AUTOUR DU MONDE.
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rabou, jusqu’alors indépendante, et dont le ré-gent rêvait la conquête.
11 avait décidé les Anglais à la poursuivreavec lui comme auxiliaires, lorsque le capitaineEdwards de la frégate la Pandora vint, au nomde son gouvernement, réclamer les mutins duBounty. En présence des canons d’une frégate,il n’y avait pas de résistance possible; les chefsindigènes, se montrant ingrats vis-à-vis de leursbotes, les livrèrent à leurs compatriotes, malgréles cris et les sanglots des veuves taïliennes etdes orphelins qu’ils laissaient. Pômare , toujourstourmenté de la pensée de revoir l’Europe , aidale capitaine anglais dans cette exécution ; puisil demanda, comme récompense , à être embar-qué sur la frégate. Sans son frère Ora-Piha , cedépart aurait eu lieu.
Vers la fin de cette année, Vancouver parutà Tuïti avec ses navires. Des chefs qu’il y avaitconnus lors du dernier voyage de Cook, il n’entrouva que deux, Pômare I er et Petatou. Pô-mare I er avait même fixé sa résidence à Eïmeo ,d’où il accourut pour voir ses amis les Anglais .Dans ce moment, il y avait dans les événemenspolitiques une tendance à réunir le gouverne-ment de l’archipel dans une seule main...ïaïara-bou appartenait au plus jeune frère du roi ; desdeux autres, l’un, Ora-Piha, exerçait les fonc-tions de régent; le second résidait à Pari. Le roide Wahine reconnaissait la suprématie de Pô-mare II ; Mani-Mani, successeur de Pouni dansla souveraineté de Raïatea et de Tahea, avait étéchassé par des rebelles, et vivant à Taïti enqualité de grand-prêtre, il attendait et préparaitUne restauration. Enfin Pômare 1er exerçait àEïmeo une suprématie égale à celle de régent.De tous côtés se combinaient donc des élémensqui devaient donner quelque unité au pouvoirde Pômare. Ses pareils et ses amis y pensaientsurtout; ils s’en ouvrirent à Vancouver , en lesuppliant de les aider de sa personne et de sessoldats, ou bien, à défaut, de ses canons et de sapoudre. Vancouver demanda d’en référer au roiGeorges qui, sans doute, ne manquerait pas defaire ce que lui demandait son ami Pômare .
Officier des expéditions de Cook, Vancouver put remarquer combien l’archipel avait déchudepuis cette première époque. Il ne retrouvaPlus ces fraîches et jolies Taïliennes, ces Taïtiensrigoureux et bien faits. La population, réduitec Eaqu e jour, s’était peu à peu étiolée; les pro-portions étaient plus grêles, le teint moinsgracieux; la décadence était indéniable. Van-couver remarqua encore qu’à l’avénement de^omare II, une foule de mots de la langue laï-
tienne avaient été changés, et qu’une interdictionrigoureuse pesait sur les termes mis à l’index.
En février 1792, la Matilda, capitaine Wea-therhead, après une relâche de quinze jours àTaïti , se perdit sur les écueils de l’ile CLnabrugh.Sauvé dans les canots, l’équipage regagna Taïti ,où les naturels achevèrent de dépouiller deshommes à qui la mer avait laissé fort peu dechose. Pômare, averti de cette conduite, vengeales naufragés en ravageant le canton inhospita-lier. Un petit navire, le Prince Wilùam Henry,ayant mouillé à Taïti le 26 mars 1792, consentità prendre quelques hommes de la Matilda. Lesautres arrangèrent leur vie dans l’île. Bligh, ar-rivé en avril 1792, les y trouva. Ce capitaine ve-nait encore, avec les navires Providence et Assis-tance, charger des plants d’arbres à pain pour lescolonies américaines. Il y séjourna trois mois,pendant lesquels Pômare le vit fort souvent.Bligh aida à la pacification des divers districtsde l’île. Il repartit, emmenant avec lui Hidi-Hidiet un autre Taïtien. Le premier resta aux Indes-Occidentales pour y prendre soin des plantesque l’on voulait naturaliser; l’autre poussa jus-qu’en Angleterre, où il mourut.
Après Bligh vinrent le Dedalus , capitaineNew, en février 1793 ; puis la Jenny et la Bri-tannia , deux navires qui touchèrent à Taïti en 1794; enfin le Duff, capitaine Wilson, chargéde distribuer de pieux missionnaires sur toutesles îles de la Polynésie. Il mouilla à Taïti le 5mars 1797.
Cette arrivée d’hommes religieux, proclamantun culte nouveau, fit révolution à Taïti . Le grand-prêtre Mani-Mani se déclara sur-le-champ poureux, abnégation bien étrange pour un hommequi vivait de son culte idolâtre. 11 se fitl’ami, le protecteur des hommes qui venaientélever autel contre au-tel, et enlever des fiJèlesà ses temples. Les missionnaires, enchantés de cetaccueil, se mirent sur-le-champ à leur œuvrepieuse, et deux Suédois, André Lynd et PeterHaggerstein, naturalisés sur l’ile, se posèrentcomme interprètes entre eux et les naturels.
Pour prouver que la sympathie indigène nevoulait demeurer, vis-à-vis des pasteurs chré-tiens , ni ingrate, ni stérile, une cérémonie so-lennelle eut lieu le 16 mars, où, devant leschefs Pômare I er , Hidià, le vieux Hapaï, et Paï-tia, chef de Malavaï, le roi Pômare II fit cessionpublique et complète aux missionnaires du ter-ritoire de Matavaï. A cette occasion, le vieuxgrand-prêtre Mani-Mani prononça un discoursgrave accompagné de gestes expressifs,auquel lesnotabilités taïliennes répondaient par des signes