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VOYAGE PITTORESQUE AUTOUR DU MONDE.
cieuses se chargeaient de conclure ces.marchésamoureux.
Ces insulaires ne manquent pas d'indus-trie ; ils travaillent habilement le bois avec deshaches d’un basalte fin et compacte ; ils fabri-quent de grands plats à trois pieds et construisentdes pirogues qui manœuvrent fort bien à lavoile. Outre les étoffes papyriformes et les nattesordinaires, on travaille encore dans ces îles destissus souples et soyeux semblables à ceux queles Nouveaux-Zélandais fabriquent avec le phor-mium. On ignore avec quelle plante les indi-gènes d’Hamoa tissent les leurs.
Le chiffre de la population de ce groupe esttout-à-fait conjectural. Cependant, si l’on vou-lait établir un calcul d’après les récits de Lapé-rouse et de Kotzebue, compte tenu des villagespopuleux qu’ils ont relevés, des pirogues sansnombre qu’ils ont vues, il faudrait évaluer à50,000 au moins le nombre des habitans de l’ar-chipel d’Hamoa. C’est donc un point importantdans la géographie océanienne. Espérons que lascience moderne saura bientôt mieux préciserce qu’il est. Après avoir complété leurs travauxévangéliques dans la Polynésie orientale, les mis-sionnaires songeront probablement à ces terresde l’ouest, plus sauvages sans doute, mais plusriches et plus essentielles à convertir. Là peut-être le christianisme aura quelques martyrs;mais la tâche accomplie n’en sera que plus utileet plus glorieuse. A eux d’ailleurs est réservél’honneur d’éclairer de graves questions géo-graphiques, qui demandent, pour être tranchées,qu’on ait tout ensemble et la foi de l’apôtre etla conscience du savant. Puissent-ils compren-dre cette mission où l’auréole est double, oùl’on mérite à la fois et du ciel et de la terre 1
CHAPITRE IV.
TRAVERSÉE UES ILES HAMOA AUX ILES TONGA ,
Le 13 mai, une terre parut encore devantnos bossoirs. C’était le groupe Niouha que nouslaissâmes sous le vent. Schouten découvrit cesîles et y mouilla le 11 mai 1616. Les naturelsétaient venus au-devant de lui dans de petitespirogues légères construites avec une sorte debois rouge. Ils échangèrent des racines et desfruits pour des clous et des verroteries. Jusque-là tout allait bien, quand la chaloupe vint à sedétacher du bord pour aller reconnaître lemouillage. Croyant en avoir facilement raison,une vingtaine de pirogues l’entourèrent et me-n'acèrent l’équipage de leurs lances. Il fallut
faire feu, et un sauvage tomba percé d’uneballe. Ses amis voulaient entraîner toute l’iledans leur vengeance; mais les indigènes quiavaient accosté le bord se retiraient contens del’accueil qu’on leur avait fait. Ils né voulurentpas s’immiscer dans une affaire qui eût pu tour-ner mal pour eux.
Ces insulaires, comme ceux d’Hamoa, étaientd’impudens voleurs; ils se jetaient sur les ob-jets comme sur une proie, et sautaient ensuitedans la mer. Ils essayèrent de voler jusqu’ auxclous du navire. Grands et vigoureux, ils mar-chaient nus, à l’exception d’une petite ceinturecomme le inaro. Leur corps était tatoué et leurbarbe rase, le lobe de leur oreille fendu et pen-dant jusqu’à l’épaule. Leurs cheveux, commeceux des peuples d’Hamoa, étaient rangés avecart et ébouriffés en buissons. A leur cou pen-daient des coquilles, des dents et des plumesd’oiseaux. Une figure de coq était peinte sur lavoile de leurs pirogues. Les cabanes alignéessur la grève semblaient fort peuplées.
Schouten resta plusieurs jours devant Niouha,à la grande satisfaction des sauvages émer-veillés. Ils ne pouvaient se lasser d’admirer lenavire, et, pour s’assurer de sa solidité, quel-ques-uns plongèrent sous la carène et la frap-pèrent avec des cailloux. Empressés, du reste,à proposer des échanges, ils encombraient lepont de cochons, de volailles, de légumes et defruits, et se retiraient contens de peu. Bientôtle navigateur hollandais reçut les présens et lavisite d’un roi ou latou d’une île voisine. Ilmontait une grande pirogue qu’escortaient unefoule de petites. Quand il parut le long du bord,les trompettes et les tambours lui firent un ac-cueil bruyant dont il parut enchanté. A la suitede ce concert, le roi prit la parole et débitaune harangue que répéta l’assistance, et quiparut aux Hollandais fort bienveillante et fortrévérentieuse ; puis, il envoya sur le pont troishommes chargés d’offrir de sa part une fortbelle natte au capitaine. Ces délégués s’acquit-tèrent de ce devoir humblement et à genoux.Schouten leur donna en retour une vieille ha-che, quelques verroteries, de vieux clous et unmorceau de toile, présens qui charmèrent leroi. Ce souverain paraissait jouir d’une autoritéassez obéie : quelques pirogues s’étant placéesde manière à gêner les Hollandais, ils s’en plai-gnirentàS. M. sauvage, qui cria: Fanoulfanoulet les pirogues s’éloignèrent. Le roi, malgré lesinstances du capitaine, ne voulut pas monter àbord; il y envoya son fils qui, de son côté,supplia les Hollandais de descendre sur l’île-