AUTOUR. DU MONDE.
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e u un clin-d’œil. Les deux porteurs s’abais-saient, l’un pour mettre à terre le fardeau royal,l’autre pour le recevoir, et le souverain sautaitde dessus les épaules de l’un sur celles de l’autre ;ce moyen de transport interdit aux autres ariisSe nommait amo ou vaha.
La plus grande marque de respect vis-à-visdu roi et de la reine était de se dépouiller detout vêtement en leur présence. Nobles ou peu-ple y étaient astreints. Quand on criait le arii(voici le roi), il fallait se mettre dans un état denudité complète, et rester ainsi jusqu’à ce quele monarque eût passé. Si, par nonchalance oupar mauvaise volonté, on manquait à cete défé-rence, le vêtement devait être déchiré à l’ins-tant même. En passant devant une résidenceroyale , indiquée par un lii, ou statue en bois ,•te même cérémonial était exigé.
L’investiture'royale se célébrait avec magni-ficence. Variable dans son époque , elle avaitlieu assez habituellement quand le prince at-teignait sa dix-huitième année. On essayait d’ypréluder par quelque miracle, comme la pousseinattendue et soudaine d’un arbre. Le grandsigne distinctif de la dignité royale était le maroo ara , ceinture serrée, tissue des fibres battuesde l’ava tressées avec des auras ou plumes rou-ges, prises aux effigies des divinités. Ces plumesdevaient transmettre au jeune roi des attribu*tions divines. Des sacrifices humains- s’accom-plissaient pendant tout le temps employé à lafab rieaiion du maro sacré.
Quand tout était prêt pbur la cérémonie, lecortège se rendait processionnellement au moraïd’Oro. La statue du dieu était posée sur une es-trade, et son lit habituel, sorte de banquetteen bois ciselé, devait servir de trône au roi. Apeine y était-il assis, que le grand-prêtre (Tari-Jnoua) suivi des autres prêtres (Miro-Tahouas),avec le grand tam-tam, des trompettes et divershisirumens sonores, avec le tapaau au bras,sorte d’ornement en feuilles de cocotier, enle-vaient l’idole, qui sortait du temple entre deuxhaies de respectueux adorateurs. La processions e rendait vers la plage, et Oro montait bientôtSur la pirogue sacrée , facile à reconnaître a sestapaaus entrelacés. A un certain signal, le roi,
' esté jusqu’alors sur le lit du dieu, se levait, etprenant une branche de mero sacré coupée dans^enceinte du moraï, il marchait vers la mer,s’y baignait et s’y purifiait. Cette ablution ac-complie, il montait lapirogue, où le grand-prêtrek ceignait du maro-oura , en invoquant la divi-nité par ces mots : « Répands l’influence du rois ùr la mer vers Pile sacrée. » Cependant la foule
rassemblée sur le rivage Saluait l’investiture parles cris : Maeva arii! Maeva arii! et ce vivat es-cortait la flottille de pirogues qui se prome-nait sur la mer. Les monstres marins eux-mêmesne manquaient pas de venir s’humilier devantle nouveau souverain des flots. Deux requinsdéifiés, Tououmao et Tamlioui, s’approchaientde S. M. pendant qu’elle se baignait, et la félici-taient de son avènement. Il est à croire qu’onne souffrait leurs hommages qu’à une distancerespectueuse. Après cette coiirse nautique, le roiretournait vers le rivage et allait s’étendre surle lit d’Oro, la tête appuyée sur le coussin sacréde' Tafeou , bloc de bois ciselé. Quatre porteurs,membres de la famille royale, l’enlevaient alors,et le conduisaient vers le temple national deTabou-tabou-atea. Les prêtres suivaient avecleurs instrumens , et ensuite les chefs et le peu-ple vociférant : Maeva arii! Arrivés dans l’en-ceinte dœmoraï, on plaçait Oro et son fils à côtédu roi sur une plate - forme élevée, et là dieuet souverain recevaient les hommages du peu-ple. La cérémonie se terminait par une espècede saturuale populaire.
Ce caractère divin que l’investiture attribuaitau roi se reproduisait dans tous les objets à Sonusage; habits, meubles, pirogues, porteurs,cases de plissage ou de résidence habituelle ; lachose s’étendait même jusqu’à leurs qualifica-tions. Ainsi les maisons du roi s’appelaient do-rai, nuages du ciel ; sa pirogue , anoua noud ,arc-en-ciel; sa voix était le tonnerre; les lu-mières de son palais des éclairs ; pour dire qu’ilvoyageait, on se servait du mot maliouta, voler.Enfin toutes les hyperboles de l’orientalisme seretrouvaient dans la langue à l’usage de la cour.
Chaque chef gouvernait son district en recon-naissant la suprématie du roi. Une île compre-nait ordinairement huit districts ou mataïnas ,dont les administrateurs étaient des membres dela famille royale. Pour des crimes graves , le roipouvait les bannir et confisquer leurs propriétés.Ces arrêts rencontraient parfois des résistances,car les chefs dépossédés avaient le soin d’établirentre eux et leurs voisins une Solidarité puis-sante. Pour notifier ses ordres , le roi se servaitde messagers, qui parcouraient file armés defeuilles de cocotier. Accepter la feuille, c’était sesoumettre; la refuser, c’était désobéir. La feuillede cocotier était l’emblème de l’autorité. Lesactes publics se notifiaient des supérieurs auxinférieurs par l’envoi de niaus , véritables or-donnances militaires.
Aucune loi régulière n’avait vigueur dansle pays. Les hommes du peuple vidaient leurs