AUTOUR DU MONDE.
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En redescendant du pic, il nous fit traverserl’Ohouai, celte forteresse naturelle qui avait ar-rêté le premier effort de la descente. Elle éiaitsituée sur une arête escarpée qui sépare la baiede Fanouï de celle d’Anao. L’accès du colé del’est avait été défendu par une muraille massivede 200 pieds de long sur 4 ou 5 de hauteur,Composée d’immenses blocs superposés. Eu pré-sence de ce champ de bataille, le vieux TamatiSentit se réveiller en lui les impressions de sa jeu-nesse. Retrouvant l’énergie du geste et de la'Voix, il nous raconta les divers incidens de l’as-saut, les manœuvres de l’ennemi et la coura-geuse tactique de l’assiégé. Nous avions eu de lapeine à le faire commencer , nous en eûmes uneplus grande encore à le faire taire. Il nous re-conduisit, au bruit des exploits de son héros,jusque sur la pointe de Pahoua, ou le canot dePOceanic vint nous prendre. Je trouvai à bordles deux rois de Bora-Bora , attablés avec letnissionnaire et Pendleton. J’observai mieux cesdeux majestés sauvages, et à leur obséquieuseattitude vis-à-vis du pasteur, je compris que lepauvre Tamati ne m’avait dit que la vérité.
L’Oceanic avait fait à Bora-Bora sa provisionde bois fort rare à Taïli. Il remit à la voilele 29 avril, et se trouva en peu d’heures au sudde Maupiti , dont la constitution a quelque ana-logie avec celle de Bora-Bora . Le piton y est seu-lement moins élevé et moins aigu. Nous devionsraisonner sur cette île, et nous nous dispo-sions à envoyer le canot dans sa passe étroite etdangereuse, quand Pendleton, après un coup-d’œil jeté sur l’horizon, se ravisa. « Noussommes prédestinés, me dit-il, à ne faire leschoses que malgré nous et par force. J’auraisv oulu passer encore un jour dans l’archipel, etHous allons en être chassés tout-à-l’heure. Jev oulais cingler sur Tonga, et nous irons où ilPlaira à Dieu . Deux ouragans de N. O. en qua-rante jours, ici, dans cette saison; c’est un ren-versement de l’ordre établi, c’est une révolutiondans lesélémens. » Je ne comprenais lien encore® ce que disait le capitaine. Au lieu de la brised’E., nous avions alors un calme plat, unec haleur sourde et étouffée. Çà et là quelquesNuages montaient bien à l’horizon, mais len-tement et sans affecter un caractère hostile.Pendleton m’avait habitué à ne pas douter des es pressentimens, et celui-là ne se justifia nitfcoins vite, ni moins complètement que les
Autres.
CHAPITRE LIX.
ARCHIPEL DE TA1TI. - GEOGRAPHIE.
Le groupe connu sous le nom de Taïti secompose des îles Maïtia , Taïti , Eïmeo, Tabou-Emanou, Wahine, Raïatea, Tahaa , Bora-Bora ,Toubaï, Maupiti , et de file basse Tetoua-Roa.
On a vu ce qu’était Maïtia. Taïti , la plusgrande du groupe, est celle qui a donné à l’archi-pel son nom moderne, nom évidemment préféra-ble aux nomsd’f/e.? de la Société ou à’îles Géor-giennes ., entre lesquels flottent encore les Anglais .La confusion est même telle aujourd’hui, queplusieurs d’entre eux, par îles de la Société , en-tendent le groupe, tandis que d’autres, et lesmissionnaires dans le nombre, n’y voient queTaïti et les quatre îles adjacentes : les îles occi-dentales sont pour cesderniers 7. Georgian . Quoiqu’il en soit, Taïli est une terre élevée s’abaissantde toutes parts vers ses bords pour former unebande circulaire de terrain littoral, le seul ha-bité et livré à la culture. Autour de l’île règneune ceinture de récifs offrant çà et là quelquesîlots, ets’euvrantde temps à autre en de larges etprofondes passes qui conduisent aux mouillagesintérieurs. Lors de la découverte, Taïti comptaitde cent à cent cinquante mille âmes ; elle n’enavait plus que sept mille en 1828, époque où unrecensement exact fut fait par les missionnaires.Elle est divisée en deux péninsules inégales parun isthme bas, submergé dans les marées hau-tes ; la plus grande péninsule est ronde , la se-conde est ovale ; la première est Taïti proprementdite, la seconde Taïa-Rabou. L’île entière, duN. O. au S. E., a près de quarante milles de lon-gueur sur une largeur qui varie de six à vingt-unmilles. Elle s’étend du 17° 28’ au 17° 56’ lat. S.et du 151° 24’ au 152° 1’ long. O.
EÏmeo, la Mourea des missionnaires, est unepetite île montueuse environnée d’une ceinturede récifs qui offrent çà et là de bons mouillages.Elle a vingt-cinq milles environ de circuit, etcompte 1,300 habitans. Le port de Talou estpar 17o28’ long. S. et 152° 13’ long. O. Quiros,le premier, la vit en 1606; Wallis la retrouvaen 1767, et la nomma I. York; Bougainville lareconnut en 1768; puis Cook la visita à diver-ses reprises en 1769, 1774 et 1777, et lui res-titua son nom. Enfin, Bonechea la nommaSanto-Domingo en 1774.
Située à neuf lieues au nord de Taïti , Tetoba-Roa n’est qu’un groupe de deux à trois îlotsbas et boisés occupés par quelques familles. Iloccupe trois milles de l’E. à l’O., et le milieu gît