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[Tome second.]
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VOYAGE PITTORESQUE

mêmes gestes, ils commencèrent à lutter, seprenant corps à corps, se poussant et repous-sant avec tant danimosité, que leurs veines etleurs nerfs paraissaient très-gros. Enfui un desdeux tomba si violemment, que je crus quil nepourrait jamais se relever. Il se releva pourtanttout couvert de poussière et se retira sans oserretourner la tête. Le vainqueur vint présenterson hommage au roi, et ceu-x de sa tribu chan-tèrent; je ne sais si cétait à lhonneur dii vain-queur, ou à la honte du vaincu.

» Ces combats de luttes durèrent plusieursheures ; un des combattans eut un bras rompu ;jen vis dautres recevoir des coups terribles.Pendant que celte lutte continuait, dautreschampions se présentèrent, les poignets et lesmains enveloppés de grosses cordes, ce qui leurservait comme de cestes. Cette espèce de com-bat était bien plus terrible que la lutte : dès lespremiers coups, les combattans se frappaient aufront, aux sourcils, aux joues , à toutes les par-ties du visage , et ceux qui recevaient ces fièresdécharges en devenaient plus impétueux et plusardens. Jen vis qui étaient renversés du pre-mier coup de poing quils recevaient. Les assis-tais regardaient ces combats avec un certainrespect, et tous ny étaient pas indifféremmentadmis.

» Des femmes, surtout celles qui servaient lareine, assistèrent à cette fête. Je les trouvaitout autres quelles ne mavaient paru jusqualors.Je ne les avais pas jugées désagréables ; mais cejour- elles étaient parées de leurs plus beauxatours, ayant leurs manies bien repliées et assu-jetties par un grand nœud sur le côté gauche,portant des chapelets à gros grains de verre àleur cou, les cheveux bien arrangés, le corpslavé et parfumé dune huile dont lodeur étaitassez suave, et la peau si propre quelles nau-raient pas pu y souffrir le plus léger grain desable. Elles fixèrent toute mon attention et meparurent beaucoup plus belles.

» Le roi commanda que les femmes se battis-sent au poing comme les hommes. Elles le fi-rent avec tant dacharnement quelles ne se se-raient pas laissé une dent, si, de temps à autre,on ne les eût séparées. Ce spectacle me touchalame : je priai le roi de mettre fin au combat;il accéda à ma prière, et tous célébrèrent lacompassion que javais eue de ces jeunes de-moiselles.

» Le Tubou fit ensuite chanter une vieillefemme, qui portait au cou une burette détain ;elle ne cessa de chanter pendant une demi-heure, accompagnant son chant dactions et de

AUTOUR DU MONDE.

gestes qui auraient pu la faire prendre pourune actrice déclamant sur un théâtre.

» Enfin, le jeu se termina et nous retour-nâmes à la maison du roi. Jy trouvai la reine,qui me reçut avec les marques accoutumées desa bienveillance : je lui demandai pourquoi ellenavait pas assisté à la fête ; elle me réponditque ces sortes de combats lui déplaisaient.

» Les nœuds de notre amitié ainsi resserrésau point que le Tubou me nommait son hoxa ,cest-à-dire son fils (plutôt ofa, ami), je priscongé de lui et de la reine, et je retournai mem-barquer. La plage était toute couverte din-diens , qui faisaient mille caresses à mes gens,sur ce quils avaient bien voulu assister à leurfête.

» Les vainqueurs même me prirent sur leursépaules et me placèrent dans la chaloupe. LeTànou, qui, de sa maison, voyait cette multitudeet qui savait combien je souffrais quand les In-diens se mêlaient avec mes gens, ordonna à sescapitaines de poursuivre ces insulaires, et il en-tra lui-même dans une telle colère quil sortitavec un gros bâton, frappant ceux qui lui tom-baient sous la main. Tous se sauvèrent dans lesbois : deux, plus maltraités que les autres , fu-rent laissés comme morts sur la place : jignoresils se sont rétablis. »

Voilà le récit de Maurelle, naïf, touchant,presque pastoral dans diverses parties. Cepen-dant , à côté de ces fêtes et de ces protestationsamicales, quelques tentatives de larcins vin-rent révéler linstinct habituel des insulaires.11 fallut tirer un coup de pistolet sur lun deux,plus hardi que les autres, qui cherchait pourla seconde fois à détacher la chaîne du gou-vernail. La bonne harmonie nen continuapas moins; et les regrets de cette populationaccompagnèrent Maurelle, quand il appareillapour quitter ces îles. Maurelle laissa à' cegroupe le nom de Don - Mar Lin - de - Mayorga.Cest celui qui porte sur notre carte le nomdIIafoulou - Hou , dont la terre principale estVavao. Le capitaine espagnol vit ensuite les îlesHapaï, les reconnut à la voile et reçut à bordun chef qui se disait roi de quarante-huit îles.Poussant vers le sud, il releva encore Tofoua,quil nomma San Cristoval; les écueils Hounga-Tonga et Hounga - Hapaï, quil nomma las Co-lubras; Pylstart, dont il fit la Sola; enfin uneîle Vasquez que personne n a revue après lui.Parvenu au 30® degre de lat. S., il revint sur sespas, et gouverna vers le N., avec lintention defaire une nouvelle halte à Vavao; mais le ventet les coursas lui firent manquer lile, et il con-