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VOYAGE PITTORESQUE
ma pose pour de l’extase , me racontait sesaventures de mer, ses navigations d’Inde enInde ; il me disait les qualités de son navire, sesprouesses de fin voilier ; il me parlait la larmeà l’œil de je ne sais quel maître d’équipage ,que la fièvre lui avait tué. Les soins de la ma-nœuvre dans un chenal étroit me donnaientLien par intervalles quelque répit ; mais chaquefois que le damné capitaine avait quelquesheures de loisir, il se rabattait sur moi avecune obstination désespérante.
Un jour pourtant le hasard porta l’entretiensur un sujet qui réveilla toute mon attention.Nous étions au vent des îles Carimon quand nousvîmes débouquer des criques qui l’entourentsept à huit pros malais , naviguant à la voile età la rame et poussant leur bordée vers la goé-lette. Ces pros étaient de longues embarcationspontées, étroites , effilées , pointues aux deuxbouts et taillées pour la marche. Aucune tèted’homme ne paraissait à bord ; car de largesnattes formaient une espèce de toiture sur lepont et cachaient un équipage mystérieux.Aussi, à voir ces barques s’approcher avec uneagilité merveilleuse , on eût pu croire qu’unepuissance surnaturelle les poussait de la sortesur les eaux. Mon capitaine Grundmann n’en-visagea cependant point la chose sous son aspectpoétique. « Tout le monde sur le pont ! » cria-t-il,et à l’instant les douze matelots de la goélettese rangèrent près des bastingages. Quelquesméchantes piques d’abordage, six fusils rouilléset huit sabres furent tirés de l’arsenal de lachambre ; on poussa hors des sabords quatrecanons en bois peint avec lesquels on simulaune espèce de manœuvre ; on arrangea enfinune sorte de branle-bas de combat. Les prosn’en poursuivaient pas moins leur route, silen-cieux , mornes, efïrayans d’impassibilité. Lepremier d’entre eux était à portée de fusil, etsous son dôme de nattes on pouvait distinguerdes visages bruns, des tètes d’une expressionfarouche, coiffées du turban, du mouchoirroulé , ou du chapeau de paille en forme decône. Les autres pros s’échelonnaient de dis-tance en distance , de manière à soutenir aubesoin la tète de l’escadrille : c’était du moinsainsi que l’on voyait les choses à bord de lagoélette. La terreur fut au comble quand le prosle plus avancé ne se trouva plus qu’à une demi-encablure. Alors mon Néerlandais pensa qu’ilétait temps de se montrer : il se dressa de toutesa taille sur une cage à poules, emboucha le plusvaste portevoix du bord et d’une voix tonnante :« Au large! dit-il en méchant malais , au large,
ou je le coule !» Il lui eût été difficile de do 11 ®^suite à cette menace ; et pourtant, touteronne qu’elle fût, elle produisit son eff e ^pros laissa arriver et passa sur l’arrièregoélette; les six autres imitèrent la man*® 11et bientôt nous vîmes défiler ces embarcad^dont quelques-unes portaient un ou deu* Pjj s ,riers. A l’ombre de leurs tentes on pouvadtinguer alors des équipages dix fois plus 11breux qu’il ne fallait pour exécuter 1® ^nœuvre. Mon Grundmann, toujours dro> £ ÿll’arrière, suivait tout cela dans le verre (lunette et je l’entendais exhaler ses craint cS .' )l5un monologue entrecoupé de jurons : « '-f 1 . fll i-de rats de mer ! médians détrousseurs d jnêles navires! criait-il, arrivez, arrivez'^je vous coule, que je vous tue, que J e ^j,!pende tous aux vergues de ma goélette !-^vous avez peur, vous gagnez le large > ^
fuyez devant Grundmann, trembleurs q ue si eêtes : avec vos pierriers, vous prenez 0 ^!
devant nos canons de bois. Chiens de a
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gueux de Malais ! poltrons de Malais ! » ^ ^à peu l’accentuation du capitaine en était jj,aux notes les plus éclatantes ; il vociférait! s jjoignant le geste aux paroles, il brandis^,longue-vue comme une épée d’archange-ce moment, avec sa figure pourpre , seS J f eS'hors de leurs orbites, ses lèvres écu t i'ses narines qui soufflaient la colère, Umirable , il posait pour moi, ce bon cJ P jjjS'Grundmann ! Je ne pensais plus aux a ^je ne voyais que mon héros debout sur * a aj'à poules, prodigieux de fureur et beau dtion. J
Enfin, quand les pros furent horsportée de sa voix et de ses gestes, il d esC /et vint vers moi. « Ah ! mon ffentilhon 1111 ^ ’ 11
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oublié de vous donner mon mousquet devous auriez fait le coup de feu comme l eS ^ 1n’est-ce pas?— Sans doute , capitaine^ jjPme semble que vous vous êtes exagéréger. Ces gensdà ont passé bien tranci 111 yfl' 1 *à côté de la goélette! — Mon passage 1 " >avez devant vous un vieux routier d^ ^ii 1indiennes. Ces îles que vous voyez
; là, lc .r it <p
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et le petit Carimon , sont deux nids de P i5 ^on y compte cent pros armés pour deles vaisseaux marchands. Il y a quelfi 110 ^,de cela, sous l’administration de J1 °baron Valider Capellen, gouverneur c c y
des canonnières hollandaises balay 81 ^^,^écume de la mer • aujourd’hui elle i)
Race infernale d’hommes, ajouta-t-i