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Tome premier.
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VOYAGE PITTORESQUE

pièces d’étoffe comme dans un linceul. Presquetoutes portaient sur leurs cheveux coupés unpetit chapeau à l’anglaise , d’une forme ingrate,et décoré de rubans et de fleurs. Le comble duluxe était une robe de couleur.

Malgré tant de sujets de gaieté, toute cetteassemblée se tenait rangée avec ordre sur lesbancs, sérieuse, attentive, muette. Le mission-naire Wilson était alors devant son pupitre ; ilentonna un psaume, que les fidèles continuè-rent sur un mode criard et discordant. Puis, lepasteur lut un chapitre de la Bible , s’arrêtantpar intervalles, s’agenouillant pendant que l’as-sistance se prosternait. Gela dura ainsi unedemi-heure, pendant laquelle régna le plus pro-fond recueillement. Ce fut à peine si de tempsà autre quelques jeunes têtes se retournèrentvers moi, pour examiner ma physionomie denouveau débarqué.

Au moment ou nous sortîmes de l’église, montaïoOtourimefitremarquerde l’autre côtédu tor-rent l’habitation de M. Nott, doyen des mission-naires de Taïti , et récemment gouverneur dujeune Pômare. A côté du temple et toujours surla berge du torrent, se trouve une maison royalequi sert de résidence à la cour, quand elle setransporte à Matavaï. C’est une fort belle case,entourée d’un verger productif, planté d'arbres àfruits de toute espèce. J’y remarquai surtout unebelle plantation de taro que fécondaient les irri-gations du torrent.

Après ce coup-d’œil jeté sur ces édifices lesplus importans du pays, nous rabattîmes vers laplage qui fait face au mouillage. Là s’alignaientquelques cases, et devant leurs façades, accrou-pis ou debout, se tenaient quelques naturels oc-cupés à de petits ouvrages, ou se reposant avecleurs enfans et leurs femmes. Quand je passaidevant eux, presque tous m’accueillirent avec unaffable ia ourana, sorte de salutation qui répondà notre bonjour. Quelques-uns allèrent jusqu’àm’inviter à entrer et à me reposer dans leurscases, où les enfans vinrent bondir et jouerautour de moi, en m’apportant des fleurs, descoquilles ou des papillons. Tout ce peuple étaitdoux, tranquille et hospitalier ; on reconnaissaiten lui les insulaires de Wallis , de Bougainvilleet de Cook. Mais ce qu’on ne retrouvait pas,c’étaient les femmes si gracieuses et si vantéesde ces navigateurs. Les Taïtiennes que je ren-contrai n’étaient rien moins que des beautés.Fatiguées avant l’âge , avec des traits plutôt dé-sagréables que réguliers, à peine distinguait-onparmi elles un petit nombre de jeunes filles, à<I ui V âge donnait quelques charmes et quelque

fraîcheur. Les femmes de Nouka-Hiva étaientincomparablement mieux. D’où vient alors q u *soixante ans d’intervalle une telle dégénérât' 011est survenue dans le type physique de ces p cU 'pies? Serait-ce que les premiers navigate urSont trouvé beau ce qui était bon, qu’ils olltloué, exalté outre mesure cette race remarq 0 ®. pen effet auprès du sang nègre de la Mélanési e •Les illusions d’une longue traversée, la vue.^fêmmes absente depuis si long-temps , le d° sl1d’enrichir de poétiques tableaux des expéditi° n *déjà si romanesques , tout cela n’entre-t-il P 0 ' 1 ^pour quelque chose dans le contraste desépoques ? Quoiqu’il y ait eu abâtardissement r eeet dépopulation depuis l’époque de la déc 011verte, il faut d’autant plus croire au conc oUl5de tous les motifs cités, que les hommes n’ont p® 5déchu en proportion des femmes, et la dég r ®dation physique de l’un des deux sexes S® IlSque l’autre eût subi une altération analogue sCrait un fàit trop difficilement explicable p° urêtre admis. Il faut dire , en outre , que l’usa »des guenilles européennes, substituées à un c ° stume pittoresque et sauvage, a dû entrer p° _quelque chose dans l’aspect extérieur de ces p eUpies et dans les impressions qui en résultent-Après avoir parcouru les cases de la g 1 ®' 6 ’Otouri me fit faire une halte à la porte de 1 u ,d’elles, plus apparente que les autres, et n>y 6rieusement voilée par un bouquet de cocoti e ^C’était la demeure d’un grand personnag eMatavaï. Nous allions vers elle , quand du c,od’un petit sentier se démasqua Pendleton 4marchait aussi vers la case, sous la conduite àgéant, d’un patagon océanien. Ce géant a ''Anom Oupa-Parou. Taïo de Pendleton, cette b ecase lui appartenait. Qu’on se figure un h 01,10de cinquante ans environ, haut de six piedspouces, avec une circonférence de sept pie^ smoins ; et sur cette masse énorme une ^d’enfant, tant elle avait l’expression de 1® ^

ceur et de l’affabilité, tant elle souriait ave° ^veillance ; tel était Oupa-Parou (Pl. LXVÜ j ePendleton m’ayant présenté à lui, à l’iu stachef m’invita à me reposer dans sa de 01me priant de la regarder comme la nii enn ®^ 5ses serviteurs comme les miens. N° us

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mîmes donc à continuer notre chemin, 6Otouri, auprès du colosse; s’il fût tombé sur n° uS 'il nous eût écrasé de son poids. Sa demeure ét®’tenue avec un certain luxe demi-sauvage, deiï* 1européen : cinq fusils bien luisans et bien en" e ^tenus reposaient sur un râtelier à côté de cass etetes et de pagaies sculptées.

Sortis de-là, nous poussâmes notre pro° îû