VOYAGE PITTORESQUE
AUTOUR DU MONDE.
CHAPITRE I.
SUITE DE l’oCÉANIE. - - ÎLES VAVJTOU. - MANGIA.-
■WAÏTOU-TAK.I. - TOUBOU AÏ , ETC. - TRAVERSÉE
DES ÎLES TAÏTI AUX ÎLES TONGA .
Le nouvel ouragan qui, le 29 avril au soir,nous avait surpris au milieu du groupe de Taïti ,n’eut pas l,a violence de celui que nous avionsprécédemment essuyé : au bout de quarante-huitheures, le vent de N. O. avait molli, et, au lieu defuir devant lui, VOceanic eût pu aisément tenirla cape et attendre le retour des brises régulièresduS..E. Pendleton aima mieux épargner au sloopcette fatigue; il continua la même route jusqu’àla hauteur de l’île Yavitou, où la brise, chan-geant lof-pour lof, lui permit de gouverner dans ladirection de Tonga . Maintenant que je connais-sais l’homme, son fatalisme commercial mêléde grandes et religieuses pensées, je ne m’é-tonnai plus de ces projets intermiltens , de cessaccades inexplicables pour Philips et pour qui-conquen’avait pas la clef d’une conduite étrange.L’équipage lui-même, malgré sa confiance aveu-gle dans son capitaine , ce maître après Dieu ,l’équipage se prenait parfois à douter de lui :« C’est un grand génie ou un grand fou , disaientles matelots ; un grand génie, car il n’a jamaisattéri à faux ; un grand fou, car il n’a jamaisattéri à temps. »
Comment voulez -vous que ces hommes sim-ples ne parlassent point ainsi quand la figurede Pendleton semblait en démenti constant avecl’impression la plus logique? Cette fois, parexemple, épanoui quand le N. O. régnait, lecapitaine fronça le sourcil au moment où le S.E. vint le remettre en bonne route. Fallait-ildire à des matelots: « Là-bas par les 3l<> 25’de lat. S. et 132° 10’ long. O., on prétend qu’ilexiste un groupe indiqué sur quelques listesaméricaines ; le capitaine J. Mitchell dit qu’illes a vues en 1823 , et qu’elles ont quarante-huit milles d’étendue de l’ouest à l’est. Eh bien !moi Pendleton, je doute de l’existence de cesT. II.
terres, je n’y crois point, et j’aurais voulu ac-quérir la preuve que je n’avais pas tort dedouter. » Voilà ce que Pendleton pouvait pen-ser, mais ce qu’il ne pouvait dire.
Ces îles douteuses n’étaient pas la seule re-connaissance que regrettât le capitaine : danscelte direction existaient encore le groupe deBass et l’île Rapa.
Le groupe de Bass se compose de quatre îlotssitués par 27° 40’ lat. S. et 145° 50’ long. O. Il futdécouvert en 1803 par le navigateur qui lui donnason nom et revu en 1826 par Paulding. C’estlà, du reste, tout ce que l’on sait de ces terres.Bass et quelques géographes avec lui ont vouluy retrouver les Coronados de Quiros, mais il estplus naturel de rapporter ce nom au groupeGloucester dans l’archipel Pomotou.
Rapa est une île bien plus considérable quene l’est Bass. Elle fut aperçue, pour la premièrefois, par Vancouver le 22 décembre 1791. Lesrapports des naturels avec ce navigateur furentd’abord empreints de quelque timidité et de quel-que défiance ; puis enhardis, ces sauvages ma-nifestèrent cet irrésistible penchant pour le volqui semble être général aux races océaniennes.Le fer surtout les tentait ; ils cherchaient à en-lever jusqu’aux clous des navires. Les habitansde Rapa offrirent à Vancouver de grandes ana-logies avec ceux des îles Tonga . Ce navigateurcrut découvrir que le nom du chef insulaireétait Koraï, et celui de l’île Oparo. C’est sous *ce nom que Rapa a long - temps figuré sur lescartes. Peu féconde, Rapa consistait en une grèvede sable bordée de verdure et terminée parquelques sommets arides, que surplombaient desblocs de rochers. Vancouver prit ces rochers pourdes villages, et, comme les pas des Nouveaux-Zé-landais, ces villages lui semblèrent fortifiés. L’îleavait une flottille de pirogues : trente d’entreelles vinrent évoluer autour du navire. 300 na-turels les montaient, ce qui fit estimer à 1,500âmes la population de Rapa. Les indigènes étaientde moyenne taille, d’un remarquable embon-point et de proportions heureuses. Leur phy-
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