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VOYAGE PITTORESQUE
tement le bassin tout entier, que nos guides,profondément endormis, se réveillèrent en sur-saut. Makoa se leva, et les bras tendus vers lescratères : « Pele va paraître, » dit-il. Il avait àpeine dit, qu’une immense colonne de fumées’éleva sous nos pieds : le sol se raffermit ; maisun cratère assoupi, auprès duquel nous avionspassé le matin même , projeta une colonne deflamme éclatante, vomit des pierres rouges etdes cendres qui arrivaient jusqu’à nous ; puisdéversa sur les scories du cône deux ruisseauxde lave lumineuse qui serpentaient jusqu’aupied. Je ne pouvais détacher mon regard de cemagique effet de scène , quand sur un point pluséloigné se révéla un lac flamboyant, de deuxmilles au moins de circuit. Cette onde de feuclapotait comme le flot de la mer, et du choc deces vagues ardentes naissaient des jets ignés,dont quelques-uns allaient jusqu’à cinquantepieds de hauteur. J’étais en extase devant cesprodiges : je suivais avec un effroi curieux cettelutte des élémens, cette nature qui cherchaitencore son équilibre depuis le chaos. C’était hor-rible et beau, imposant et douloureux. La lan-gue est bien pauvre pour dire de pareilles scè-nes; l’art est bien impuissant à les reproduire.
Muet d’admiration , je passai ainsi ma nuit àregarder. Au jour, fatigué de cette veillé, deces lueurs qui dévoraient l’œil, je repris pour-tant ma route en compagnie de mon braveguide. A un mille de l’endroit où nous avionscampé, Makoa fit une halte auprès de deux pe-tits réservoirs d’eau très-fraîclie, circonstanced’autant plus curieuse qu’à deux ou trois toisesde distance, s’ouvrent des fissures d’où s’exha-lent des vapeurs enflammées. Ce sont ces va-peurs même qui, condensées par l’air froid de lamontagne, retombent en rosée et forment ces ré-servoirs d’une eau distillée à cet alambic naturel.
De ce point nous passâmes sur le côté orientaldu cratère, dont le capitaine Bvron estime lahauteur à trois mille pieds au-dessus du niveaude la mer. Là nous suivîmes un sentier fortétroit, où je ramassai plusieurs échantillons delave à l’état de scorie presque vitrifiée, fragileet brillante, d’une couleur noirâtre ou rou-geâtre. Je remarquai aussi une grande quantitéde lave vitrifiée en filamens ténus, que les na-turels ont nommés Rau ohoo Pele, cheveux dePele. Ces filamens, de couleur olive foncée,demi-diaphanes cl très-fragiles , ont quelquefoisplusieurs pouces de long , et se rencontrent jus-qu’à sept milles du grand cratère.
U serait trop long de dire ce que nous vîmesde petits cônes volcaniques, de cratères sccon-
Ce
daires de grandeurs et d’états variables,quej’exaininai plus attentivement alors, ce f** 4boyaux par lesquels la lave avait coulé dai> sgrand cratère. Ces conduits s’étaient fermés P'
le refroidissement de la lave à la surface etS |(ses côtés, tandis qu’elle continuait à couler ^dessous. Quelques-uns de ces boyaux ava* e _dix ou douze pieds de hauteur et autant de ^geur. La concrétion s’opérait avec régularité»^la voûte intérieure formait une courbe à laq**Q.adhéraient des stalactites de lave sous toute 5formes imaginables , tandis que le pavé rcs 5 (
|p
blait à un long ruisseau de verre. Les sinuo 51 jde la surface était’* 11 ,9f'’
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au moins sais* Iil
marchant encore.une réfrigération subite
du courant et les rides
bien conservées, qu’on l’eût dit se mou'' 1 fou tout au moins saau moment où
dulait.
Curieux de voir le point d’attache d’tt’yces canaux, je le suivis jusqu’au borddu grand cratère, à l’endroit où la cascad® plave devait se précipiter. Elle y avait for* 1 ’ 8 ,,ibassin spacieux , auquel ces coulées tot** p ,ed’une centaine de pieds avaient donné la t^ela plus heurtée, la plus bizarre, la plus co>* (j \que l’on puisse concevoir. Çà et là gisaie* ,t ))) ;|-outre des blocs de basalte du poids de d*-)liers, qui ne pouvaient apparteniréruptions antérieures, et presque inexpl* c ‘ 1par l’état actuel du terrain.
Plus loin je vis le cratère que lesnomment Kirau-ea-iti, le petit Kirau-Ë a 'isthme de cinquante toises de largeur la 8du volcan principal. Les bords moins e5 c t /
et couverts de buissons annoncent qu’il 58
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temps. A quelque distance se ^\t e
depuis lon 5 ^
vaient les ruines d’un ancien lieiau ^Oara-rauo, consacré à Pele. Kamaka~akt' Jii(l’œil de dieu), prophète célèbre quitemps de Tamea-Mea, en fut le desserva* 1 ^^ 1dant longues années. Ses autels reg°*’r > | C j e* 1d’offrandes venues de tous les coins de *y apportait des chiens, des cochons, ^ eS j (5 ^et du poisson. Ces objets devaient être c ^ g 0’fumerolles enflammées qui s'échappe** 4 fe 11 ’sures volcaniques ; préparées avec un a 'fo * 1elles auraient été entachées de profana 4 * 0 ^^ )c sle terrain de cette plaine est si chauo^^eS'insulaires qui viennent, dans ces ® î0 f fe 1 * 1couper du bois pour leurs cabanes ou P^fliC** 8 )pirogues, font toujours cuire leU ! S c l n f e ^viandes, poissons ou légumes, en I epant dans des feuilles de fougère, et
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terrant durant quelques heures. ^Chcminnut à travers cette rég
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