VOYAGE PITTORESQUE AUTOUR DU MORDE.
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Troià dè ces malheureux fui’eùt égorgés en1799, ap'ès la défaite dit chef qui lès protégeait,un nommé Vea-Tchi. Cinq furent trouvés et re-cueillis heuréusement par ifn navire qui' touchaà Tonga-Tàbou en janvier 1800 ; enfin le der-nier, le pàsténr Vèesôîï, retiré à Vavao ,' eut lebonheur de pouvoir gagner un navire eù vuedes côtés au îUoment où un ordre dé mort allaitTattèmdre et le ffapper.
L’anarchie qui régnait à Tonga-Tabou ne fitqu’empirer après le départ dés missionnaires.Craignant pour sa vie, aù milieu de désordrespareils,- le touï-toïiga se retira sur Vavao, où lesnaturels de tous lés groupes se rendirent detemps à autre pour honorer son caractère divin.Fi eau triomphait ; la présence du pontife longalégitimait Ses droits ; il se vaiitait hautement decette éclatante adhésion il rie qualifiait plus leschèfs sés rivaux que d’impies et de x'cbellcs.
Livrée ainsi à la guérre civile, Tonga-Taboun’était plus abordable pour les Européens. Peude téïnps aprèà le massacre dès missionnaires,l’équipage du navire Argo, qui, naufragé surle groupé Viti, avait pu gagner Tonga , y pé-rit dans des cômbats avec les naturels, a l’ex-ception d’ùh seul homme recueilli par un bâti-ment dè passage. Bientôt un attentat plus gravese commit sur ces côtes. Jusqüe-Ià, n’ayant èu af-fairé qù’à dés navires cle guerre bién équipés etbien armés, les naturels avaient vu échouertous leurs complots. Us eurent plus facilementraison des bâtimens marchands. Le Duke ofP or liant!, Capitaine Melon, fut leur première vic-time. Par sùité de là trahison d’un Malais etd’un'déserteur américain nommé Doyïe, l'équi-page fut asSassîné tout entier, àf exception d’ünvieillard décrépit, de quatre mousses et d’unefenuné de couleur, nommée Eliza Mosey. Cesindividus n’avaient eu la vie sauve qu’à cause deleur âgé ; On les destinait à aider au décharge-ment et à là destruction dit navire, sauf à les im-moler plus tard pour anéantir toutes les tracesde cet attentat. Dôylé présidait aux travaux ; ilétait l’ame et le bras dé ce pillage. Le déchar-gement durait depuis plusieurs jours, lorsqu’unmatin le vieillard et lés quatre mousses surpri-rent le traître , lé tuèrent, chassèrent du navireles naturels qui s’y trouvaient, coupèrent les câ-bles et prirent le large, laissant sur l’ÎIe ElizaMosey. On n’eut plus de nouvelles de ces mal-heureux qui allèrent se perdre sans doute surune autre plagé.
IJ Union dè New - York , capitaine IsaacPendleton, éprouva à son tour une catastrophesanglante. Ayant touché à Tonga-Tabou le 1 er oc-
tobre 1801, il envoya à terre un de ses canots,-dans lequel se trouvaient quelques matelots, lecapitaine et le subrécargue. La journée finit, lanuit s’écoula sans que personne revînt. Le lende-main, le second du navire, nommé Wright, com-mençait à concevoir des inquiétudes sérieuses.Aucune pirogue de naturels n’avait, comme laveille, accosté le bord ; les chefs tongas se bor-naient à demander par signes que les officiers en-voyassent un autre eanolàterre. Ils cherchaientà faire entendre que le capitaine avait acheté descochons et d’autres provisions pour le transportdesquels la chaloupe était insuffisante. Wrightse défia de celte conduite singulière, et avecd’autant plus de raison que des pirogues de 'guerre cernaient peu à peu le navire, et que déjàplusieurs naturels armés de leurs casse-têtes sedisposaient à mouler à l’abordage. Pour tem-pérer leur ardeur, il fallut leur montrer là gueuledes canons prêts à faire feu. Ils s’éloignèrentalors et se tinrent à quelque distance. Dans lemême instant, une autre grande pirogue, déta-chée de la grève, accourait rapidement vers lebord; elle traversa la flottille et cingla vers lenavire, affectant de montrer aux Américains unefemme étrangère debout sur l’avant. Étonné,l’équipage de T Union cherchait à deviner le motde cette énigme, quand cette femme , après quel-ques mots assez vifs échangés avec l’egui de lapirogue, se jeta subitement à la mer et nagea versle vaisseau. Tout eu nageant, elle demandait dusecours à l’officier. « Tenez-vous sur vos gardes,criait-elle ; le capitaine et ses matelots ont étéégorgés à terre. » On lira sur la pirogue pourassurer la fuite de cette femme qui fut recueillieabord. Cependant les insulaires, furieux de voirque leur proie leur échappait, se précipitèrentvers F Union et commencèrent une attaque gé-nérale. Les boulets, la mitraillé, la moüsque-terie, rien ne les arrêta. La mer était couvertede cadavres, de débris de pirogues et de lam-beaux mutilés ; lés mourans, lés blessés frap-paiént l’air de cris horribles. N’importe ! le restedes combatlans s’attachait aux flancs du navireet paraissait décidé à l’enlever ou à périr. Unsort affreux était réservé à I Union si Wrightn’eût fait couper les câbles. Quand le navireprit son élan soûs ses voiles déployées, lesassaillans renversés, chavirés sur la' routé, trom-pés dans leur espoir d'C sang et de butin, firententendre des hurlements rauques et sauvages.C’était le tigre qui manquait sa proie.
Cependant on avait déjà interrogé la femmerecueillie à bord. C’était, comme on le devine,Eliza Mosey, là seule créature échappée au dé.