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Tome premier.
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VOYAGE PITTORESQUE

pénible, est celle qui nous conduisit à un laccélèbre de l’intérieur, le lac Wahi-Ria, réservoirmystérieux dont les eaux, suivant les naturels,n’avaient point de fond, et dont les bords étaientpeuplés de malins génies. Mon escorte, cettefois, s’était augmentée. A côté de mon taïo, quime transportait dans sa pirogue, était un garde-du-corps de la jeune reine, un beau soldat taï-lien nommé Maï-Titi, dont le rang et la profes-sion devaient m’assurer dans toute l’île respectet protection. Cinq ou six ans auparavant, Maï-Titi, et c’était pour lui un titre de gloire, avaitconduit vers le même lieu un Raatira Russia,un Russe, que j’ai su depuis être le naturalisteKoffmann. Le garde-du-corps portait fierementsur l’épaule un fusil sans chien : une gibernevide battait sur ses reins.

Quand tous les préparatifs furent faits,nous mîmes à la voile par une bonne brise d'estqui nous porta rapidement vers Paï-Oni, aux con-fins du district de Ata-Hourou, où le calme nousforça d’avoir recours aux pagaies. Malgré cepetit retard, nous pûmes débarquer le soir etcoucher à Tebou-toa-tca, sur le district de Pa-para. Là se trouvait le célèbre moraï de Paparaélevé par le grand-père de Taati en l’honneur. du dieu Oro , son protecteur dans ses guerrescontre Pômare. Maï-Titi voulut me conduire versles vestiges de ce temple, malgré la résistanced’Otouri, dont le puritanisme chrétien s’effa-rouchait de cette vue ; il me détailla avec enthou-siasme les souvenirs glorieux qui s’y rattachaient.

Le lendemain au jour, nous poursuivîmesnotre route par terre , la pirogue devant allernous attendre à Tera-Wau , au point le plusétroit de l’isthme qui joint Taïti à TaïarabouNous passâmes par Waï-Ridi, village littoral,puis nous quittâmes la grève pour marcher versl’intérieur. Le chemin, s’élevant d’abord sur unplan très-doux, nous guida dans une valléecharmante qu’encaissaient des rochers de ba-salte pareils à ceux du Piha. Sur ce lit volca-nique glissaient des ruisseaux, petits affluensde la rivière qui coulait dans ce ravin. C’étaitle plus grand cours d’eau de toute l’ile, nojtplus ombragé de cocotiers et d’arbres à pain,mais d’ananas et d’orangers dont les fruitsavaient une saveur exquise.

La route était jalonnée , de loin à loin, dequelques huttes contenant la mesquine popu-lation de la vallée. Nous couchâmes dans l’uned’elles, où l’on nous servit un cochon entierrôti sous terre , des chevrettes de rivière et desfruits. Ces vivres, joints au biscuit et au rhumque nous avions apportés , nous composèrent

un excellent repas. Nos hôtes en prirent leurpart, non sans avoir dit leur Benedicitt chrétien.Une couche épaisse de nattes et deux grandespièces de tapa me servirent de lit. J’y dormis dé-licieusement. Maï-Titi regardait cette hospitalitécomme une chose due ; mais je crus pourtantdevoir la reconnaître par le don d’un couteau,d’une paire de ciseaux et d’une bouteille vide >don qui parut enchanter cette pauvre famille-

La vallée, à mesure que nous nous y enfon-cions , grandissait en beautés sauvages. EÜ eoccupait plus d’espace, et sur chacun de sescôtés s’élevaient des parois verticales de mill®pieds de haut, entrecoupées de cascades auxnappes d’argent. Un homme du pays, un nom'mé Tibou, ami de Maï-Titi, nous guida jusqu’aubout de la zone habitée. Quand elle fut finie, toutsentier tracé disparut. Coup sur coup, il nousfallut marcher à l’assaut de mornes qui se suc-cédaient , passant d’abord devant un maraisautour duquel couraient des cochons sauva-ges; puis, par un dernier effort, nous arrivâmesau pied du fameux lac, bassin d’eau douce d’eU'viron un mille de circuit. Bordé d’une part derochers perpendiculaires hauts de 1,500 pieds,de l’autre, d’un terrain en pente douce que ta-pissent quelques fougères, il étalait sur ses grèvesdes prismes basaltiques assez réguliers, entassesconfusément, et mêlés avee des blocs de lave vé-siculaire et poreuse. Les eau-xduTac, alimentée 5par des ruisseaux descendus des roches environ*nantes , semblent avoirpour s’écouler une issu®souterraine. La plus grande profondeur de ce bas*sin est de 11 toises sur les bords, et de 17 vei -5le milieu. On dit qu’on y trouve des anguiH eSmonstrueuses, fait déjà remarqué dans les b® 5 *sins élevés de l’Ile-de-France . Du reste, le l aCde Taïli n’a aucun caractère qui le distingue 3 e5autres réservoirs d’eau douce situés à de grau3 eShauteurs.

Nous retournâmes le soir même chez Tib° u ’et le lendemain nous rejoignions nos pirog" eS ’qu’on avait, par une manœuvre assez singuliè 1-6 ’fait sauter par-dessus la terre ferme. Profi taIltd’une haute marée, les canotiers d’Otouri avai e,) *franchi par eau l’isthme étroit et très-bas c l u _ lsépare les deux îles presque attenantes.notre traversée nouvelle, nous vîmes les distri ^de Hidia, de Waha-Heina et de Wapaï-Ano,^deux jours après je remontais à bord de lceanic, ayant fait le tour complet de la gra» 1 -presqu’île de Taïti . . .

Là je retrouvai Pendleton dont les af a,r ,étaient à peu près terminées. Trop sure ade besogne jusqu’alors, il avait remis au l el)