VOYAGE PITTORESQUE
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anciens privilèges des chefs, et de l’autre les nou-veaux droits du peuple émancipé. Les mission-naires vers ce temps s’occupaient beaucoupd’affaires commerciales. Us s’étaienl fait adjugerle monopole du bétail, et ils méditaient d’y join-dre celui de l’huile de coco et de l’arrow-root.Us descendaient même quelquefois jusqu’à sefaire les courtiers et les fournisseurs des na-vires. Quant à la famille royale, tous s’accordentà l’accuser d’une dissolution poussée à l’extrême.La reine donnait l’exemple du scandale, et sonmari, l’énorme Pomare-Obou-Rahi (Pomare-Gros-Ventre), jeune homme d’une vingtained’années, semblait assister à ces petites saturnalesde cour plutôt comme témoin indifférent quecomme partie intéressée.
CHAPITRE LXI.
.ARCHIPEL DE TAÏTI . - MOEURS, COUTUMES. ET 5
PRODUCTIONS.
D’après ce qui précède, il est facile de com-prendre que, sous le point de vue physiolo-gique, il existe deux Taïti : la Taïti de la décou-verte et la Taïti actuelle; l’une, la reine de laPolynésie , peuplée d’une belle et gracieuse race;l’autre, au type déchu et dégénéré, offrant àpeine çà et là quelques hommes comme échan-tillons de la population antérieure.
Du reste, la couleur générale du teint est oliveou bronzée, admettant une foule de nuances,depuis le jaune clair des chefs jusqu’au bruntrès-foncé des hommes du peuple. Les propor-tions sont généralement belles; l’air est avenantet bon. L’angle facial est aussi ouvert chez euxque chez les Européens, excepté quand le frontet l’occiput ont été comprimés dans l’enfance,pratique usitée par les mères qui destinent leurscnfans à la profession des armes. Les autres ca-ractères sont : le front quelquefois bas, le plussouvent haut et bien formé, les sourcils noirs etbien dessinés, moins eu arc qu’en ligne droite ;les yeux rarement grands, mais brillans et d’unnoir de jais ; les pommettes peu saillantes ; le nezdroit et aquilin, souvent renflé aux narines, etnaguère aplati par les nourrices qui trouvaientcela plus gracieux ;la bouche bien dessinée, quoi-qu’avec des lèvres épaisses; les dents saines, unpeu larges, d’une blancheur éclatante et d’unelongue durée; les oreilles grandes; le mentonplutôt saillant; la figure ronde, quelquefois an-guleuse comme chez les Tatars ; le profil sem-blable à celui de l’Européen; les cheveux noirset brillans, lisses ou frisés, mais jamais laineux.La taille clés hommes est généralement moyen-
ne : les chefs seuls semblent former une race àpart, un peuple de Patagons.
La blancheur de la peau n’était pour ces in-sulaires nullement un objet d’envie : suivanteux, un teint foncé annonçait la force, un teintblanc la faiblesse. Aussi ne se souciaient-ils pasde se garantir de l’action du soleil. Sur le champde bataille , ils dépeçaient les individus les plusbruns pour fabriquer avec leurs os des ciseaux,des aiguilles, des alênes et des hameçons, parcequ’ils supposaient que leurs os devaient êtrebeaucoup plus solides que les autres. M. Ellisraconte qu’à l’aspect d’un homme de couleurfoncée, ils avaient coutume de s’écrier : « Ta -ha ta ra e, te ere ere ! ivi maïtaï lona. (Que cethomme estnoir! ses os sont bons.)» La construc-tion des Européens leur paraissait inférieure àla leur, et quand ils voyaient sortir d’un navireun matelot bien taillé, à l’air fort et vigoureux!« Quel bel homme ! disaient-ils, si c’était seule-ment un Taïtien ! » Long-temps la blancheur dela peau leur parut un symptôme de maladie.
Tous les voyageurs ont parlé des mœurs paisi-bles et hospitalières des naturels, de leur bonté,de leur gaieté, de leur douceur. Quoique modi-fiées depuis la découverte par le frottementeuropéen, ces qualités se retrouvent encore dansles habitudes et le caractère actuel. Le capitaldéfaut de ces sauvages, le vol, n’a pas résistenon plus à des notions plus nettes sur la pro-priété. Du reste, leur penchant irrésistible pourle larcin peut s’expliquer par la nouveauté deschoses qu’ils voyaient sur les navires européenset par le prix qu’ils attribuaient à la moindrebagatelle, à un clou, à un couteau ou à une hache.
Malgré leur indolence instinctive et leur goûtpour le plaisir, les arts industriels n’étaientpoint arriérés chez'eux; leurs maisons, leurspirogues, leurs ornemens aux jours de Cook»attestaient au contraire un certain degré d’ a 'dresse manuelle et d’intelligence ouvrière. Ho> sde là, il y a jusqu’ici peu à espérer de cette race»qui arrive facilement jusqu’aux connaissancesd’une sphère inférieure, mais qui ne s’élève pointau-dessus.
Quant à l’origine de ce peuple, on ne saitrien de précis sur elle. Quelques traditions con*fuses vivent seules dans le pays. Une légenderecueillie par M. Barff dit que le cinquièmeordre des êtres inlelligens créés par Taaroa etHina (les deux divinités créatrices) fut app e ^ eRahon tahata i te ao ia tiï (ordre du monde ondes tiisl. Voici comment la chose se passa entreles deux divinités. Hina dit à Taaroa : « Coin'ment obtenir l’homme? Les dieux jour et nuit