AUTOUR DU MONDE.
5G3
des missionnaires. Nous sûmes plus tard que lapremière question avait été résolue dans le sensaffirmatif; mais que la seconde, celle qui con-cernait les missionnaires, avait été ajournée pareux dans la prévision d’un échec. Quatre millepersonnes environ assistaient à cette espèce decongrès national. »
Après Içi Coquille parut à Taïli le capitaineKotzebue, qui jugea la société des missions avecplus de sévérité encore. Il a constaté dans sa re-lation quelques exemples de la justice â^re etrigoureuse de ces pasteurs , qui étaient à la foisei les surveillans des consciences et les redres-seurs des torts. Un indigène ayant volé une che-mise à l’un des marins du Runc/c fut garrotte,malgré le pardon du capitaine russe , malgréson désistement, malgré ses instances, et envoyéhu travail des routes. On lui fit grâce seulementdu fouet. La pénalitén’était pas moins rigoureusepour les faiblesses de la chair. Ces Taïtiennes,si galantes et si libres jadis , étaient devenuesréservées par crainte plus que par vertu. On in-fligeait des corrections exemplaires à celles quise livraient aux marins.
Le 21 avril 1824, le petit Pômare III, l’élèvedes missionnaires , fut couronné dans une as-semblée solennelle. Le doyen de la mission,M. Davis, s’engagea en son nom à gouvernerscs peuples avec justice et merci, suivant les loiset la parole de Dieu . A celte occasion une am-nistie générale fut proclamée, et tous les banniseurent la permission de rentrer dans leurs dis-tricts. Toutefois cette royauté éphémère, sur la-quelle était bâti l’avenir du pouvoir tliéocrati-que, fut emportée peu de temps après. Pô-mare III passa d’abord sur l’ile d’Eïmeo, où ildevait être élevé dans l’académie de South-Sca,sous les yeux de M. Orsmond. Au mois de dé-cembre 1826, une maladie endémique ravageale groupe , et frappa l’un des premiers le roimineur qui alla mourir, entre les bras de sa mère,le 11 janvier 1827.
Les missionnaires avaient utilisé sa courtepuissance, pour faire adopter une loi qui don-nait à l’archipel une sorte de représentation na-tionale , et abolissait à jamais l’influence desgrands feudataires. Les membres des divers dis-tricts devaient se réunir une fois par année pourdiscuter et améliorer la législation. Ces membresdes districts étaient choisis par les habitans àla majorité des voix, et investis d’un mandattriennal. D’abord le nombre des députes fut fixéà deux par district; mais l’assemblé^ avait lafaculté de porter ce nombre à trois ou quatre,si elle le croyait utile. Désormais nulle institu-
tion ne devait avoir vigueur sans passer par levote de la Chambre représentative et par la sanc-tion royale. C’était une assemblée à l’image dela Chambre des communes d’Angleterre.
Dans la session de 1826, le Parlement taïlienrendit diverses lois, et entre.autres une qui con-damnait à trente dollars d’amende tout capi-taine étranger qui laisserait un homme de sonéquipage à terre, sans la permission du gouver-neur du district. Les trente dollars devaient êtreainsi distribués : vingt pour le roi, six pour legouverneur, et quatre pour le naturel qui ramè-nerait le marin à bord. Tout homme qui se ca-cherait à terre devait être saisi sur-le-champ.L’homme qui l’aurait arrêté devait recevoir huitdollars si c’était près du rivage, quinze dollarsdans l’intérieur. Un marin déserteur, trouvéaprès le départ du navire, encourait la peine decinquante toises de route. Cette loi émanait évi-demment de l’inspiration des missionnaires àqui il importait surtout que des aventuriers eu-ropéens, marchands, spéculateurs, ou militaires,ne vinssent pas s’établir sur l’île, et y dominerleur influence.
Le capitaine Beechey, qui visita l’archipel en1826, tout en rendant justice au zèle et au dé-vouement des missionnaires, à leurs travauxnombreux et divers, ne peut s’empêcher de con-venir qu’une sorte d’exagération puritaine arrê-tait l’élan politique et commercial de ces îles.Yoicice qu’il dit à ce sujet:
« En considérant les progrès que ce pays afaits dans la science du gouvernement par lafondation d’un parlement et par la promulga-tion d’un code de lois, nous nous attendions àtrouver quelques germes de bien-être à venir.Nos excursions ne nous révélèrent rien de pa-reil. Les naturels non-seulement n’ont point faitde progrès sous le rapport industriel, mais ilsont laissé périr plusieurs de leurs arts pri-mitifs. »
Depuis la mort de Pômare III aucun événe-ment essentiel ne survint dans l’histoire de Taïti .Comme successeur de son frère, on intronisa lajeune Aïmata, dernier rejeton de la famille, sousle nom de Pômare Wahine I re , et on la mit sous latutelle de sa tante. Le Parlement taïlien con-tinua à se rassembler chaque année, mais sesdébats restèrent sans intérêt. Le dernier voya-geur qui ait vu la contrée est le capitaine Wal-degrave, dont le voyage ne date que du moisd’avril 1830. L’ile lui parut dans un état tran-sitoire entre les habitudes anciennes et l’appré-ciation confuse de la loi nouvelle. C’était unesorte de conflit, où se présentaient d’une part les