AUTOUR DU MONDE. 573
vent faite avec un roseau d’un pied de long,pourvue de quatre trous, et sur laquelle onjouait avec le souille des narines. Les sons, unpeu sourds , étaient agréables : habituellementcette flûte servait à accompagner les pehes.
Les pehes étaient des sortes de ballades, des-tinées à chanter les faits des dieux et les exploitsdes héros, ou bien à célébrer quelque événementhistorique. On les récitait en public en aidant lechant d’une pantomime. Leur ensemble formaitl’histoire traditionnelle de ce pays, et, avantde les proscrire de la bouche des naturels,les missionnaires auraient bien du les recueil-lir, ne fût-ce que comme documens. Ellis citeun trait qui prouve mieux encore quelle eûtété leur utilité. Deux naturels se disputaient unjour sur un fait arrivé au capitaine Bligh, àqui l’on vola, en 1788 ou 1789 , la bouée de sckiancre. L’un des deux Taïtiens avait épuisé touteson éloquence à persuader son opiniâtre inter-locuteur ; il était au bout de ses ressources,quand il entonna ce chant :
O me a eia e Tareou cia
£ia te poilo a Blài.
Un tel était le voleur, et c’était Tareou ;
II vola la bouée de Bligh.
La citation fut décisive : l’opposant se tint pourbattu.
Les autres divertissemens des Taïtiens étaientpresque innombrables : les taupitis ou oroas mar-chaient en tète. C’était des fêtes solennellespour célébrer un retour de chef, une victoire,un grand événement. La lutte y jouait le rôleprincipal, et des athlètes s’y rendaient de tousles coins de l’ile pour faire assaut d’adresse de-vant plusieurs milliers de spectateurs. Tantqu’ils en étaient aux mains, un silence reli-gieux régnait dans l’assemblée ; mais la chiitede l’un des deux champions était saluée par descris et des explosions bruyantes. Les femmesne craignaient pas de se mêler à ces jeux pyrrlii-ques; elles joutaient même contre des hom-mes, et la reine Tere-moe-moe, couverte del’habit du lutteur, se mesura souvent avec plusd’un jeune chef de sa cour. A la lutte succédaitle pugilat, moins noble et moins honoré. Lesathlètes se décochaient de violens coups depoing, en se visant à la tête. Dès les premierscoups, les visages saignaient. Quelquefois cesassauts étaient meurtriers, et un grand-prêtred’Oro, à Matavaï, homme d’une force prodi-gieuse, assomma un jour, dans une même lutte,deux de ses > antagonistes, le père et le fils. Onûe permettait pas, du reste, de frapper un cham-
pion à terre ou en fuite. Celui qui restait de-bout dans l’arène était proclamé vainqueur.
La course à pied (faatitiai hamo raa) était lejeu favori des jeunes gens. Le corps oint d’huile,le maro serré autour des reins, le front couvertd’une guirlande de fleurs avec une sorte de tur-ban d’étoffe autour de la tête, nus du reste, lesconcurrens parcouraient la lice, plage de sablelongue et unie. La course des pirogues ( faati■liai hamo reavaa ) sur une mer calme n’était pasun spectacle moins attrayant.
Ensuite venaient les divertissemens militai-res , l’exercice du javelot et de la fronde, danslequel les Taïtiens excellaient, puis des simula-cres de combat, aussi curieux à suivre que ceuxde Hawaii . Les Taïtiens avaient aussi le palpai,le touïraa et le harou-raapomu, sortes de jeux deballe en rase campagne, l’un avec les mains,l’autre avec les pieds seulement ; le troisièmeavec une combinaison de pugilat; ils avaient letir de l’arc ( tea ou wahi-tea ), arme distinguéequi ne servait pas à la guerre ; le combat descoqs, pour lequel ils se passionaient autantque les Malais et les Tagals -, enfin le jeu connudes Hawaïens , qui consistait à se jouer duressac de la côte , à l’aide d’une simple plan-che. Ils se rendaient par centaines sur laplage pour s’y livrer à ce dangereux exercice ,jusqu’à ce que le cri terrible mao! (un requin !)vînt les forcer à la retraite. Ils connaissaientencore l’escarpolette ( lahoro ); les échasses ; lecerf-volant (ouo), jeu des adultes ; le tea-tea, amu-sement des enfans; enfin, une sorte de main-chaude nommée loupaurou-paurou.
Leurs danses étaient aussi fort variées. Dansle heiva figuraient les hommes et les femmes ,mais presque toujours séparément. Les femmesétaient gracieusement costumées. Coiffées detresses de tamau, ou de cheveux humains, ou deguirlandes de la fleur blanche du teaïri, ellesavaient les bras et le cou découverts, les seinsoraés de coquilles ou de touffes de plumes, puisune robe presque toujours blanche avec unebordure écarlate (Pl. LXXII — 2). Un autrecostume, non moins gracieux, était celui d’unejeune fille qui fut chargée de porter à Cook lesprésens des insulaires. Sa robe d’étoffe flottaitsur un mannequin d’osier, à peu près semblableaux paniers de nos aïeules ; les objets offertsétaient étalés là-dessus avec un certain art.(Pl. LXXII — 1).
Les mouvemens de ces danseuses étaient engénéral lents, mais réguliers et précis : les braset les jambes allaient dans un parfait unissonavec le tam-tam et la flûte. Le plus souvent ces