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VOYAGÉ PITTORESQUE
■veau. La victime , en général, était assommée àl’improviste de la main du chef du district, puisson corps était placé dans une longue corbeilleen feuilles de cocotier, porté au temple et offert àl’idole. Le prêtre en le consacrant enlevait undes yeux, le plaçait sur une feuille de bananier,et le présentait au roi qui le portait jusqu’à sabouche comme pour le manger, puis le remettaità un autre prêtre placé à ses côtés. De temps entemps , pendant Toubou, le prêtre arrachait destouffes de sa chevelure, qu’il plaçait devant ledieu; ensuite, quand la prière était finie, le cada-vre était enveloppé dans des feuilles de cocotier etplacé sur un arbre du voisinage. Il y demeuraitjusqu’à entière consomption des chairs, aprèsquoi .on enterrait les os sous le pavé du moraï.
Dès qu’un individu décédait, le lahoua-louteraétait chargé de rechercher la cause de sa mort.Celui-ci prenait une pirogue et pagayait jusqu’àl’endroit où gisait le cadavre ; car l’esprit ens’échappant devait lui apparaître, et lui direpourquoi il avait quitté ce corps. S’il était mortpar suite du courroux des dieux, l’action du sor-tilège se révélait par une flamme ; si les charmesde quelque ennemi l’avaient perdu, une plumerouge eh était le signe. Cela constaté de façonou d’autre, le tahoua venait signifier aux parensdu défunt le résultat de son enquête, et recevoirun salaire proportionné à l’importance du mort.A ce jongleur succédait le tata-faa-tere ou faa-touboua , dont l’emploi était de détourner lemême mal de dessus le reste de la famille. Il yprocédait à grand renfort de prières et de céré-monies ; après quoi il annonçait aux parens quele succès avait couronné ses efforts. Il fallaitpayer encore ce second mystificateur.
On procédait ensuite aux funérailles. Pour lespauvres et pour les hommes de la classe ordi-naire, le corps était placé sur un lit de feuillesodorantes , et gardé par les parens en deuil ; lesplus proches se déchiraient la figure , la poitrineet le reste du corps, avec des dents de requineffilées. Le sang ruisselait sur tous leurs mem-bres. Après cette longue veille, on enlevait lecorps; puis, à Taide de bandelettes, on le bri-dait de manière à ce que les genoux fussent fortrapprochés de la figure, tandis que les brasétaient croisés et réunis. On l’enterrait ainsi.
Les corps des chefs avaient les honneurs dutoupapau, dont on a vu la description. On lesembaumait et on les laissait exposés sur desplate-formes, jusqu’à ce qu’ils s’en allassent parlambeaux; on recueillait ensuite les ossemenspour les enterrer dans les moraïs. Des offrandesen vivres devaient être constamment exposées de-
vant les toupapaas; car, d’après les naturels, leâviandes et les fruits avaient des parties invisibleset subtiles qui s’exhalaient et nourrissaient lesmorts. Les moraïs et les lieux de sépulture étaienttabou, même en temps de guerre ; mais parfoisles vainqueurs ne s’arrêtaient pas à temps. Ilsprofanaient les tombes, pillaient les autels, en-levaient les idoles, déterraient les ossemens pourles aiguiser en armes, comble d’outrage pour lesvaincus. Cependant ces violations étaient rares.En temps ordinaire, les temples étaient res-pectés , ainsi que leurs desservans. On respectaitaussi les gardiens .des toupapaus, personnagesessentiellement tabou.
Taïli pouvait s’appeler métropole du tabou.Nulle part dans les archipels polynésiens , cetterègle restrictive et prohibitive n’était plus exi-geante, plus minutieuse, plus tyrannique, pluscruelle. Depuis la naissance jusqu’à la mort exis-tait pour le Taïtien une méticuleuse distinctionde vivres permis ou non permis. On retrouvaitce veto partout, en santé comme en maladie,dans les temples , hors des temples, sur la grèveet dans l’intérieur, au sein des hameaux et descampagnes, dans les repas , dans le sommeil,dans la guerre, au milieu de la mer, dans lacase, à la pêche , à la chasse, partout. Les hom-mes , et ceux spécialement qui de loin ou deprès tenaient au service divin, étaient considéréscomme ras, ou sacrés ; ils pouvaient comme telsmanger de tous les alimens que Ton offrait auxdieux, tandis que les femmes ( noas ) communes nepouvaient, sous peine de mort, toucher à aucuude ces vivres privilégiés. Le feu des hommes nepouvait servir à préparer la nourriture des fem-mes; il en était de même des corbeilles et des au-tres ustensiles de ménage. Ce mépris pour lesexe le plus faible, ces interdictions, cette infé-riorité relative, ne .furent pas un des moindresmotifs qui jetèrent les femmes dans le christia-nisme, religion émancipatrice et juste pour elles.Peut-être, sans ce bienfait, les Taïliennes n’au-raient-elles pas pu pardonner au culte nouveaud’avoir condamné les plaisirs et les divertisse-mens pour lesquels elles étaient passionnées.
Les chants et les danses avaient le pas dan®ces préférences. Les uns et les autres s’exécU'taient au son de l’orchestre indigène, pauvr cen harmonie. Les instrumens étaient les tan 1 'tams de diverses grandeurs , la trompette n ia 'rine, Yihara, sorte de tambour formé parbout de bambou, comprenant un entre-n<® utout entier et percé d’un bout à l’autre-frappait là-dessus avec un bâton. Le dernier instrument était une flûte ou viro , le pl us soU '