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VOYAGE PITTORESQUE
mêmes gestes, ils commencèrent à lutter, seprenant corps à corps, se poussant et repous-sant avec tant d’animosité, que leurs veines etleurs nerfs paraissaient très-gros. Enfui un desdeux tomba si violemment, que je crus qu’il nepourrait jamais se relever. Il se releva pourtanttout couvert de poussière et se retira sans oserretourner la tête. Le vainqueur vint présenterson hommage au roi, et ceu-x de sa tribu chan-tèrent; je ne sais si c’était à l’honneur dii vain-queur, ou à la honte du vaincu.
» Ces combats de luttes durèrent plusieursheures ; un des combattans eut un bras rompu ;j’en vis d’autres recevoir des coups terribles.Pendant que celte lutte continuait, d’autreschampions se présentèrent, les poignets et lesmains enveloppés de grosses cordes, ce qui leurservait comme de cestes. Cette espèce de com-bat était bien plus terrible que la lutte : dès lespremiers coups, les combattans se frappaient aufront, aux sourcils, aux joues , à toutes les par-ties du visage , et ceux qui recevaient ces fièresdécharges en devenaient plus impétueux et plusardens. J’en vis qui étaient renversés du pre-mier coup de poing qu’ils recevaient. Les assis-tais regardaient ces combats avec un certainrespect, et tous n’y étaient pas indifféremmentadmis.
» Des femmes, surtout celles qui servaient lareine, assistèrent à cette fête. Je les trouvaitout autres qu’elles ne m’avaient paru jusqu’alors.Je ne les avais pas jugées désagréables ; mais cejour-là elles étaient parées de leurs plus beauxatours, ayant leurs manies bien repliées et assu-jetties par un grand nœud sur le côté gauche,portant des chapelets à gros grains de verre àleur cou, les cheveux bien arrangés, le corpslavé et parfumé d’une huile dont l’odeur étaitassez suave, et la peau si propre qu’elles n’au-raient pas pu y souffrir le plus léger grain desable. Elles fixèrent toute mon attention et meparurent beaucoup plus belles.
» Le roi commanda que les femmes se battis-sent au poing comme les hommes. Elles le fi-rent avec tant d’acharnement qu’elles ne se se-raient pas laissé une dent, si, de temps à autre,on ne les eût séparées. Ce spectacle me touchal’ame : je priai le roi de mettre fin au combat;il accéda à ma prière, et tous célébrèrent lacompassion que j’avais eue de ces jeunes de-moiselles.
» Le Tubou fit ensuite chanter une vieillefemme, qui portait au cou une burette d’étain ;elle ne cessa de chanter pendant une demi-heure, accompagnant son chant d’actions et de
AUTOUR DU MONDE.
gestes qui auraient pu la faire prendre pourune actrice déclamant sur un théâtre.
» Enfin, le jeu se termina et nous retour-nâmes à la maison du roi. J’y trouvai la reine,qui me reçut avec les marques accoutumées desa bienveillance : je lui demandai pourquoi ellen’avait pas assisté à la fête ; elle me réponditque ces sortes de combats lui déplaisaient.
» Les nœuds de notre amitié ainsi resserrésau point que le Tubou me nommait son hoxa ,c’est-à-dire son fils (plutôt ofa, ami), je priscongé de lui et de la reine, et je retournai m’em-barquer. La plage était toute couverte d’in-diens , qui faisaient mille caresses à mes gens,sur ce qu’ils avaient bien voulu assister à leurfête.
» Les vainqueurs même me prirent sur leursépaules et me placèrent dans la chaloupe. LeTànou, qui, de sa maison, voyait cette multitudeet qui savait combien je souffrais quand les In-diens se mêlaient avec mes gens, ordonna à sescapitaines de poursuivre ces insulaires, et il en-tra lui-même dans une telle colère qu’il sortitavec un gros bâton, frappant ceux qui lui tom-baient sous la main. Tous se sauvèrent dans lesbois : deux, plus maltraités que les autres , fu-rent laissés comme morts sur la place : j’ignores’ils se sont rétablis. »
Voilà le récit de Maurelle, naïf, touchant,presque pastoral dans diverses parties. Cepen-dant , à côté de ces fêtes et de ces protestationsamicales, quelques tentatives de larcins vin-rent révéler l’instinct habituel des insulaires.11 fallut tirer un coup de pistolet sur l’un d’eux,plus hardi que les autres, qui cherchait pourla seconde fois à détacher la chaîne du gou-vernail. La bonne harmonie n’en continuapas moins; et les regrets de cette populationaccompagnèrent Maurelle, quand il appareillapour quitter ces îles. Maurelle laissa à' cegroupe le nom de Don - Mar Lin - de - Mayorga.C’est celui qui porte sur notre carte le nomd’IIafoulou - Hou , dont la terre principale estVavao. Le capitaine espagnol vit ensuite les îlesHapaï, les reconnut à la voile et reçut à bordun chef qui se disait roi de quarante-huit îles.Poussant vers le sud, il releva encore Tofoua,qu’il nomma San • Cristoval; les écueils Hounga-Tonga et Hounga - Hapaï, qu’il nomma las Co-lubras; Pylstart, dont il fit la Sola; enfin uneîle Vasquez que personne n a revue après lui.Parvenu au 30® degre de lat. S., il revint sur sespas, et gouverna vers le N., avec l’intention defaire une nouvelle halte à Vavao; mais le ventet les coursas lui firent manquer l’ile, et il con-