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Tome premier.
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VOYAGE PITTORESQUE

vaient au besoin être tournées contre le village.Plus loin était le fort, défendu par une tripleenceinte de bois, et portant dans ses embra-sures des pièces de canon ou plutôt des pier-riers, dont le calibre était d’environ une livre.

Le capitaine ne resta qu’une heure à terre:à peine eut-il touché de nouveau le bord, qu’ilcommanda l’appareillage. Quand le Soleil futorienté, il me rejoignit. « Les Français ontéchoué devant cette bicoque, me dit-il. Troisfrégates n’en sont pas venues à bout; avecma goélette je l’aurais prise. » Il me racontad’une manière sommaire la campagne de laTerpsickore, de la Nièvre et de la Chevrelle, surlaquelle je devais avoir ensuite plus de détails.Pendant son récit, nous gagnions du chemin;nous reconnaissions l’Ile-aux-Prunes avant dejeter l’ancre devant Tamatave . Ce village offraitalors un aspect inoui de dévastation. Le fortqui le domine était labouré dans tous les senscomme un ouvrage qu’on aurait long-tempsbattu en brèche. C’était un stigmatè de laguerre toute récente des Français contre lesHovas. Le 18 octobre, Tamatave avait été oc-cupé de vive force par la division navale, etl’incendie du magasin à poudre avait fait sau-ter ses retranchemens.

La yole du capitaine George me conduisit surle rivage, où nous nous dîmes adieu. Il devaitrepartir le même soir. Il me mit entre les mainsd’un certain M. Bellemine, mulâtre de l’Ile-de-France et grand agent commercial des cabo-teurs de Port-Louis . Cet homme n’avait échangéque quelques mots avec le capitaine; mais je com-pris qu’ils étaient décisifs. Quand George eutrepris le large, nous marchâmes vers sa maison,où nous arrivâmes, escortés de quelques natu-rels, les uns nègres, les autres olivâtres, unpetit nombre presque blancs. Les nègres ontpour vêtement un sadilc ou pièce de toile blan-che, destinée à couvrir la partie inférieure ducorps et qu’ils fixent autour des cuisses de ma-nière à figurer une sorte de pantalon ; puis unseimbouc, autre pièce de toile bleue, avec la-quelle ils se drapent presque à la romaine. Lafigure de ces naturels a tous les caractères dutype africain ; les yeux veinés de sang ; les lèvreslarges et bouffies, le nez épaté, les pommettessaillantes, les cheveux courts et crépus, maisséparés en six tresses qui tombent du front jus-qu’à la nuque (Pl. IX —■ 4). En passant devantle camp arabe, nous vîmes plusieurs familles deSéclaves , indigènes de descendance asiatique,fixés à Madagascar de temps immémorial, etprincipalement adonnés au commerce. Les

hommes sont vêtus à peu près comme les u®'grès ; leur teint est seulement cuivré, leurs traù 9ont la finesse et la régularité arabe ; leurs ch®'veux sont lisses et longs. Les femmes les arrafl'gent à l’orientale par de longues nattes qui pe®'dent sur leurs reins. Elles n’ont qu’un mO J ’”ceau de guinée pour vêtement (Pl. IX — 3).

J’eus bientôt vu le pays, et-je consultai me* 1hôte pour savoir comment je pourrais continue 1,maroute vers l’Inde. Une occasion pour l’Inde »c’était presque un événement à Tamatave , etM. Bellemine me conseilla d’aller à Sainte-Mari®

où la chance me serait meilleure. Un bateau ca'boteur partait le lendemain matin pour J*Pointe-Larrée ; j’y pris passage. Débarqué sufce point où gouvernait Corollaire, prince de 5Bétanimènes, mulâtre né d’une Malgache e 1d’un officier supérieur de l’artillerie française »l’agent créole ne me conseilla pas d’y réside 1 ’long-temps, à cause des hostilités toujours pd 1 'dantes entre les troupes françaises et Ranaval®'reine des Hovas. Profitant d’un armistice fi üldurait encore, j’entrepris de me rendre p afterre à Tintingue où nous avions récemmee 1formé un établissement militaire. Deux guid® 5noirs de confiance m’accompagnèrent dans cet ,eroute coupée de larges rivières et de marin*profonds dans lesquels nous avions de l’e al1jusqu’à la ceinture. De distance en distance s<!montraient quelques oasis de terre ferme, co avertes d’arbres et de bruyères, où foisonnait ^gibier. On y voyait par milliers les pintades, h 5tourterelles, les cailles, les merles, les pigeo J1 (verts et bleus. Les étangs abondaient aU aSlen canards de toute espèce, en hérons etpoules d’eau. On eût pu faire une chasse mj'raculeuse. Vers le milieu du jour, mes deuxg 1 ' 1 'des marquèrent la halte sous un bouquet Lpalmiers où quelques provisions et quelq 1 ^fruits cueillis sur les arbres nous composèrent e’ 1repas frugal. Réduit à l’eau pour toute boiss ol, jj’allais en puiser dans le marais voisin, qu aJJun de mes nègres m’arrêta. « Cà n’a pas b olJ ’Mossié, me dit-il, attends vous là. » Puis il ch efcha autour de nous, examinant les arbres ®environs. Quelques minutes après, il m®signe d’accourir; il avait trouvé un raven a ^qu’on a surnommé l’arbre du voyageur ; ^prit une feuille, à laquelle il donna la f° r (Jj ( ,d’une coupe, puis, au moyen d’une ,“ 3 <profonde, il fit jaillir du tronc une eau hmp 1 ^et fraîche, que je savourai avec une espè ce }sensualité. La source était si abondante qu e ^ sdeux noirs en burent chacun à leur tour sl’épuiser (Pl. IX — 2).