390
VOYÀGE P1TTORESQ UE
lement ce sacrifice. Pour un mot, pour lamoindre querelle, pour une lubie, le Japonaisse coupe le ventre. L’usage en est banal ; etquand on cite un suicide, personne ne s’enétonne; on s’inquiète du motif tout au plus.Dans leur jeunesse, les enfans de famille s’exer-cent, afin de s’en acquitter, à l’occasion, avecgrâce et dextérité; ils prennent des leçons pourbien mourir, pour que l’acte final leur fassehonneur; ils s’appliquent à ce jeu avec autantd’ardeur que nos adolescens en apportent auxexercices gymnastiques. Cette direction d’idéesleur inspire, dès le plus bas âge, un profondmépris pour la mort; ils sont jaloux de la pré-venir par un dévouement d’éclat; ils la préfèrentà la plus légère insulte. Le point d’honneur estainsi devenu un des plus saillans côtés du carac-tère national; il lui a conservé celle trempe éner*-giquequise fùtamollie dans de longues années depaix. La loi elle-même a prévu le suicide et en aréglé les circonstances. Pour qu’il se consommed’une façon légale, il faut que la victime ait sarobe blanche, et son vêtement spécial sans armoi-ries, sans ornement. Quaud le noble en est re-vêtu, on garnit l’extérieur de la maison de ten-tures blanches, pour cacher les pavois de cou-leurs où sont brodées ses armes ; puis, devant lafamille assemblée, il s’ouvre le ventre avec unpoignard. Les officiers civils et militaires s’atten-dent tous si bien à cet incident, qu’outre leurcostume ordinaire, ils portent toujours aveceux, et même en voyage, l’appareil nécessairepour le suicide légal.
Un jour, deux seigneurs attachés au palais duséougouti se rencontrèrent dans l’escalier; l’undescendait les degrés avec un vase vide, l’autreles montait avec un plat destiné à la table impé-riale. Le hasard fit que leurs sabres se heurtè-rent. C’était un bien miserableincident ; au lieude passer sans y prendre garde, celui qui des-cendait s’en fâcha. L’autre fit des excuses , ajou-tant qu’après tout, le malheur était petit, qu’iln’y avait au fond de cela que deux sabres quis’étaient touchés, et que l’un valait l’autre.« L’un vaut l’autre, reprit l’offensé; vous allezvoir que non. » Et tirant son arme, il s’ou-vrit le ventre. Saus dire un mol, le second en-jambe l’escalier, court poser son plat sur la ta-ble de l’empereur, puis revenant essoufflé versson adversaire qui agonisait : « Sans le servicedu prince, dit il en criant, je n’aurais pas tanttardé. Un sabre vaut l’autre », ajouta-t-il aprèss’être aussi fendu le ventre.
De pareils épisodes se reproduisent fort sou-vent. En 1808 le Phaéton , vaisseau de guerre
anglais , entra dans la haie de Nangasaki p al \ 01 ,chenal réputé si dangereux qu’on avait neg 11 »^de le garder. Ou ne s'aperçut de l’entrée du l ' avire que lorsqu’il était déjà pies du mouu 1 ^devant le Papenberg, à une lieue à pei ne .Nangasaki. Ne se doutant de rien , les am°tés japonaises le prirent d’abord pour un ement hollandais, et le laissèrent app r0 , ggmais quand elles virent les couleurs britan” 1( jse déployer à son mât de pavillon , ce fut ü ^toute la ville une levée de boucliers : le g° u ^neur fil un appel aux troupes campées da’’ senvirons, des préparatifs formidables s ^f c jvisèrent de tous les côtés ; plusieurs cent 8 * 1
l’eu;
de canonnières japonaises firent voile verstrée de la baie de manière à couper la ret |-a j6l’audacieux étranger; enfin 11,000 homn lC * f( ,fdéployèrent sur la plage, disposés à fairecher aux Anglais cette inutile fanfaron 1 ’ 1 tHeureusement pour le Phaéton qu’il s’ap e ^de tout ce mouvement, et qu’à la marée d 1 -' 5 ^,dante, avant que ses ennemis fussent tous opés, il put sortir de la baie.de Nangasaki*Dans nos habitudes européennes, dan®
façon de juger la responsabilité d’un fa 11
naire, que devait-il résulter de cet événen 1 ^.Le gouverneur japonais était-il coupable ' ^ 0 (iil été condamné par un conseil de guerresans doute : mais la loi indigène n’avait P‘tempéramens aussi doux ; nul moyen ” tl é‘de justifier aux yeux de l’empereur cegligence qu’accusait un événement in a /yc” 1 ’Aussi le gouverneur aima-t-il mieux P 1 5 oi’la sentence. Après s’être consulté a ' fe . C j ) ie >lgokaro , ou premier adjoint ; après a v£ j^ s il’ 1 ”pris toutes ses mesures, il quitta le p a t pi’’périal pour ne pas le souiller, se renfer^un pavillon du jardin, et après avoirvaut la coutume, son dernier verre dil s’ouvrit le ventre avec un sabre. P° u ^rir plus vite, un ami intime
a mouri
assisté dans ses derniers momens lui en’ 1petit couteau dans le cou. Comme l a e d^Nangasaki est confiée également à l aprince de Fiseu, il se trouvait solidaire cgligence commise; mais, mitigée par leS £ c0 fi jdéjà accompli, la punition du prince - 5 ,
. .,*i O* 1 * „tl*
jeeen cent jours d’arrêt dans son p^
nnell r re Condam ”é à payer une e
üe " e de Jui,,e hobangs (28,000 fr.là l aaux enfans du gouverneur qui s’était é* e ^e mépris de la mort et cette fréque ^’■ .$e n existent pas seulement clans les r ^, es : , des traits pareils ne manquent
peuple : seulement ils y sont moi IlS