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VOYAGE PITTORESQUE
débats entre eux ; les chefs seuls avaient stipuléune pénalité pour venger leurs injures. La mort,le bannissement ou la perspective de servird’holocauste, voilà quels étaient les châlimensles plus sévères. Parler mal du roi était un crimesi monstrueux que, non-seulement le coupabledevait périr, mais que le district avait en outreà fournir une victime humaine pour les dieux.La débauche n’était point punie ; l’adultère l’é-tait quelquefois, mais surtout quand le mari ledemandait. Faciles, du reste, et peu jaloux, lesTaïtiens livraient souvent eux-mêmes leursfemmes , et les troquaient entre amis. Quoiquele vol fût presque une nature chez eux , il étaitnéanmoins puni comme un crime. Le larron prisen flagrant délit pouvait être assommé sur laplace. D’autres fois on le mettait sur une pi-rogue à demi pourrie , et il y était abandonnépour servir de pâture aux requins. Le harou-raa, ou la confiscation des biens du délinquant,était pourtant le châtiment le plus ordinaire. Lapartie lésée entrait dans la case du larron, et yenlevait tout ce qu’elle pouvait ; le coupable lalaissait faire; la populationen aurait fait violem-ment justice, s’il eût résisté.
Une classe de Taïtiens était pourtant à l’abride ces lois sévères : c’était la classe des areoïs.A ces hommes, le vol et le pillage étaient permis.Vagabonds, licencieux, despotes , ils pouvaientfatiguer impunément le pays de leurs vexationset de leurs désordres. Us formaient entre euxune ligue puissante , une association compacteexistant non-seulement à Taïti , mais dans toutela Polynésie , une secte qui avait à la fois sestraditions, sa généalogie et ses privilèges. Ilsdescendaient de Ourou-Tetefa et d’Oro-Tetefa,fils de Taaroa et de Hina et frères d’Oro.
Les areoïs se divisaient en sept classes dis-tinctes dont chacune avait son tatouage. La plusélevée était celle des avae parai , jambe peinte ;la seconde celle des oli ore , dont les deux brasétaient tatoués depuis les doigts jusqu’aux épau-les; puis venait la troisième, celle des haroteas,tatoués depuis les aisselles jusqu’aux hanches;la quatrième celle des houas , avec deux ou troispetites figures seulement sur chaque épaule; lacinquième, celle des atoros , avec une simplemarque sur le côté gauche ; la sixième, avec unpetit cercle autour de chaque cheville ; enfin laseptième, celle des poos, espèce de candidats autatouage qui portaient également le nom de poofa rearea , parce qu’à eux était dévolue dansles grandes occasions la partie la plus pénible etla plus fatigante des danses, pantomimes, etc.
Le litre d’areoï était toujours censé d’investi-
ture divine. Le candidat, simulant la folie,présentait dans une assemblée publique, l eSreins ceints de feuilles de dracœna, la figure ba*'bouillee du suc rouge du mati , le front couvertd’une visière en feuilles de cocotier tressées, l eScheveux oints d’huile parfumée ou ornés defleurs odorantes. Dans cet état, il s’élancait a 11milieu du cercle des areoïs, se mêlait à leurs exe*'cices avec fougue et vigueur, et tenait bon j uS ”qu’à ce qu’ils fussent terminés. Ce début caraC'térisait la vocation, et, si le candidat était agréé,on le désignait pour le service d’un des princçpaux chefs de la société. Après un noviciat oul’on éprouvait son dévouement et sa docilité, détait initié avec les rites prescrits.
La cérémonie avait lieu dans quelque laupd 1ou assemblée politique de l’ordre. Le prenne 1 ’areoï amenait le candidat revêtu d’une étoffaparticulière, et le présentait à ses confrères sousle nom adopté. On lui faisait prononcer une es'pèce de formule par laquelle il s’engageait à fairepérir ses enfans ; puis, avec un geste particulier,il débitait une invocation solennelle. Ces pr<?ludes accomplis, on le revêtissait de l’habit portepar la femme du rang le plus élevé, et il étaitalors areoï de la septième classe.
Telle était la vie des areoïs, vie paresseuse etdébauchée. Quelquefois, formés en bandes nom*breuses, ils parcouraient les diverses îles del’archipel sur des flottilles souvent composéesde cinquante à soixante pirogues, bien vus de®princes, respectés par le peuple, soufferts par lesraatiras, ils semblaient les maîtres de la contréeoù ils abordaient. Pour sanctifier ces parties deplaisir, ils tuaient des cochons à Oro, avant de le 5commencer, et couvraient ses autels de bananes,de fruits d’arbre à pain et d’autres objets. S 1 * 1l’une des pirogues voyageuses, on établissait unmoraï flottant des deux fondateurs de l’ordre,Oro-Tetefa et Ourou-Tetefa, et des autres di'vinités des areoïs, figurées par des pierres ° rnées de plumes rouges. Arrivés dans un endro* 1 »ils y préparaient leur spectacle, moitié religie 11 '’moitié profane; ils se peignaient le corps en t * 0 * 1avec du charbon, et la figure en rouge avec d usuc de mati ; ils portaient des ceintures 6,1feuilles jaunes de ti, d’un effet gracieux; dtrès fois ils se couvraient de feuilles jaunesbananier, et prenaient pour coiffure cellesYhoutou ou barringtonia.
Leurs représentations portaient le nom d ^paupa. Assis en cercle, ils répétaient une ^gende ou hymne en l’honneur du dieu ouquelque areoï célèbre; après quoi l’undee^’placé au centre, entonnait un récitatif c l uC