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VOYAGE PITTORESQUE
— Puisque la reine avoue, répondit le plaignant,qu’elle a eu tort de couper l’arbre d’un pauvrehomme, c’est la preuve qu’elle n’agira plusainsi ; cela me suffit; je ne demande pas d’autreindemnité. » Cet acte de désintéressement, ap-plaudi par la foule, termina l’audience. La ré-gente avait été vaincue et humiliée. C’était toutce que voulaient les missionnaires. Une pareilletactique avait du reste plus de portée qu’onne pense. Avant les missionnaires, il n’y avaitpas dans l’archipel d’autres maîtres du sol queles areoïs; les hommes du peuple cultivaient etne possédaient pas. Ainsi, condamner une reinepour atteinte à la propriété d’un non-areoï, c’é-tait proclamer le principe de l’affranchissementdu prolétaire. Ce retour au droit naturel étaitune mesure d'un effet d’autant plus utile, quel’abolition des fêtes , des danses, des jeux natio-naux, avait violenté ce peuple dans ses plaisirset dans ses habitudes. Du reste, la conduite desmissionnaires procéda par des compensationspareilles, divisant pour régner, accordant aupeuple ce qu’ils enlevaient aux areoïs, se créantpartout des fonctionnaires à leur dévotion, orga-nisant au besoin l’espionnage , calculant tout defaçon à ce que l’autorité la plus réelle de l’île fûtleur autorité.
Peu de navires européens dont les noms etles actes soientrestés visitèrent l’archipel de 1816à 1823. En 1820 pourtant, Bellinghauseu avaitmouillé à Matavaï avec deux vaisseaux, mais sanslaisser des traces bien remarquables de son pas-sage. La Coquille y arriva àson tour au mois de mai1823, et y séjourna trois semaines cjui furent em-ployées àdes recherches et à des observations. Lecommandant Duperrey n’a pas encore, à l’heureactuelle, achevé d’initier le public aux détailsde cette relâche; mais nous avons sous les yeuxle journal du commandant en second d’Urvillequi y suppléera. La physionomie du pays à celteepoque vit tout entière dans ses détails. Nous nepouvons mieux faire que de le citer.
« Au moment de notre arrivée, dit M. d’Ur-ville, l’assemblée générale des Taïtiens allaitouvrir ses séances, et le 13 mai on célébra unservice divin en guise de prélude. Curieux de cespectacle, je m’embarquai avec Mil. Bennet etWilson, les missionnaires, et plusieurs officiersdu bord. Arrivés à Papaooa, je vis les habitaus,hommes et femmes , marchant sur deux files, enbon ordre et dans un profond silence, dans ladirection de l’église. On eût dit une ligne noirede dévots pèlerins. Dans le temple, chacun pre-nait place suivant son district et son canton.Bientôt cet immense hangar, long de 700 pieds,
fut en grande partie rempli; et pourtant, mal*gré l’affluence, un tel silence régnait que la voixdu missionnaire se faisait entendre dans toutes
les parties de la salle. Le service conmiença adix heures. Il commença par un hymne que lesassistans chantèrent en chœur. Ensuite vint unelecture de quelques pages des Actes des Apô-tres ; puis M. Barff fit un long discours sur un pas-sage des prophéties d’Isaïe . Son débit expressifet fortement accentué semblait produire la plusgrande impression sur cet auditoire. Quelquesfidèles cherchaient, à tracer à la hâte sur un pa*pier des passages du sermon ; les autres écou-taient le prêtre dans l’altitude la plus ferventeet la plus respectueuse. La famille royale assis-tait au service, mais confondue dans la foule .et 'sans distinction apparente. L’inspecteur Bennetplacé à mes côtés me désigna les principauxpersonnages du pays : Tati, Ilitoti, Oupa-Paroti,Oulami, et d’autres encore qui avaient joué unrôle dans les derniers événemens.
» Le service dit, on nous conduisit vers unetable modeste dressée sous la tente de la régente,près du tombeau de Pômare II. Des bancs, descoffres et des planches servaient de sièges. Latable était couverte de fruits d’arbre à pain, de co-chons et de volailles ; le tout flanqué de carafons,dont les uns étaient pleins de rhum, les autresd’eau de coco. Les vrais seigneurs de la fête, lesamphy trions appareils, n’étaient ni la régente, nila famille royale , mais les missionnaires qui s e-taient placés à l’écart avec leurs familles, et dansdes postes d’honneur. Quant aux princes et auXchefs , ils avaient été relégués au bout de la ta-
ble, et vraiment, si nous ne nous étions p a *rapprochés d’eux à dessein , si nous ne lcU> -avions pas fait des amitiés dont ils semblère 1 * 1fort reconnaissans, ils auraient figuré à ce repa*comme des intrus plutôt que comme les souve-rains de l’ile. C’était pourtant d’excellentes gens»ne manquant ni d’esprit ni de sagacité, capable*de tourner à bien s’ils avaient eu quelque cubture. Le petit Pômare et la jeune Aïmata i ,1<J
parurent surtou t deux créatures fort in telIigeiit eS ’
» Le dessinateur de l’expédition, M. Lejeu lie ’assista seul à la séance du lendemain , où <J eSquestions politiques furent soumises à Passe* 11blée populaire. Elle dura plusieurs heures, p f
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dant lesquelles les chefs prirent tour à toutparole. Le plus brillant orateur de cette f (,u ,était le chef Tati : la principale question ag liefut une capitation annuelle à établir, à rai s ° Jde cinq bambous d’huile par homme. Eus 111on traita des impôts qui devaient être P el S U ^soit pour le compte du roi, soit pour le coB1 P