Band 
[Tome second.]
Seite
57
JPEG-Download
 

OCEANIE. ILES TONGA .

57

pénétrer dans lintérieur et dassommer le tyrande sa main. Cela fut fait ainsi. Lénergiqueconspirateur alla jusquà sa-victime , et, pourqu elle sût qui la frappait, il réveilla Tougou-, et lui dit : « Cest moi , cest Toubo-Niouha; » puis, dun coup de casse-tête, il lé»tendit raide mort. Une scène de carnage suivit°e premier meurtre , et toute la famille du houy périt, si ce nest un enfant de trois ans, filsadoptif de Toubo-Niouha, que ce dernier sauva

du désastre.

Cette petite poignée dhommes avait suffipour conduire le complot à bonne fin ; mais elleétait insuffisante pour attendre sur les lieuxmêmes lattaque des amis et des parcns de lavictime. Toubo-Niouha et Finau se retirèrentdonc dans le district de Hagui pour surveiller lesmouvemens de leurs adversaires. A la nouvelledu grand massacre, Tonga-Tabou sémut toutentière. De tous côtés, la conque de guerre ap-pela les combattans aux armes ; on prêcha unesorte de croisade contre les assassins. Ceux-ci,

de leur côté, réunirent leurs forces de terre etde mer ; ils surprirent et dispersèrent la flotteennemie, débarquèrent à Iiifo et engagèrentlaction avec les troupes campées sur cette plage.Après une lutte opiniâtre, Finau et son frère eu-rent le dessous ; ils se retirèrent de nouveau àHagui; mais le hasard leur amenait un puis-sant allié. Cétait Touï-Hala-Fataï, le vainqueurdes îles Viti, le plus grand guerrier de Tonga .Touï-Hala-Fataï , à la tète de hardis aventurierscomme lui, avait fait deux ans la guerre auxYitiens, peuples farouches et courageux, dontil avait dévasté les terres, ravagé les cases,égorgé les populations. Il revenait, las de succèset de pillage, à Tonga-Tabou, dans le momentmême Finau et son frère cédaient à la forceet au nombre. Quon juge de la joie des vaincusquand vinrent soffrir à eux, comme alliés, deshommes ne respirant que la guerre et enchantésde la retrouver sur le sol natal ! Lintrépide cheftte ces aventuriers était atteint dune maladie

mortelle ; mais il lui restait un jour entier poucombattre : il voulut lutiliser.

Aussi la guerre reeommença-t - elle le lendemain 29 mai. Touï-IIala-Fataï, Finau et ToubcÎNiouha se dirigèrent sur Hifo ; et^ leurs adveisaires, non moins bien disposés à la batailleleur épargnèrent la moitié du chemin. Ai rive c.présence , on se reposait un instant par unsorte daccord tacite, lorsque, impatient dtout délai, Touï-Hala-Fataï sélança avec seguerriers contre un parti ennemi. Lélan une foidonné, laffaire devint générale. Elle fut achat

T. II.

née et sanglante, héroïque et grande des deuxparts. Les trois chefs, Touï-Hala-Fataï, Toubo-Niouha et Finau, rivalisèrent en prodiges devaleur. Laventurier, se sentant condamné parla maladie, voulait périr ; il se fit un lit de ca-davres sur lesquels il tomba agonisant et percéde vingt coups de lance. Plus fort et plus vigou-reux, Toubo-Niouha restait debout au milieu dequarante hommes tombés sons son casse-tête ;non moins brave, mais plus prudent, Finaumesurait ses coups, et nen portait que de plussûrs. Animés par ces trois chefs, leurs guer-riers firent des merveilles ; lennemi fut battu.

Mais cette victoire, coûteuse pour Finau, nof-frait pas des résultats assez décisifs pour quilattendît sur lîle une nouvelle attaque des par-tisans du /wu égorgé. Il se retira dans ses Etatsde Hapaï, vainquit, en deux rencontres à Na-mouka, les guerriers de Tougou-Aho, et con-solida ainsi sa domination sur tout cet archipel,désormais indépendant. Cette révolution neutpas lieu sans une réaction contre les vain-cus. Divers eguis ou mata-boulais furent enbutte à dhorribles vengeances. On les jeta partroupes dans des pirogues quon coulait ensuiteou quon abandonnait en pleine mer ; ou bien,nus et dépouillés, on les liait à des pieux en-foncés dans le sol et on les laissait périr de faim.Les naturels de cette zone croient encore enten-dre les plaintes de ces victimes dans les bruisse-mens de la vague.

Tranquilles à Hapaï, Finau et Toubo-Niouhasongèrent à la soumission de Yavao. Le chef deces îles, au nom de Tougou-Aho, voulut bienrésister dabord aux vainqueurs, lasser leur patience par des escarmouches journalières ; mai.cette guerre de partisans ne dura que deux se-maines, au bout desquelles Finau resta le maîtrede la grande île. Il y laissa, comme vice-roitribulaire, son frère et allié Toubo-Niouha, etrevint dans sa résidence de Hapaï méditer lin-vasion de Tonga-Tabou.

Tonga-Tabou était alors livrée à une déplo-rable anarchie. Tougou-Aho nayant point laissédhéritier direct, des collatéraux se disputaientsa puissance. Lîle était divisée en vingt partis,qui tous attiraient à eux quelques lambeaux din-fluence et dautorité. Au lieu dun roi, on avaitdouze rois, tous retranchés dans leurs forteresses, ;et se menaçant, sattaquant, sans que la questionde prépondérance fût jamais résolue. Ballottésentre ces roitelets dun jour, opprimés par leplus grand nombre, défendus à peine par quel-ques-uns, les missionnaires eurent à lutter con-tre les dangers dune position aussi critique,

8