VOYAGE PITTORESQUE
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naires, et de le lui offrir, sans en rien réserverpour l’idole. Là-dessus, grande rumeur, grandscandale parmi la domesticité du palais et parmiles prêtres du temple. On s’attendait à voir leroi frappé de la foudre pour celte violation ef-froyable du tabou, ou du moins étouffé par latortue qu’il mangeait d’une façon aussi sacri-lège. Il n’en fut rien, comme on le pense ; lerepas eut lieu fort tranquillement ; la tortuen’en fut, pour cela, ni moins bonne ni moinssaine. Après que Pômare eut consommé celterupture éclatante avec les anciennes adorations,il se leva et harangua le peuple : « Vous voyez,lui dit-il, ce que sont les dieux de votre fantai-sie; ni bons, ni mauvais, impuissans à vousservir et à vous nuire. Faites comme je fais.Nul n’aura à s’en repentir. » Beaucoup, en effet,imitèrent son exemple. Le culte nouveau, con-solant et bon, n’avait aucune de ces expiationssanglantes auxquelles ce peuple tenait plus parcrainte que par sympathie. Peu à peu il s’habi-tua à avoir moins de foi en la puissance de cesmystérieuses idoles ; il les redouta moins'; il s’enmoqua, et dès-lors tout fut fini. Les chefs serangèrent des premiers parmi les néophytes ;Tapoa, chef de Raïatea; Taniatoua* beau-pèrede Pômare ; Mahine, chef de Wahine, et unefoule d’autres, se firent instruire. La glaceétait rompue ; les premières conquêtes étaientfaites ; la puissance de l’imitation fit le reste ; Pô-mare , devenu chrétien fervent, voulut que lareligion eût son temple. On y installa une chaire,où les apôtres purent prêcher leur culte à desmilliers d’insulaires, les uns convaincus, les au-tres ébranlés.
Ce fut alors que deux chefs arrivés de Taïti vinrent proposer à Pômare de retourner danscette île en proie à l’anarchie, et d’y ressaisirses anciens pouvoirs. Tous les partis l’appelaientà cette heure de crise et le regrettaient. De-puis son expulsion, en effet, l’île était restéeen proie aux plus horribles désordres et auxplus révoltantes saturnales. Au lieu d’organiserleur conquête, les chefs vainqueurs avaient cher-ché à la gaspiller. Le travail des champs avaitété négligé, et l’on s’était adonné seulementavec fureur à la distillation de la racine du ti(dracœna terminalis ) dont on tirait une liqueurspiritueuse. Dès-lors l’île entière fut, un vastecabaret et un atelier de distillerie. La chaudièreétait un rocher creux; la cornue, un couvercleen bois; le réfrigérant, un conduit en roseau.La liqueur était reçue dans un vase en bois oudans une gourde en coco. Autour de cet alam-bic établi à peu de frais, se tenaient, dix, vingt,
trente naturels, qui buvaient la liqueur distilléeà mesure qu’elle tombait dans le récipient. Puisquand ils étaient tous ivres, une fureur sauvages’emparait d’eux; ils tombaient les uns sur lesautres, se terrassaient, s’égorgeaient sur le lieumême de ces sanglantes orgies. Plus tard, au re-tour des missionnaires , des ossemens humainssemés çà et là indiquaient la place où s’opéraitcette fabrication meurtrière.
Pômare sut tous ces détails; il jugea quel’heure était venue de mettre un terme à ces dé-sordres, supposant, un peu trop promptementpeut-être, que leur durée lui avait préparé unerestauration tranquille. Il se rendit donc à Taïti ,où il trouva d’abord peu d’obstacles à son éta-blissement. Ne sachant pas comment tourne-raient les choses, il n’avait pas voulu que lesmissionnaires le suivissent; mais il se consolaitde leur absence par de pieuses missives.
« Puissé-je, écrivait-il au pasteur Nott, puissé-je désarmer la colère de Jéhovah envers moi,qui suis un méchant homme, coupable de crimesaccumulés, coupable d’indifférence et d’igno-rance du vrai Dieu; coupable de persévérancedans le mal. Puisse aussi Jéhovah me pardon-ner ma folie, mon incrédulité et mon dédainpour sa loi! Puisse Jéhovah m’accorder son bonesprit pour sanctifier mon cœur, afin que jepuisse aimer ce qui est bon , et qu’il me rendecapable d’abjurer mes mauvaises habitudes,pour devenir un homme de son peuple, et êtresauvé par Jésus-Christ , notre unique sauveur.Je suis un méchant homme, et mes péchés sontgrands et nombreux. »
Un autre jour, souffrant d’une maladie, Hécrivait :
'« Mon affliction est grande; mais si je puisseulement obtenir la faveur de Dieu avant demourir, je m’estimerais heureux. Mais, hélas! sJje venais à mourir avant d’avoir obtenu ro 08pardon, ce serait un malheur pour moi ! Puis*sent mes péchés être pardonnés et mon an' 6sauvée par Jésus-Christ! Puisse Jéhovah jete rencore les yeux sur moi avant que je meure, etje m’en réjouirai! »
Voilà où en était le royal catéchumène, aI "dent pour la foi, enthousiaste, et profondém el11pénétré. Aussi ne se cacha-t-il point des hab 1 'tans de Taïti , tous persévérans idolâtres. H sedit chrétien devant eux, parla du culte d 0f°comme d’une profanation, et pratiqua puld 1 "quement les rits chrétiens. Dans le début, saconviction religieuse fit du tort à sa réintégra'
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tion politique. Ce fut à peine si le canton uMatavaï se résigna à souffrir son autorité; l eS