AUTOUR DU MONDE.
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des sociétés auxiliaires des missions, institutionqui n’était qu’une taxe indirecte prélevée sur lesfidèles au profit du culte. Alléguant que la so-ciété de Londres ne 'pouvait subvenir qu’auxfrais des missions métropolitaines, les pasteursde Taïti proposèrent de former par des donsVolontaires un fonds commun qui serait appliquéà des sociétés succursales. Chaque sociétaire de-vait s’inscrire pour une quantité de cochons,d’huile de coco, de patates , de racines d’arrow-root, dont il consentait le versement annuel.L’amour-propre, la piété peut-etre amenèrentd’abord des souscripteurs , puis l’imitation et lacrainte en déterminèrent d’autres. Il y en eutpeu qui s’en tinrent pour exempts. Cette taxespontanée commença en 1818, et elle dégénérabientôt en impôt régulier qui, accru chaque an-née, est devenu fort onéreux à l’heure actuelle.Déjà en 1822, la contribution était de 9226bambous d’huile (de 4 livres chaque), de 24 co-chons , de 267 ballots d’arrow-root (de 5 livreschaque), et de 191 ballots de coton ; le tout pourTaïti seulement. Les autres îles rendaient enproportion.
Ainsi le gouvernement de Pômare II fut mêléde mauvais et de bon. Vers les dernières années,Un défaut grave vint même entacher ce règne.Pômare s’adonna à l’ivrognerie ; il abusa desliqueurs fortes au point d’abrutir son esprit etd’altérer sa santé. Quand il se rendait le matindans le petit kiosque ou il traduisait les Écri-tures , il emportait avec lui sous un bras sa Bible ,sous l’autre sa bouteillede rhum; puis, quand il sesentait la tête alourdie par des libations copieu-ses : « O Pômare, s’écriait-il se faisant justice àlui-même, ô Pômare , ton cochon est maintenantplus en état de régner que toi ! » Ces excès ne lelaissèrent pas long-temps debout. Il mourut d’hy-dropisie le 7 septembre 1821, à l’âge de qua.rante-huit ans, dans les bras de M. Crook, peuregretté des missionnaires dont il avait été néan-moins l’instrument le plus sûr et le plus aclif,laissant deux enfans de son épouse Tere-moe-moe , une fille, Aïmata, âgée de huit ou dix ans,et un fils âgé de quatre ans seulement. Ce fut cedernier qu’on proclama roi de l’île sous le nomde Pômare III; sa tante Pômare-Wahine futNommée régente.
Les missionnaires espéraient régner alorsmoins contrôlés et plus absolus. Envoyés par lasociété métropolitaine, deux inspecteurs , Tyer-mann et Bennet, venaient d’arriver à Taïti ,avec des pouvoirs spéciaux; ils devaient réglerla nature des attributions du corps de ces pas-Iciirs, régulariser leurs rapports avec les Euro-
T. I.
péens résidant sur ces îles, hommes dangereuxpresque tous, déserteurs de navires ou réfrac-taires de la colonie de Botany-Bay ; ils devaienttraiter de puissance à puissance avec les auto-rités du pays, si malléables jusque-là. Un dé-sappointement attendait toutefois les évangé-listes. La régente Pomare-Wahine , dont ils n’a-vaient attendu qu’une soumission passive , se ré-volta tout d’abord contre l’exigence de leursvolontés. Elle déclara qu’elle ne subirait pointune tutelle onéreuse , et qu’elle s’abriterait der-rière ses privilèges pour résister aux lois qu’ilsavaient établies. Cette prétention révolta au der-nier point les chefs des missions ; mais ne pou-vant lutter contre une déclaration aussi for-melle, ils résolurent de patienter et d’attendrel’heure des représailles. Sur l’île de Taïti , on nepouvait rien contre l’autorité de la régente,mais hors de son territoire l’occasion avait quel-que chance de se présenter. Cela eut lieu en effet,et voici comment :
Dans l’automne de 1822 , Pomare-Wahineétant allée rendre visite à son allié Mahine, roi: de Wahine , passa quelques semaines sur celte! île, entourée de sa cour. Un jour elle eut besoind’un arbre, et trouvant dans le clos d’un hommedu peuple un tronc qui jui convenait, elle le fitcouper. Le propriétaire, nommé Teouhe, portasa plainte ; le magistrat la reçut et fixa l’audienceau jour suivant. Dans la nuit, la scène fut pré-parée avec les missionnaires. Sommée de com-paraître sur la place de justice , la régente obéit ;elle s’y trouva en face du pauvre plaignant. Lejuge nommé Ori était assis sur une natte à l’om-bre d’un cocotier. 11 interrogea l’homme duI peuple, qui demanda justice pour la violationde sa propriété. Après quoi, se retournant versla reine : « Avez-vous donné l’ordre de coupercet arbre ? dit le juge. ■— Oui. .— Ignorez-vousla loi? — Je la connais, mais je suis au-dessusd’elle. — En voici la copie, cherchez là-dedanset monlrez-nous où se trouve l’exception en fa-veur d’un roi ou d’une reine. » Pomare-WahineI chercha et ne trouva rien. Alors, voyant que l’onavait envie d’exploiter celte affaire, elle voulutl’arranger avec de l’argent, et envoya chercherun sac de piastres par son serviteur, puis leplaça devant le plaignant comme indemnité.« Un instant, dit le juge, ce n’est pas tout. »Craignant un éclat, la reine se prit à pleurer.« Avez-vous encore la prétention d’avoir bienfait en coupant cet arbre, sans en demander l’au-torisation au propriétaire? — Non , je ne lecrois plus. — C’est bien, poursuivit le juge. Etvous, Telioue, quelle satisfaction exigez-vous ?
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