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VOYAGE PITTORESQUE
s’entre-déchiraient frappèrent notre attention,mais l’une d’elles surtout nous offrit un groupebien caractéristique par ses contrastes de physio-nomies. Les deux maîtres des coqs poussaientchacun leur athlète au combat, et sur leurvisage passionné et inquiet se reproduisaienttoutes les chances aléatoires de la bataille. Prèsd’eux, parieurs ou simples témoins, se pres-saient quatre Tagals , vivement impressionnéspar ce petit drame arrosé de sang (Pl. XXXII—2).La scène ne finit que par la mort de l’un desdeux champions. Le vaincu en fut pour sa bêteet dix réaux, montant du pari.
Au milieu de cette fureur générale pour depareilles distractions, un seul coq peut être lafortune d’un Tagal. Grâce à son éperon meur-trier , la famille vit, la femme a des colliers d’oret de verre, l’homme du tabac. Aussi le coqest-il l’enfant gâté de la maison; le Tagal le pré-fère à sa femme , à ses marmots, à tout enfin ; ille caresse à chaque minute, le porte toujourssous le bras, soit qu’il aille à ses affaires, soitqu’il visite ses amis. Son coq est son trésor, soncompagnon , son maître; il a droit à tout sa viedurant; il est pleuré après sa mort.
Cette passion pour les combats de coqs esttelle chez les Manillais que le gouvernementespagnol en tire aujourd’hui une taxe assez con-sidérable. Ces jeux sont devenus une exploi-tation en grand, une ferme théâtrale. Le pre-mier acte d’intervention de la part du fisc a étéd’affecter certains endroits aux combats descoqs, et d’ouvrir ainsi à ces champions unchamp clos spécial et privilégié. Là, quand lalice est ouverte, un préposé perçoit un droit àla porte, non par tête d’homme, mais par têtede coq : un real s’ils ne se battent pas, trois•’éaux s’ils se battent. Il faut voir quelle foule,e presse dans ces cirques, quel silence y règne,quelles énergiques passions s’y révèlent sur lesfigures. Le toréador de Séville ou de Madrid neprovoque pas dans la population espagnole deplus palpitantes émotions, des angoisses plus ca-ractérisées , des joies plus vives , que ne le faitun combat de coqs sur une assemblée tagale.
Le tournoi est ouvert; silence! Voici deuxchampions, deux héros de l’espèce : non pas deces races abâtardies qui s’enrouent à l’air de nosbasse-cours, pachas amollis dans le harem , néspour l’amour et non pour la bataille ; mais de ru-des et forts athlètes, coqs de sang pur et vierge,élevés dès l’enfance pour la guerre , voués à unevie courte et militante. La joute est grave, so-lennelle , attention ! Avant de lancer l’un contrel’autre ces adversaires qui se mesurent de l’œil,
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des arbitres choisis dans la foule les exaD 1 * 0 .avec la plus scrupuleuse impartialité,leurs forces, comparent leurs moyens d aC r ^icdécident en jury souverain si la lutte est L viet licite, ou si elle offre trop de disparité. L ^les champions sont à peu près assortis» c ‘ ^propriétaire arme les pattes du sien de P 6 ^,.lames d’acier, longues, étroites, affile eS ’ £l ><dant ce préliminaire, quelques derniè 1 ®^resses, quelques mois flatteurs sont di stl ^ e javec à-propos pour réveiller le sens nia*' 08 j(1 fgladiateurs ; les enjeux se font, s’éiale 11 ^^)l’am ène ; on règle les paris , on dispose les p ,^j|de manière à ce qu’ils puissent suivre d eles chances de la lutte. , ! c ; '
Enfin le signal est donné ; les champ 10lancent, les plumes hérissées, les crêu s P^sprès de colère. La victoire est, parfois al1fort, d’autres fois au plus habile. Le bec 05 ^arme que dédaignent les athlètes roués ; clipant ainsi, on se livre sans porter de c ° u j! il ci Élcisifs. La plus grande ressource est dau s g’des éperons , arme d’emprunt, maisanimaux comprennent l’énergie. Auss 1 5 j/cent-ils en portant leurs pattes en aVallt | Cl ^qu’à ce qu’ils aient frappé leur aiilage 11 * 5 ÿ\dqu’ils tombent frappés eux-mêmes. T e5 t |i f 'sures qu’ouvrent ces ergots postiches s011et souvent mortelles. Si la
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quelque temps sans résultat marqué, o»pause pour laisser reprendre haleine a 0 "^ ^batlans; on nettoie leurs égratignures >verse dans le gosier du vin chaud ai' 0puis on les relance dans l’arène où ü s , jgnent avec un acharnement rcdouG 0 ',^ J 1 *qu’enfin l’un des deux succombe, le 111 ^ <)0 ,vainqueur ramasse les enjeux et le co> P ^t) 1 ^victime. Il arrive aussi parfois, après I echoc, que l’un des deux athlètes , reco Jlt> sl /
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dans son antagoniste une force par ‘ g a' 1 ; ;rieure , se rebute et fuit la bataille. A
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ramène, on l’encourage, on l’exci te ’
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Cette passion pour les combats de , 5 (1^
plus vive nuance du caractère tagal- ^ ,,iiytout est demi-teinte. Il en est de même^ J 1 ■race croisée d’Espagnols et d’i»d>o eI * s e. j;
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nature plus neutre encore et plusmétis s’occupent en général d’agric u11 ^commerce. Plus actifs, plus rusés que lC Jils les priment dans tous les écliai 1 » 6 *