Band 
Tome premier.
Seite
482
JPEG-Download
 

482

VOYAGE PITTORESQUE

meurer en reste, et qu’à de telles démonstra-tions ils devaient répondre par des démons-trations plus significatives encore. A l’instantmême il s’en était ouvert au régent Haape, quiavait approuvé celte pensée, et les détails d’exé-cution avaient rempli l’entretien des deux chefspendant toute la traversée du bord à terre.

Il fallut donc renoncer à voir les naturelsce jour-là, à les visiter dans leurs cases. Us étaient absorbés dans leurs préparatifs; ilsavaient affiché une clôture pour cause de répé-tition générale. Les déranger dans cette occu-pation eût été indiscret et maladroit. Que fairealors? Comment employer une heure ou deuxsur le rivage? Je me souvins heureusement dela relation de Porter, de la ville qu’il avait fon-dée , de Madisonville. J’en parlai à Morri-son, qui sourit d’une manière singulière: « AMadisonville, mes maîtres! dit-il, marchons;me voici prêt à vous y conduire. » En effet, sansarticuler un mot de plus, il nous guida à tra-vers des bois touffus qui bordent la plage. Nousavançâmes ainsi pendant un quart-d’heure en-viron, et nous croyions nous trouver loin dubut de notre course, quand Morrison s’arrêtaau milieu de fourrés épais, et s’asseyant sur untertre, me regarda fixement, et dit: « Nous voicià Madisonville. —- A Madisonville ! » m’écriai-je avec surprise; et je promenais ma vue detoutes parts. A droile et à gauche, devant et der-rière nous, je ne voyais que des taillis épais,semblables aux ('jongles indiens, des muraillespresque impénétrables d’arbres, d’arbustes et delianes. Je m’imaginais que Morrison avait voulufaire le mauvais plaisant, quand il reprit la pa-role : « Oui, dit-il, c’est ici que Porter fonda saville, ou plutôt le village qui devait en devenirune : il y eut ici, quand il commença son œu-vre, quelques défrichemens, quelques coupesqui éclaircirent le local; mais dès que les hommeseurent renoncé à leur tâche, la nature reprit lasienne, et le village du capitaine américain re-devint une forêt. » En même temps, écartant lesbroussailles, il me montrait quelques fonda-tions en pierres et quelques poutres vermoulues,dernier vestige des travaux de Porter et de sescompagnons. « Comment! m’écriai-je, quinzeannées ont donc suffi pour opérer ce change-ment?— Quinze années n’étaient même pas né-cessaires, Monsieur, me répondit Morrison : ily a plus de six ans que j’habite cette île, etquand j’y arrivai le village «avait déjà disparu.Seulement alors les arbres étaient moins grands,et quelques toitures branlantes restaient encoredebout. » Il fallut nous résigner : Madison-

ville n’existait plus. Nous nous contentai 11 ^donc de jouir de la fraîcheur des bosquets»d’admirer celte nature toujours si riche danszones équatoriales. g

Le jour suivant devait être marqué par n°réception solennelle. Pour rendre les procÇ

for

rai>^

égaux de part et d’autre, Pendleton donnadre d’arborer le pavillon blanc en tête du g ra ^mât, et bientôt la mer fut couverte de \pu'°Sou de têtes d’insulaires. Les femmes surto üt ’qui l’on offrait une revanche, se hâlèren 1l’accepter. Elles glissèrent comme des daup'^j,de la plage au sloop, et eurent en peu d e ^nutes envahi le pont. Il s’y passa des ép 1 *® j £Sdont l’analogue n’existe que dans les vi 1 ’ 1 ^fêtes païennes. Nos matelots consolèrentment les Nouka-Hiviennes des rigueurs r ® c f'^tde leur commandant. Le bord ce jour-l*tout entier au plaisir.

A terre les choses se passaient avec p^ 5

»

cérémonial. Morrison était venu nous pi' e "

,dr e

à midi pour nous conduire vers les chefs - 1 ^ c .nous embarquâmes dans la baleinière, P 6 ' 1

ol iS

ton, Philips et moi, n’ennnenant avec 0

- J)

cette audience qu’un nommé Dig, maiti' e '.tel du bord, garçon simple et crédule, T'^jt

sait alors son premier voyage sur mer.

pu 1

lui qui était chargé de porter les présens- v ^

le cours du trajet du bord à la plage, n° llS ttmes escortés par une multitude de pirog^^i-au débarcadère tous les insulaires s’élaieH 1 jrgés eu haie pour nous recevoir et n ° uS jiju s 'passer. Deux chefs subalternes, espèces a ,tpecleurs de police, semblaient spécial®, jtfchargés par le régent de veiller à la su 1 ®nos personnes.

A peu de distance du rivage, le régen 1 p c oi‘parut lui-même, revêtu de son plus be* 1 ^ el *tume. il était coiffé d’une sorte de ca s 4 a ii'plumes de phaétou, entremêlées de pl UI ^ eS ve c ^très oiseaux, le tout arrangé et travail!® yi) 6plus grand goût. Sur sa poitrine reh 1)S « e b”

Il 1 Ml l*\oP. ^

sorte de hausse-col en coquille perlie*gent, ainsi paré, prit la tête du cortég®’cha devant nous, tandis qu’à nos c ^ ieS ^ e \o ll ‘tonnait une file de huit chefs, porta 1 * 1 aT .jji® sgués cannes en bois dur noir ou jaun e et f e v£ u<à l’une de leurs extrémités de touffes Je ^ ^humains. Dig remarqua ces cheveuxmença à jeter autour de lui des regards e ^ e d®Depuis le départ d’Hawaii , le cont re ‘ ni ^ c j )e à 0bord, vieux goguenard, avait pris ® d’a 1 ^

terrifier te pauvre garçon p ar des t*-®thropophages ; et, sur l’autoritéconteur, Dig en était venu à êtie e