Band 
Tome premier.
Seite
466
JPEG-Download
 

466

VOYAGE PITTORESQUE

cœur, et plus que moi-même. Aussi, en te voyantdans mon pays, je ressens une joie que monpauvre langage ne saurait t’exprimer. Tu trou-veras ici tout bien changé. Tandis que Tamea-Mea vivait, le pays était florissant; mais depuissa mort, tout tombe en ruines. Le jeune roi està Londres ; Kaahou-Manou et Karaï-Mokou sontabsens pour quelques jours, et Cliinau qui lesremplace a trop peu de crédit sur le peuple pourte recevoir comme il convient à ton rang. Il nepeut te procurer autant de cochons, de patateset de taro, qu’il t’en faudrait. Combien je re-grette que mes propriétés soient sur l’île Mawi siloin à travers la mer ! Si elles étaient plus près,tu serais chaque jour entouré de cochons. Aus-sitôt que Karaï-Mokou et Kaahou-Manou revien-dront, tous tes besoins seront satisfaits. Le frèredu roi vient avec nous ; mais c’est encore un en-fant sans expérience qui ne sait pas distinguerle bien d’avec le mal.

» Je te prie d’embrasser ton empereur enmon nom. Dis-lui que je voudrais bien le fairemoi-même; mais la vaste mer nous sépare. N’ou-blie pas de faire mes salutations à toute ta na-tion. Puisque je suis chrétienne et que tu l’esaussi, tu excuseras mon écriture. La faim m’o-blige de terminer ma lettre. Je désire que tupuisses manger aussi la tète de ton cochon avecplaisir et appétit. Je suis avec une constanceroyale et un amour éternel,

» ta Nomà-Hana. »

La mort de Rio-Rio, annoncée publiquementdans l’archipel, mit en jeu quelques ambitionsrivales. Le roi titulaire de Tauai, Taumou-Arii,étant mort en mai 1824, son île devait faire re-tour à la couronne ; mais le fils du titulaire vou-lut profiter de l’absence de Rio-Rio, pour semaintenir malgré le droit. 11 fallut que Karaï-Mokou fît justice avec les armes de ce chef ré-volté. Karaï-Mokou était donc l’ame et le brasde ce royaume. Aussi en fut-il nommé régentquand, le 6 juin 1825 , on proclama roi Kau-ike-ouli, frère cadet de Rio-Rio, âgé de dixans, élève et néophyte du missionnaire améri-cain Bingham.

Le premier acte du régent fut de confirmerles droits d’ancrage et de mouillage établis parTamea-Mea sur les navires étrangers, droits detrois francs par tonneau sur ceux qui entraienten relations d’affaires, et de six et dix sous partonneau pour ceux qui se bornaient à une simplerelâche. Karaï-Mokou survécut peu d’ailleursà l’avénement de Kau-ike-ouli; il mourut d’hy-dropisie en 1828 , à l’âge de 70 ans. Après

. le

Tamea-Mea, Karaï-Mokou est l’homme qui a ‘plus influé sur la civilisation et la conqu etede l’archipel. Boki lui a succédé sans le re*"placer. L’homme important aujourd’hui, e’e* 1Koua-Kini le frère de la reine Kaahou-ManoU'âgé de cinquante-deux ans. Vert encore,manières affables, de physionomie intellige" 10 ’Koua-Kini a de la portée pour les affaires) 0la prudence, de l’impartialité et de la résolut' 01 !(Pl. LYI1I—2). Sa fille Kini a été fiancée au r01en janvier 1830.

J ]Vi

Kau-ike-ouli, le souverain actuel, âgé de u-^neuf a vingt ans, donne les plus belles espé ra3ces. Doué de dispositions heureuses , spirit" 0 ^bon , impartial, généreux, il deviendraitgrand roi s’il était bien conseillé ; mais à l’h eUoù diverses prétentions viennent se croiser e a ^ses Etats, placé au milieu de rivalités conii" ^ciales qui s’excluent, il lui faudra de la for° e ^la fois et de la prudence pour tenir une bal" 0 .égale entre tous ces intérêts. Anglais , A 1 "^cains, Russes, convoitent le groupe d’Hawaii 5 ^pour s’y établir à demeure, soit pour y ob te j^des privilèges qui en chassent leurs concur* -0Si ces trois puissances ne se neutralisaient P. (l’une l’autre, si elles ne se tenaient pas en adevant cette proie, à distances égales et se *' ^

veillant autant qu’elles la surveillent,depuis* ,temps l’archipel serait russe, américain ° uglais. Gela durera-t-il toujours ainsi? Les s yîles polynésiennes qu’occupe un corps '"^é'tant de nation resteront-elles long-tempspendantes d’une suprématie lointaine? i e jike-ouli mourra-t-il roi d’Hawaii ? Ce sontquestions auxquelles le temps seul pou''*’ 3pondre.

to#'

■r»"'

CHAPITRE LU.

POPULATION , MOEURS, COUTUMES, RE U* GI

Les habitans des îles Hawaii , l’une des $des divisions de la famille polynésienne ) se ]<>Sprochent par une foule de points des P eU j<>staïtiens. Dans l’un et dans l’autre arclnp echefs ^constituent une classe distincte» te l<rieure aux autres par la taille, la force et * 0l) tligence. Plusieurs chefs hauts de six p*° p e jrune force proportionnée à leur taille- kf 8mes surtout, colossales à la fois et c ^ii*’d’embonpoint, se distinguent par unemusculaire dont on ne peut se faire un^

Les jeunes filles même, plus sveltes, pafcieuses dans leurs contours, étonnent a fa)la puissance de leurs muscles (Pu. LVlU^j |’b a 'hommes ont peu de barbe ; les femmes