Band 
Tome premier.
Seite
560
JPEG-Download
 

560

VOYAGE PITTORESQUE

baire. On imprima deux mille six cents exem-plaires de ce livre, un catéchisme taïtien, des ex-traits des Écritures, et un Evangile selon saintLuc . « O Grande-Bretagne! terre du savoir! »s’écriaient ceux qui se pressaient aux portes del’imprimerie, néophytes accourus de toutes lesîles du groupe, pour voir les missionnaires àl’œuvre, et pour se procurer des livres. Le ri-vage était peuplé de canots ; les cases de la grèveregorgeaient d’hôtes et de curieux ; et de touscôtés des groupes campaient en plein air. Oneût dit une foire permanente. Pour que les li-vres durassent plus long-temps, on les reliatant bien que mal, tantôt avec de la toile d’é-corce d’arbre, tantôt avec des dépouilles d’ani-maux, des chiens, des chèvres, des chats sau-vages, que les naturels allaient chasser dans lesmontagnes. Aux premiers jours les livres élé-mentaires se distribuaient gratis; mais bientôt,pour relever leur valeur aux yeux du peuple, ilfut décidé qu’on les échangerait contre une pe-tite quantité d’huile de coco.

M. Ellis, à qui nous empruntons ces détails,raconte quelle satisfaction lui donnait cettetâche, accomplie avec des instrumens défec-tueux.

« Souvent, dit-il, je voyais arriver trente ouquarante canots des parties les plus éloignéesd’Êïmeo ou de quelque île voisine, amenant cha-cun cinq ou six personnes, qui ne basaient levoyage que pour se procurer des livres de dé-votion, et qui parfois étaient obligées de les at-tendre pendant cinq ou six semaines. Elles ap-portaient d’énormes paquets de lettres écritessur des feuilles de platane et roulées commede vieux parchemins : c’était autant de sup-pliques de ceux qui, ne pouvant venir eux-mêmes, demandaient qu’on leur fit des envois.

» Un soir, au coucher du soleil, une piroguearriva de Taïti , montée par cinq hommes. Ilsdébarquèrent , plièrent leurs voiles, tirèrentleur embarcation sur la grève, et s’acheminèrentvers ma demeure. J'allai au-devant d’eux,c Luka \ teparau na Luka, » me dirent-ils tousà la fois en me montrant des cannes de bam-bou, pleines d’huile de coco, qu’ils offraient enpaiement. Je n’avais point d’exemplaires prêts,je leur en promis pour le lendemain, en les en-gageant à se retirer chez quelque ami dans levillage pour y passer la nuit. Le crépuscule, tou-jours très-court sous les tropiques, venait definir. Je me retirai. Quelle fut ma surprisequand le lendemain, au soleil levant, je lesaperçus couchés à terre devant la maison surdes nattes de feuilles de cocotier, sans autre

couverture que le large manteau de toile d’e*corce qu’ils portent habituellement! Je me hâta 1de sortir et je sus d’eux qu’ils avaient passé latoute la nuit. Lorsque je leur demandai pour-quoi ils n’étaient pas allés loger dans une ma 1 'son, ils répondirent : « Oh ! nous avions troppeur qu’en notre absence quelqu’un ne vînt degrand matin vous demander les livres que vousaviez préparés, et qu’alors nous ne fussions obh-

gés de repartir les mains vides : nous avons teu uconseil hier soir, et nous avons résolu de n enous éloigner qu’après avoir obtenu ce qu enous sommes venus chercher. » Je les conduisisdans l’imprimerie, et ayant assemblé des feuillesà la hâte, je leur donnai à chacun un exemplaire;ils m’en demandèrent deux autres, l’un pourune mère, le second pour une sœur. Us enve-loppèrent les livres dans un morceau de toileblanche du pays, les mirent dans leur sein , niesouhaitèrent une bonne journée, et sans avoirbu, mangé, ni visité une seule personne de l’e*tablissement, ils coururent au rivage, remirentleur canot à flot, hissèrent leur voile de cordesde palmier nattées, et se dirigèrent tout joyeu*vers leur île natale. » ,

C’était, comme on le voit, une révolution coin*plète , et Pômare en était le promoteur. Sonap'pui ne faillit pas un seul jour aux missionnaires-Il les seconda de tout son pouvoir dans la pr°‘pagation de la doctrine, et alla jusqu’à traduitlui-même les Écritures en langage taïtien. Sonactivité ne resta pas limitée dans cette sphè> ed’enseignement. Il s’occupa aussi d’affaires d ecommerce, et fit preuve d’habileté dans la gesU 0 * 1de ses affaires d’intérêt. Comme les nnssio 11 'naires voulaient prendre l’initiative du prog>‘ eSmarchand et agricole, il résista pour la preiniè'’ efois à leurs désirs. Il alla même jusqu’à déclai® rdans une assemblée qu’il savait que l’onétait pris ainsi en d autres contrées, ou 1 uavait commencé par des exploitations terid^riales, et où l’on avait fini par l’usurpation et ‘conquête. Cette conduite était peut-être bien c, ‘culée sous le point de vue dynastique, mais e*était au rebours de l’intérêt civilisateur du ptf*'Ainsi la culture et la fabrication du coton, 1blissement de grandes sucreries, échouèrent Psuite de cette préoccupation politique, égoïs 16 ^ruineuse. Doter un pays d’instrumens de ^chesses est toujours un bienfait, et quelles °isoient les mains qui se présentent pour cetâche, il faut les accepter. e

Susceptible à propos d’objets pareils, P onia .^l’était moins quand il ne s’agissait que d e«®Ptemens religieux. A 11151 ü toléra l’établis* e,Be