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VOYAGE PITTORESQUE AUTOUR DU MONDE.
sionomie avait un caractère avenant et enjoué.Us marchaient les cheveux ras et presque nus.Quelque notables avaient seuls une ceinture defeuilles vertes.
Depuis Vancouver , bien des aventuriers abor-dèrent sans doute à Rapa ; mais aucun d’eux nenous a laissé de documens sur cette île. Ellisfut le second à en parler, vingt ans après le dé-couvreur. Cependant, d’après la version mêmedu missionnaire, un capitaine Powell, tombéen-calme sur cette cote en 1814, .fut l’objetd’une singulière tentative de la part desRapaens.Comme on leur refusait l’accès du bord, ils sesaisirent d’une corde qui pendait du haut du cou-ronnement, et au nombre de 50 environ, for-mant une espèce d’attelage nautique, ils se pri-rent à tirer et à touer le navire vers la terre.Il fallut employer la menace pour les faire re-noncer à cette entreprise.
Ellis à son tour parut devant Rapa le 26 jan-vier 1817. Son navire était à peine en vue quevingt pirogues l’accostaient. C’étaient bien lesmêmes naturels de Vancouver , bruns, bienfaits,d’une physionomie régulière, avec des cheveuxnoirs ou frisés, nus à part une ceinture de dra-cæna, sans aucun .dessin de tatouage sur lecorps. Montés à bord, ils y devinrent bientôthardis au point qu’il fallut en venir avec euxà, des voies de fait. Us volaient non-seulementdes objets, mais des hommes. L’un d’eux, gail-lard colossal et vigoureux , poussa la chose jus-qu’à emporter sous son bras un mousse, aveclequel il allait se jeter à la mer, si le pauvre gar-çon ne lui eût échappé en se débattant. Un do-mestique de la chambre ne s’en tira à son tourqu’avec l’aide de l’équipage. Le pont offrit alorsdes scènes étranges et confuses. Un gros dogue,hardi et sauvage, que l’on tenait enchaîné,éprouva à l’aspect de ces hommes inconnus uneterreur soudaine et inexplicable. Au lieu d’a-bover et de se jeter sur eux, il s’abrita dans saniche, se prit à trembler de tous ses membres.L’épouvante de l’animal redoubla quand un na-turel s’approcha de lui, le saisit, l’entraîna versla mer, avec l’intention de s’y jeter et fier de sacapture. Mais lechientenait à sa chaîne, lachaîneà la,niche, la niche au pont. Le Rapaen voulait'tout emporter, il y procéda de vingt manières ; iln’v renonça que quand il vit qu’il épuiserait inu-tilement ses forces. Alors il se rabattit sur unchat, tomba sur lui d’un bond, l’empoigna, sejeta à l’eau, et gagna à la nage une pirogue oùl’animal fut reçu avec de grandes manifestationsde surprise. A la suite de tentatives aussi har-dies , de violences aussi ouvertes, il fallait prendre
un parti décisif. Le capitaine donna l’ordre defaire évacuer le pont, mesure d’urgence qui nes’accomplit qu’à la longue et à l’aide de tous lesmatelots. Le dogue lui-même, revenu de sa frayeurpremière, aida, par d’épouvantables aboiemens,à l’exécution de cet ordre. Enfin le navire, déli-vré de ses hôtes, mit à la voile pour Taïti . Ellisavait pu constater le vrai nom de l’île, son nomactuel, Rapa.
Rapa fut encore visitée en 1825 par un cuttertaïtien, qui ramena deux naturels à Taïti . Reçuschez les missionnaires et admirablement traitéspar eux, ces sauvages prirent goût aux cérémo-nies du christianisme : ils apprirent à liré. Quandon les crut bien préparés, on les renvoya dansleur île avec deux Taïtiens élèves des mission-naires. L’arrivée de ce convoi à Rapa fut l’occa-sion d’un triomphe. On enleva à bras le canotqui portait les nouveaux venus, on les déposaà pied sec sur le rivage. Des rapports plus bien-veillans s’établirent; on échangea du bois desandal contre quelques denrées, et le capitainedu cutter fut supplié de revenir sur cette côte. Iln’ÿ manqua point. Au mois de janvier suivant,les deux missionnaires taïtiens reparurent à Rapa,mais cette fois décidés à y séjourner. Us avaientavec eux leurs femmes et deux de leurs compa-triotes ; puis à côté d’imprimés taïtiens et de livresévangéliques, des instrumens aratoires, des grai-nes utiles et du bois de charpente pour construireune chapelle. L’un des plus anciens missionnairesanglais de Taïti , M. Davies, les avait accompa-gnés. Malgré quelques répugnances individuelles,il fonda une mission qui commença à porter sesfruits. Des conversions assez nombreuses y étaientdéjà effectuées quand le Dolphin mouilla devantl’île au mois de juin 1826. Depuis Vancouver ,l’aspect des lieux et lesmœurs des habitans avaientpeu changé. Une population de 2,000 âmeshabitait des huttes misérables et se nourrissaitde laro et de poisson. Après Paulding aucun na-vigateur important ne visita Rapa ; les mission-naires de Taïti conservèrent seuls quelques rela-tions avec cetie terre toute chrétienne aujour-d’hui. Par eux l’on sait qu’une épidémie hor-rible a réduit cette population de 2,000 âmesà 500 seulement. Située par 27° 36’ delat. S. etpar 146° 32’ de long. O., Rapa est une île mon-tueuse, élevée, de dix à douze milles de circuit.Le terrain intérieur est dominé par des sommetsde deux à trois cents toises de hauteur, les unsen forme de pitons coniques, les autres s’élevantcomme des colonnes de basalte. Leur apparenceles fait prendre de loin pour des hameaux for-tifiés , et Vancouver tomba dans cette méprise.