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Tome premier.
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AUTOUR DU MONDE.

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propriétaire les reprenait alors et les renfermaitdans des étuis de bambou. Ils devenaient ainside vrais fétiches, et si les vœux du possesseurétaient exaucés, en toute occasion subséquenteil ne manquait pas de l’attribuer aux ouras sa-crés , et de l’honorer d’un tou ou image en boisdans laquelle on les déposait. Quelquefois mêmel’insulaire les gratifiait d’un autel et d’un temple.Quand on allait pourtant jusqu’à leur ériger uneeffigie , il fallait porter l’idole au grand hangarpour que les dieux principaux sanctionnassentla transfusion divine. -

Les temples , comme on l’a vu, s’appelaientmordis ou mardis, selon la version probable-ment plus exacte des derniers missionnaires.Ces moraïs étaient de vastes enclos entourésde palissades et le plus souvent de murs, ren-fermant les chapelles des dieux, les autels ouplate-formes pour les offrandes, les cases desprêtres, et souvent les tombes des chefs. On endistinguait de trois sortes : ceux qui servaient àPile entière, et portaient souvent le titre deTabou-labou-alea (espace très-sacré); ceux quine servaient qu’à un district ; enfin ceux quiétaient dédiés seulement aux dieux de la famille.Leur forme habituelle était celle d’un vaste rec-tangle, dont l’étendue variait suivant la fortunede l’individu et l’influence du dieu. Deux descôtés étaient fermés par de hautes murailles depierre ; la façade était défendue par une palis-sade basse, et en face s’élevait souvent un bâti-ment massif de forme pyramidale sur lequel onplaçait les effigies des dieux. Au grand moraïd’Ata-Hourou (Pl. LXX — 3), cette pyramiden’avait pas moins de 250 pieds de long sur 90de large à la base, et 50 pieds de hauteur. La sur-face supérieure avait encore 170 pieds de lon-gueur , et près de 6 pieds de largeur ; des de-grés de six pieds de hauteur chacun condui-saient au sommet. Les pierres extérieures de lapyramide, composées de madrépores ou de ba-saltes, étaient placées avec beaucoup de soin etbien écarries, surtout celles des angles; ce quiavait dû coûter aux naturels des soins immenses.

Aujourd’hui les moraïs sont au ras du sol ;mais quelque part que l’on aille dans l’archipel,on en trouve des décombres, dans les vallonsintérieurs, auprès des villages, sur les promon-toires, et dans les gorges des collines. Les ar-bres qui croissaient autour d’eux étaient sacrés;c’était le plus souvent des casuariuas au feuillagelüélancolique, des calophyllum , des thespesiase t des cordias impénétrables au soleil.

Lesfonctions sacerdotales étaienthéréditaires.bes prêtres avaient le rang de chefs. Le roi était

quelquefois prêtre du temple national, et la di-gnité de grand-prêtre était toujours confiée à unmembre de la famille régnante, cela sans doutedans le but d’éviter des conflits entre les auto-rités spirituelle et temporelle.

Le culte se composait de prières , d’offrandeset de sacrifices. Les prières ou oubous, quoiquecourtes, étaient prononcées lentement, grave-ment , de manière à attirer, l’attention de la di-vinité. Le prêtre se tenait un genou plié ou lesjambes croisées sous lui, dans une position très-incliuée ; enfin, le dos appuyé sur une colonnede basalte qui termine l’enceinte pavée où sedresse l’idole. Il jetait une branche de merosacré sur le pavé devant l’effigie avant de com-mencer scs prières.

Les offrandes consistaient en poissons , oi-seaux, fruits, cochons, étoffes ou autres objetstravaillés. Les vivres étaient tantôt cuits, tantôtcrus : cuits, il fallait qu’on les préparât dansl’enceinte du temple , et alors une portion seu-lement était pour les dieux, le reste pour lesprêtres. Les portions des dieux étaient placéessur des watas , plate-formes de bois, où on leslaissait se corrompre. Ces watas étaient suppor-tés par des pieux de 8 à 10 pieds de hauteur,bien polis, souvent sculptés ; ils étaient couvertsde rameaux sacrés, et bordés de franges ou defeuilles de bananier d’un beau jaune. Les co-chons destinés aux sacrifices étaient étranglés ousaignés avec soin , de manière à ce qu’aucun osne fût brisé. Morts, on les étendait sur les watas.

Ces offrandes étaient innocentes et tolérables ;des animaux, des fruits de la terre présentés auxdieux : c’est le culte primitif des peuples sim-ples ou pasteurs. Mais à côté de ces holocaustesd’autres avaient lieu, atroces et injustifiables.Nous voulons parler des sacrifices humains, ap-pelés ihia (poisson), dans l’argot des prêtres in-digènes. .Ces sacrifices se faisaient en temps deguerre, dans les grandes calamités nationales, àl’occasion des maladies des chefs puissans, etpour l’érection des moraïs. Lors de la fondationdu moraï célèbre de Mae va sur Waliine, chaquepieu du temple fut planté sur le corps d’unmalheureux offert en sacrifice.

Les victimes étaient ou des captifs faits à laguerre, ou des hommes qui s’étaient rendus sus-pects aux chefs et aux prêtres. Quand un districtou un ménage avait fourni un sujet, il étaitordinairement tabou ou dévoué. On s’adressaità lui de préférence une seconde et une troisièmefois. Il en résultait assez souvent que les famillesdéjà frappées s’enfuyaient vers les montagnesquand elles pressentaient un holocauste hou-