AUTOUR DU MONDE.
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Je pays gagna à Pômare et à son dieu une foulede partisans. On compara ces deux religions :l’une, toute de douceur et de clémence, ne ré-pandant du sang que pour se défendre ; l’autre,farouche et impitoyable, demandant à touteheure des victimes nouvelles. La comparaisonfut un beau plaidoyer pour le christianisme, etcette journée lui valut la conquête de Taïti .
Pour ajouter à ces moyens de conversion uneinfluence de plus, Pômare voulut dépouiller les"vieilles idoles du prestige de respect et de puis-sance qui les environnait encore. Il voulut lesinsulter d’une façon si brutale et si publique,que chacun se trouvât guéri de la peur qu’ellesinspiraient. Pour cela, il envoya une élite de guer-r iers à Tautira, où se trouvait alors la fameusestatue d’Oro. D’après les ordres reçus, cettetroupe entra dans le moraï, et, aux yeux des prê-tres et des adorateurs scandalisés, les soldatsRenversèrent les autels, pillèrent les offrandeset les réduits sacrés, saisirent l’idole, la couchè-rent sur le sol, la décapitèrent ( c’était un blocde casuàrina grossièrement sculpté), et portè-rent sa tête aux pieds de Pômare. Celui-ci affectad’abord de s’en sefvir pour les plus vils usages ,Par exemple comme billot de cuisine, puis il lajeta au feu. Cette exécution, réalisée publique-ment sans que le dieu pût se venger, fut le signald’un auto-da-fé universel pour tous les moraïset toutes les idoles de l’ile.
L’idolâtrie n’existait plus sur Taïti ; elle futbientôt extirpée des lies voisines, qui suivirentl’exemple de la métropole. Temples et dieuxdisparurent en six mois de l’archipel. Maupiliseule persévéra jusqu’en 1817, où elle fut con-vertie par les habitans de Bora-Bora .
Pômare régnait enfin : Taïti chrétienne luia ppartenait; il en distribua la gestion aux chefs( iui avaient partagé sa disgrâce et ses triomphes.Les premiers en ligne étaient les missionnaires,qui avaient bien acheté, par de longs et persé-vérans travaux, le droit d’être comptés pourquelque chose dans la réorganisation du pays.Loniare leur fit la part aussi belle qu’ils le vou-lurent; et, comme le désir d’empiéter ne vientque dans le repos et dans le bonheur, les évangé-listes ne se montrèrent alors ni exigeans ni dif-ficiles. Huit à dix collègues vinrent les aiderdans leurs travaux apostoliques, devenus cha-que jour plus graves et plus multipliés. On créade ® établissemens sur toutes les lies de l’archi-P e l> de manière à pouvoir catéchiser et ensei-j> ne r toutes les peuplades. Peut-être en formu-a ut le nouveau code moral, ces hommes de Dieu ùe tin reu t ■ ils pas assez compte de la vie anté-
rieure de ces peuples. Il y avait quelque dangerpeut-être à remplacer les coutumes relâchées etfaciles des insulaires par un code trop rigoureuxet trop ascétique. Quelques regrets mal étouffés,quelques complots contre la vie de Pômare sem-blèrent indiquer que la persuasion n’avait pastout fait dans la conversion de l’archipel.
La publicité donnée aux Ecritures était unmoyen d’action sur ces esprits, à qui il fallait unaliment nouveau. On fit d’abord imprimer aPort-Jackson un Évangile taïtieu ; puis, commece moyen était indirect et insuffisant, on avisaaux moyens de naturaliser l’imprimerie dans legroupe taïtien lui-même. M. Ellis réalisa ce mi-racle. Il arriva à Eïmeo, apportant avec lui unepresse et des caractères. Ce fut presque une ré-volution dans le pays. Les livres manquaient ; ily en avait à peine un par famille, et chacun yétudiait à son tour. Beaucoup n’en possédaientmême pas. Ceux-ci avaient copié le syllabaireentier; ceux-là, ne pouvant se procurer du pa-pier, avaient préparé des morceaux d’étoffe, età l’aide.d’un jonc trempé dans une teinturerouge ou violette, avaient tracé une à une leslettres de l’alphabet, et jusqu’à des phrases en-tières. C’étaient des fragmens des Écritures oudes parties de sermons qu’ils avaient retenus.
Prévenu de l’arrivée d’une presse, Pômarefit cadeau d’une maison, en ne demandant pourtoute faveur que d’être averti quand la machinefonctionnerait. Ce jour-là il vint, en effet, ac-compagné des principaux chefs. M. Ellis pritalors les outils du compositeur; mais voyantque le roi regardait d’un œil d’envie ces carac-tères brillans et neufs, il lui proposa de com-poser lui-même le premier alphabet. En effet,avec l’aide du pasteur, il accomplit cette beso-gne, et fit une page. Il voulait qu’on la tirâtsur-le-champ, et ne se résigna qu’avec peine àattendre que la feuille fût composée en entier.Quand il s’agit de commencer le tirage, on luien fit encore les honneurs. M. Ellis lui apprit àse servir du tampon, plaça le papier, et lui in-diqua comment iî fallait tirer le levier. La feuillefut assez nettement imprimée. Pômare la prit,enchanté de son ouvrage, la passa aux chefs, puistira encore deux autres épreuves, les examinant,les admirant tour à tour. Quand cette petite be-sogne fut faite, il voulut que l’on montrât cetimprimé au peuple, qui l’accueillit par un cri desurprise. Après cette inauguration, le travailcontinua, et le roi venait chaque jour assister àses progrès. 11 observait tout, comptait leslettres, et calcula que la lettre A se retrou-vait cinq mille fois dans seize pages du sylla-