, tout est contre nous ;et Urs > agens coloniaux, espionnage , hautepolice. Le commerce des noirs, pres-»Hili to ^ r « autrefois, ne peut plus se faire qu’auW*iW„ dc P 6rils sans nombre. La contagiondes ropique a gagné jusqu’aux races africai-(l ;i))i ’ e dernier souverain de Madagascar , Ra-bi e ^’ c hef des Hovas, a défendu la traite. Ehc ett e ? e P u is qu’elle est devenue si difficile,à ^ Vle me plaît; j’aime à lutter, à combattre,pêt e , Sav °i r en face d’un danger; j’aime la lem-hrg o a / a lncr ; aux attérages, j’aime les canonsest J eS ct * es boulets qui sifflent. Ma destinéeatt 0 . rn ° Ur ir jeune ; j’y compte. J’épuise tout enl>î e , arit: émotions de femmes, de jeu, de ta-pas ’ç exa S®re tout afin de m’en lasser et de nelig„ re P 0rt er un regret. » Après cette sortie, laSon u ca pitaine, animée jusqu’alors, reprit" ^Près^ eSS *° n dédaigneuse et sardonique.tout > je ne suis pas à plaindre. Voyez :
nous allons dans quelques jours prendre langue ;mon courtier de nègres sera là avec son mol d’or*dre, et un rendez-vous pour une anse de la côte,inaccessible aux croiseurs. J’y trouverai cent es-claves de cent cinquante piastres à cent vingtpiastres l’un. J’irai à terre de nuit, je les comp-terai, les visiLerai, les paierai, les embarquerai,et, le lendemain matin, nous serons au large,couverts de voiles et chargés de butin. C’est unglorieux moment, allez, quand on peut jeterson défi à la croisière , lui faire rompre quelquehaut mat dans une chasse inutile. Puis viendral’instant plus critique encore de l’attérage aveccette cargaison de chair humaine. Sur chaquemorne, sur chaque pic, il y a des yeux qui nousregardent. Pour les déjouer, il faut calculer àl’avance quelle nuit sera plus obscure, quellecrique plus déserte, quelle habitation plus pro-pice. On ne réussit à cela qu’avec un instinctsûr, un coup-d’œil d’aigle. Que de fois, à deuxlieues d’une corvette qui venait sur moi, toutesvoiles dehors, ai-je calculé que j’avais le tempsde vider ma cale et de la laisser sans preuvesd’un fait accompli sous ses yeux! Que de foisencore ai-je jeté à l’eau mon lest d’hommes poursauver le navire , ne pouvant sauver la mar-chandise! Dans notre métier, Monsieur, c’estl’imprévu qui domine. L’expérience y sert moinsqu’ailleurs; car aucune heure ne se ressemble,aucun voyage n’a des incidens pareils, et le gé-nie du chef doit être tout d’inspiration. »
Cet entretien me mit à l’aise avec le capitaine.Dès-lors s’expliquait pour moi tout ce que sesallures avaient offert de mystérieux, et ses con-fidences provoquèrent les miennes. Ainsi, dupeu de jours que je passai à bord du Soleil, na-quit entre nous une intimité dont le souvenirm’est toujours précieux. Ce fut presque avec unsentiment de regret que je vis, le B février ausoir, se dessiner la vaste chaîne de montagnesqui indique le gisement des côtes de Mada-gascar .
CHAPITRE XI.
Le 4 février, le Soleil attérit sur Foulepointe.A peine ancré, le capitaine George sauta dansle canot et vogua vers la Pointc-aux-Bœufs. Laplage qui s’étendait devant nous avec des sablesnoirs et d’une teinte presque métallique, allaitaboutir à un village de quatre à cinq cents mai-sons d’un aspect agréable. Sur la droite s’élevaitune petite batterie, et sur la gauche un bras demer assez étroit en arrière du fort principal. Lespièces de cet ouvrage, dirigées sur la rade, pou-