182 VOYAGE PITTORESQUE
La coutume existe parmi les Sumatriens ,comme chez les Malgaches et quelques insu-laires de l’Océanie, de se limer les dents qu’ilsont naturellement belles et blanches. Au lieude lime, ils se servent pour cela d’une petitepierre à aiguiser. Les patiens subissent l’opéra-tion couchés sur le dos. Dans le pays des Lam-poungs, les femmes se vernissent les dentsavec de la gomme : en d’autres endroits, lesgrands les enchâssent dans une plaque d’orqu’ils ne quittent jamais. Dans quelques îlesadjacentes, les femmes agrandissent l’oüver-ture de leurs oreilles, à tel point qu’on pourraity passer la main.
Les populations du pays intérieur habitentà Sumatra des dousoms ou villages , situéspresque toujours sur les bords d’une rivière oud’un lac. Ces dousoms entourés d’arbres frui-tiers se composent ordinairement d’un carré demaisons coupées par des ruelles ou des passa-ges. Ni la pierre, ni la brique, ni l’argile n’en-trent dans ces constructions : elles les rendraientmassives et dangereuses dans les tremblemensde terre fréquens à Sumatra . Le bois en faittous les frais : la base des maisons est sur despoteaux de sept à huit pieds de hauteur ; unplancher de bambou en croix repose sur cesénormes pieux, et au-dessus s’élève la cage de lahutte, dont les côtés peu élevés sont surmontésd’une toiture aiguë, et recouverts d’une feuillede palmier qui remplace notre chaume. Pourparvenir à la seule ouverture de ce logement,il faut grimper par une échelle de bambou. Ami-hauteur de la toiture est une claire-voie pourtenir la hutte aérée (Pl. XXII— 3 ).Chaque soir,dans les habitations isolées, on retire le mar-chepied extérieur. L’ameublement de ces casesconsiste en une natte qui sert de lit, et au-des-sus de laquelle court une espèce de dais ou pa-villon fait d’étoffes de diverses couleurs. Enguise de tables on y trouve de grands cabaretsen bois soutenus sur des pieds et qu’on chargede plats en cuivre. C’est autour de ces cabaretsque s’accroupissent les naturels, non pas lesjambes croisées comme les Turcs, mais le coudeappuyé sur l’un de leurs genoux. Les alimensordinaires des Sumatriens sont des végétaux,et le riz surtout qu’ils préparent en kary ; maisils ne s’abstiennent pas de viande comme lesHindous. Le buffle, la chèvre, la volaille figu-rent souvent rôtis sur leurs tables. Ils salentles œufs de poisson et font grand cas d’une es-pèce de caviar, composé de frai de chevrettes.
Le nombre des langues varie à Sumatra en
raison du nombre des races. On y parle l’aclii-
nais, le batta, le rejang, le lampoun 0 >^même temps que le malais, idiome douai 113et racine des autres idiomes. La langue n ia ^dont on ne saurait préciser le berceau, eS ^ j)Sdialecte facile et sonore qui s’est répandu ^ ftout cet archipel océanien, et qui a mén te £, rsa douceur le surnom d 'italien de V On en ^' $bondance des voyelles, et la rareté des coU 5 ^nés muettes qui s’y trouvent, en ont f alt
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harmonieux et doux langage. Aussi lesont-ils une littérature et une poétique : d sdes chansons, des ballades et d’autres c °sitions. Quelques termes arabes et portusont glissés dans leur idiome qui se pret e , ^pareils néologismes. Ils écrivent aujourd'hui-caractères arabes quoiqu’on retrouve dan 5 1 ,j-ques peuplades de l’intérieur une écritur r ^
mitive et originale. Le rejang et le batta»sont les dialectes les plus répandus après I e ^lais, en diffèrent moins parles mots que Pf^Cisens attributif.il est sans doute extraord 111 '^unique peut-être dans l’histoire de l’hoB 1111 ^ 1 'deux peuples, habitant la même île, se al’un et l’autre aborigènes, arrivés à une ^
sation égale, parlant des langues de s °commune , aient des alphabets distincts » pseulement l’un de l’autre, mais de t0 ^ c jl l!alphabets connus. La différence la plus r 3 ppqui existe entre le malais et les idiomes Ptifs, c’est que le premier s’écrit, comme 1 3 mde droite à gauche, tandis que les autres, ie ^ c \P }le rejang et le lampoung, s’écrivent de S 3 ,<;i'
de J
droite. Les caractères se tracent avec de c j')’sur des feuilles d’arbre, ou bien avecou poignard sur des morceaux de banm 0 ^ JPLes indigènes de Sumatra n’ont P‘ ^notions bien étendues sur les sciences-années sont lunaires comme celles de s ,. 0 \ù
mais ils arrivent à préciser 13 ‘^5 ^
la 1 ' 3sai s0l .cï'
metans
lion solaire parla combinaison desdes récoltes. La division par semaines 3inconnue, ils comptent les jours p ar s jS 3la lune. La périodicité des marées, les P^ $$la lune sont prévues et calculées par e g ( oy {dant les éclipses, ils font un charivari cà l’aide d’instrumens sonores pour e ,* 0 xétÿdisent-ils, que l’un des astres 11e soit £ l ^l’autre. Quant à la chronologie et jje? ^j,l’histoire, on 11e trouve rien d’arrête ^sur ce point : la tradition seule p el P eques souvenirs des siècles antérieur veidgraphie , même ignorance : ils ne sa ^pas que leur pays est une île. Les m ^ $enais voués à la navigation colieieretenu des Arabes et des Hindous