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Quatre jours après, il mouilla sur Vavao dansun port beau et sûr qu’il nomma P ort-du-Refuge.
Depuis son apparition sur la côte, l’abon-dance avait remplacé la disette ; les équipagesavaient à discrétion des cochons, des poules,des racines et des fruits. Tranquille dans cehavre , il y reçut la visite d’un egui que l’Espa-gnol nomma le Tubou, sans doute le Toubo deCook, frère du touï-hata-kalawa Man-Wagm etoncle deFinau. C’était un homme âgé-et cor-pulent ; on fut presque pbligé de le hisser abord. Il était accompagné de sa femme,. jéfine,gracieuse, et si régulièrement jolie que Maurellela compare à nos plus séduisantes Européennes.Montés sur le pont , ces nobles hôtes allèrents’asseoir sur le banc de quart, où les natutelsde leur suite vinrent leur baiser les pieds. Aprèscette cérémonie , les politesses commencèrent.Toubo offrit au capitaine une pirogue chargéede patates, et Maurelle y répondit par de fortbeaux présens. On lit voir en détail la frégateaux illustres insulaires, on les reçut dans lachambre, on leur fit parcourir la bat terie , apièsquoi ils se retirèrent enchantés, invitant Mau-relle à venir les visiter dans leur île. Le capi-taine se rendit à cette olfre; il débarqua, le 7 mars,avec un détachement armé , et obtint les hon-neurs d’un kava qu’il décrit sans en soupçonnerl’importance.
« Le Tubou, dit-il, me fit les plus grandescaresses et m’embrassa cent fois. Son cortèges’assit, formant un grand cercle dans le mêmeordre qu’il était arrivé. On apporta deux tapisde palmes ; le roi s’assit sur l’un et l’t>n me fitasseoir sur l’autre à sa droite. Tous gardaientun profond silence ; seulement ceux qui étaientprès du Tubou et que leur grand âge rendaitsans doute les plus respectables, répétaient fidè-lement toutes ses paroles. Ou apporta bientôtdes racines avec lesquelles on fit, dans desespeces d’auges, une boisson qui devait êtresans doute fort amère , à en juger par les gestesde ceux qui en burent. Ce rafraîchissement futservi dans des vases faits de feuilles de bana-nier. Trois ou quatre jeunes Indiens nous enoffrirent à moi et au Tubou les premiers; je n’engoûtai point, la vue seule m’en répugnait. L’in-sulaire le plus voisin du Tubou désigna ceux quidevaient en boire ; on n’en servit point aux au-tres. On mit ensuite devant moi des patatesgrillées et des bananes parfaitement mûres ; j’enmangeai. Peu après, je vis paraître des canotsremplis de provisions semblables destinées à«tre réparties entre mes soldats. »
Maurelle alla ensuite visiter Toubo dans sa
propre demeure. La reine parut à l’audience pré-cédée de huit à dix jeunes servantes de seize àdix-huit ans. Les unes écartaient les mouches ;elle s’appuyait sur les autres ; car, empaquetéedans diverses pièces d’étoffes, elle marchaitdifficilement. Quand elle vit le capitaine espa-gnol , elle sourit et répéta gracieusement : Lele!le le! (bien ! bien !)
Toubo accabla son hôte de fêtes, comme il lecomblait de caresses. Ces fêtes, Maurelle nousles a si naïvement décrites qu’il faut renoncer àles reproduire sous une autre ,forme que lasienne. L’Espagnol a d’ailleurs aussi bien vuqu’aucun autre navigateur ancien ou moderne ;seulement il raconte avec plus de simplicité.
« Le roi m’invita aune fête qu’il avait desseinde me donner. Quand je débarquai le 12, je visdans le bois touffu qui avoisinait le port, unvaste espace circulaire qu’on avait fait essorer,de manière à ce qu’il n’y restât plus le moindretronc. Peu après , les Indiens, deux à deux , serendirent à la maison du Tubou, portant sur leursépaules de longues perches d’où pendaient beau-coup de patates, de bananes, de cocos et depoissons. Le Tubou fit conduire ces provisionsau camp nouvellement défriché ; on en fit unmonceau de forme cubique haut de deux vares.
» Les eguis et les vénérables anciens arrivèrentpour conduire le Tubou, qui me prit par lamain , et nous nous rendîmes au vaste cercle ,où nous étions attendus par plus de 2,000 In-diens. Nous nous assîmes sur des tapis de palmes,préparés à cet effet ; tout le peuple en fit autant ;mais en conservant toujours la distinction descastes et des familles, les unes ne se mêlantpoint avec les autres.
» Le roi m’offrit alors tous ses fruits et lesfit porter à la chaloupe qui en fut entièrementremplie. Les porteurs étant de retour à leurspostes respectifs, on fit un profond silence pen-dant que le roi parlait ; ceux à qui leur âge ouleur dignité avait donné le droit d’être assis au-près du roi répétaient toutes ses paroles.
» Je ne savais à quoi tout cela aboutirait, etcependant j’ordonnai à ceux de mes soldats quiavaient à leur tête le premier pilote, de se tenirprêts à faire feu de leurs fusils et de leurs pisto-lets, s’ils s’apercevaient de quelque mouvementhostile.
» Il sortit aussitôt des rangs un jeune hommefort et robuste, la main gauche sur la poitrine,et frappant de la droite sur son coude. Il fit au-tour de la place beaucoup de gambades vis-à-visdes groupes qui n’étaient pas de sa tribu. Unautre de ceux-ci s’étant présenté en faisant les