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VOYAGE PITTORESQUE
des îles adjacentes, de Taliaa, de Raïatea, etmême de Wahine d’un côté, de l’autre les plagesde Toubaï. C’était un horizon immense, riche,peuplé d’îles , accidenté de terre et d’eau.
Pour en jouir plus long-temps , je pris un dé-jeuner frugal sur ce piton, à l’ombre d’un bou-quet de fougères arborescentes, et j’y fus rejointpar un Anglais , habitant de Bora-Bora , quim’avait suivi à peu de distance avec un guide.Jones, c’était son nom, m’accosta fort amica-lement; nous mîmes en commun notre rhumet nos vivres. A la fin du repas, nous étionsdeux vieilles connaissances. Il me parla du com-merce de l’île, de la situation des missionnaires,de l’obéissance timide et absolue des naturels.«Croiriez-vous, me dit-il, que je n’ai rien puobtenir d’eux touchant leur vieille histoire quiest fort intéressante? On les force à renier leurspères. —Vous piquez ma curiosité, lui répli-quai-je ; en voici un qui me paraît plus accom-modant que les autres; si nous essayions ? » Nousessayâmes en effet, nous demandâmes à Tamatil’histoire du brave chef Pouni; mais, à cettebrusque ouverture, mon guide se troubla : j’in-sistai , j’offris un joli miroir de poche. Il hésitaencore, il semblait partagé entre le désir d’ob-tenir l’objet et la crainte d’avoir à s’en repentir.Il jetait surtout des regards inquiets sur les deuxBora-Boriens présens; il craignait même sonpetit-fils. « Eloignons les autres, me dit l’An-glais . » Je trouvai un prétexte ; je leur donnai uncouteau à chacun, en leur disant d’aller mecouper des cocos, et de nous attendre ensuiteau pari.
Alors le vieillard respira plus librement.« Cela me fait plaisir, de parler de nos vieillescoutumes ; j’aime encore nos danses nationales ,j’aime nos jeux qu’on a proscrits, nos costu-mes qu’on a déchirés, notre beau tatouage quiva s’effaçant. Quand je songe à nos combats d’au-trefois , je saute sur mon casse-tête et je prendsla pose de bataille. Pauvre Tamati! on m’a con-verti trop vieux ! je ferai toujours un mauvaischrétien ! Oui, je tiens encore à ce qui n’estplus, j’ai du respect pour les choses abolies. Maisque voulez-vous ? On ne peut plus parler ! c’estdéfendu. Si vous dites un mot, vos enfans voustrahissent. Les missionnaires ordonnent auxrois de vous condamner, et les rois vous con-damnent. Il faut dire ses pala-palas (prières),voilà tout. » Nous rassurâmes le vieillard et leplaignîmes si bien, qu’il nous raconta l’histoirede Pouni.
Sous les deux rois qui habitaient chacun undes côtés de la baie de Fanouï, Bora-Bora vivait
tantôt en paix, tantôt en guerre avec les îles voi-sines ; elle avait eu dans cette lutte des chancesintermittentes et balancées, quand Pouni parut.Pouni commença par réunir dans une seule maH 1la souveraineté de l’île ; puis, étendant au loinses conquêtes, il vainquit Raïatea et Tahaa,amassa des richesses immenses, et fit bâtir I emagnifique moraï de Fahre-Piti. A l’époque oUCook le visita en 1777 , et quand il rendit à cenavigateur l’ancre de Bougainville trouvée p afun chef de Taïarabou , Pouni était dans l’apo-gée de son éclat et de sa puissance. Depuis lors »cette fortune alla toujours déclinant. Son ava*rice lui fil des ennemis dans Bora-Bora , etparvenu à la vieillesse, il vécut dépouillé et ré*duit à l’état de prolétaire. La jalousie et la hainedes maisons de Maï et de Tafaoura entrèrent poufbeaucoup dans cette décadence.
Le neveu de Pouni, un chef nommé Tapoa,réussit pourtant à ressaisir quelques propriétésde son oncle ; il porta , avec quelques guerriers »ses armes victorieuses dans Wahine, Tahaa etRaïatea, et fixa sa résidence dans cette der -nière île. Puissant alors, il songea à vengerPouni et à reconquérir Bora-Bora . Il débarqu®avec une armée composée d’insulaires de Raïatea»de Wahine et même de Taïti , qui allait à près de4,000 hommes. Les habitans de Bora-Bora a’ etIavaient que 900 ; mais, ne désespérant point dela victoire, ils renfermèrent leurs femmes etleurs enfans dans le pari, et fortifièrent eu**mêmes le point le plus faible et le plus accès'sible. Tapoa, après avoir pris terre dans la bd ed’Anao, sur le revers oriental de Bora-Bora »marcha à l’assaut des fortifications, qui fure* )tbravement défendues. L’assaillant échoua et 1perdit un Anglais , son auxiliaire. Furieux d e
cet echec, il ravagea les cases de la baie de F 8 'nouï; mais, exaspérés, les insulaires sortire' 1 'alors de derrière leurs retranchemens et eng*’gèrent un combat dans la plaine de Tahou-R° uaIoù les envahisseurs eurent encore le dessoU 8,Tapoa se retira sur sa flotte à Raïatea, et d e 'venu depuis l’auxiliaire de Pômare, il pé r)tdans le combat de Hilia avec le renom d’e 11des plus braves guerriers de ces îles. Dep u * 5lors, et ces faits n’avaient que vingt années ddate, Maï et Tafaoura étaient restés tranqui^ eSpossesseurs de Bora-Bora .
Notre guide et notre chroniqueur Tamati aV al *fait cette guerre ; quoiqu’il eût porté les arm e8contre le célèbre Tapoa, il avait conservégrand respect pour ce chef vaincu, tandis qu’d 0
parlait qu’avec mépris des deux vainqueurs tr r
soumis, selon lui, aux ordres des missionnaire 8.