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[Tome second.]
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30 VOYAGE PITTORESQUE AUTOUR DU MONDE.

semble). Et tous ces ordres sexécutent. Enfinquand ce mélange est suffisamment brasséié :Ai e fou (mets dans le fou), dit le mata-boulai,.Le fou est cette espèce de filet dont il a été ques-tion; cest une matière fibreuse qui provenait delécorce de lhibiscus. On en apporte une quan-tité suffisante pour couvrir toute la surface delinfusion, en la laissant flotter au-dessus duvase. Alors commence la manœuvre la plus dé-licate, celle qui fait la gloire ou la honte de lopé-rateur : il sagit denvelopper dans le fou toutela substance du kava, et den exprimer ensuitele suc dans le bol. La vigueur, ladresse, lagrâce de lexécutant, Sont lobjet des remarquesde lassemblée. On le suit avec lattention la plusprofonde, on épie ses moindres gestes, on sin-téresse au résultat avec une sollicitude inquiète.

Enfin le kava est prêt ; les fibres sont jetéesau loin; les vases sont fabriqués avec les bandesdécoupées du bananier ; lhomme du bol a dit :Goua ma e kava mei ( le kava est prêt ). Lemata - boulai a répondu : Faka laou ( verse - le j.Alors deux ou trois individus du cercle inférieurapprochent avec plusieurs coupes à la main. Lepréparateur plonge dans le liquide un morceaude fou roulé en paquet, comme on ferait duneéponge , puis lexprime dans le vase présenté.Chaque ration est denviron un tiers de pinte.Un serviteur sécrie : Kava goua-htka! (le kavaest versé! ). Le mata - boulai répond : Anguima.... (donne-le à....), désignant par son nomle premier chef en titre. Le porteur savancevers le destinataire, et lui présente la coupe. Etainsi des autres.

Ce cérémonial, le plus intéressant de tous,est surveillé par le mata-boulai. Dhabilude, lechef, placé à la tète du cercle, reçoit la pre-mière ou la troisième coupe, cette dernièreplutôt que lautre, car la première est adresséesouvent par le matarboulai à son confrère assisà lautre côté du chef. Cette règle détiquettenest pas sans exceptions. Ainsi un chef étran-ger , un visiteur dune île voisine , ont parfoislhonneur de la première coupe. Dans un kavaordinaire, celui qui offre les racines, quoiquechef inférieur, est souvent servi avant tous les au-tres. Mais habituellement, le présidept a toujoursla première ou la troisième coupe , pt le mata-boulai qui ne donne point dordres, la se-conde ou la quatrième. La distribution marcheensuite suivant lordre des préséances.

Dans les grandes partît «ie kava, assis-tent plusieurs centaines de personnes distin-guées , sans compter lès flots de peuple qui cir-culent à lentour, il est impossible que tout le

monde soit admis au partage de la boisson. Onne sert guère que les personnes du cercle su-périeur, et leurs parens du cercle inférieur, sui-vant leur rang ou à peu près. Le premier bol unefois vide , le chef en fait souvent distribuer unsecond, puis un troisième, et même un qua-trième. Pour ces nouveaux bols, le cérémonialne change pas; on les prépare, on les sert commele premier. En de certaines occasions. on a vudes chefs du cercle supérieur offrir à leur tourde la racine de kava, et remplacer lamphitryon.Cependant, jamais un chef supérieur ne se rendau kava dun inférieur, et quand cela arrive, parextraordinaire, linférieur se retire hors du cer-cle , et laisse le supérieur présider son proprekava. Les kavas religieux nont pas un autre ca-ractère , si ce nest que le prêtre préside , etquon y observe un silence complet.

Le petit kava que nous servit le chef de Hifo,quoique de moyenne importance, put cependant nous donner une idée exacte de laspect généralde ces cérémonies. Ce ne fut pas, du reste, leseul spectacle que nous réservât cette journée.Le kava était à peine fini que deux serviteursvinrent, avec une gravité presque solennelle,présenter au chef un cochon vivant. Data pro-nonça seulement quelques paroles, puis lanimalfut emporté. Ce cochon allait être préparé pournous; il devait nous être servi. Javais souvententendu parler avec les plus grands éloges de laméthode culinaire des indigènes, et loccasionétait trop belle pour que je ne cherchasse pointà en juger par moi-même. Pendleton soffrit àmaccompagner, et Hata lui-même nous con-duisit.

Lanimal fut assommé dabord, puis frottéavec le suc dun tronçon de bananier, jeté en-suite au travers dunfeude cannes, enfinrasé avecdes coquilles tranchantes et lavé. Ces prélimi-naires accomplis, on pratiqua une ouverture cir-culaire au bas du ventre, et lon retira tour à tourles entrailles, lestomac et le foie. Pour éviterquaucune matière ne refluât dans le corps delanimal, on avait poussé la précaution jusquàlier auparavant lintestin rectum. Des trois objets enlevés, le foie seul fut lavé et replacé dansle corps; lestomac et les entrailles devaient êtrerôtis à part sur des charbons ardens (Pl. X4).

Pendant ce temps le four avait été chauffé.Le four nétait quun trou circulaire creusé dansle sol, dans une proportion de deux pieds deprofondeur. Pour sen servir, on le remplit enpartie de pierres et de galets arrondis qui tien-nent bien la chaleur ; apres quoi lon allume ungrand feu. Quand ces galets sont arrivés à un