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[Tome second.]
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VOYAGE PITTORESQUE AUTOUR DU MONDE,

plainte; après quoi un des principaux mata-bou-lais de Finau commença une invocation à l'espritdu père de Finau. « Vois ce chef, disait-il, qui estvenu à Tonga pour attaquer ses ennemis ; sois-lui propice; accorde-lui ta protection; il vientcombattre dans la pensée qu'il na pas tort ; il atoujours traité le touï-tonga avec le plus pro-fond respect, et a accompli avec soin toutes lescérémonies religieuses. » Après cette prière, destiges de kava furent déposées sur le faï-toka, etFinau se retira ave* ses gens.

La guerre commença le jour même. Finau seporta sur la forteresse ou kulo de Nioukou-Lafa,lune des plus redoutables positions de lile. Si-tuée à cent toises environ de la plage, cette ci-tadelle de forme circulaire occupait une surfacede quatre à cinq acres ; elle était défendue parun double rang de palissades de neuf piedsde hauteur et des fossés de douze pieds deprofondeur. De quinze en quinze toises, cetteenceinte se trouvait flanquée de plate-formes deneuf pieds carrés, d les assiégés pouvaientlancer des projectiles sur les assaillans. Outrediverses petites issues, la citadelle avait quatregrandes portes assujetties à lintérieur parde fortes traverses en bois de cocotier. Avecles armes habituelles des naturels, cette placeétait imprenable ; elle céda en quelques heuresaux caronades du Port-au-Prince , artillerie deFinau. La mousqueterie balaya dabord les plate-formes, puis les bouches à feu commencèrent.Assis sur un grand fauteuil provenant du navirepillé, Finau suivait de lœil le service des pièces.Comme il nen résultait aucun mal apparent, ilse fâcha dabord ; mais lorsquentré dans laplace évacuée, il vit quatre cents morts ou bles-sés étendus sur le champ de bataille, il félicitaMariner et ses compagnons de leur adressemeurtrière, et les remercia de leur concours.Désormais le sort de ces auxiliaires devint plustranquille et plus tolérable.

Dans lenivrement de la victoire, la forte-resse de Nioukou-Lafa fut dabord incendiée ;mais peu de jours après, sur lavis des prêtresqui se disaient les organes des dieux, il fallut larebâtir. On employa larmée de Finau à cettebesogne.

Cependant la guerre ne marchait pas commele roi de Hapaï lavait espéré. Lennemi évitaitles rencontres générales, le canon triom-phait de la bravoure et du nombre ; il dressaitdes embuscades, massacrait des partis entiers,organisait une lutte de buissons et de fourrés.Dans lune de ces rencontres, Mariner, tombé dansune fosse, eût péri sans le dévouement de qua-

tre de ses compagnons. Trente sauvages'de Hapaï tombèrent à ses côtés après une résistanceopiniâtre. Ce qui frappa le plus notre Européendans cette affaire , ce fut un combat singulierentre un chef liapaï et un chef tonga. Dansla première attaque, leurs casse-têtes se brisè-rent ; ils eu vinrent au pugilat, du pugilat à lalutte ; haletans, épuisés de fatigue, à demi-morts,ils tombèrent lun près de lautre, se mordi-rent tant quils eurent de la force, puis restè-rent immobiles sans pouvoir remuer aucun mem-bre, tant il y avait chez eux dépuisement et deprostration. Graduellement remis, ils renoncè-rent à continuer un assaut pareil, et, dun con-sentement mutuel, se retirèrent chacun du côtéde sa forteresse.

La guerre, ainsi transformée en engagemenssinguliers, entraîna à sa suite des misères horri-bles. Les champs restèrent en jachères, et lafamine survint. Pour la combattre, on tua, onrôtit, on mangea les prisonniers. Les uns dévo-rèrent cette chair par goût, les autres par be-soin, dautres enfin par point dhonneur. Quandon eut expédié les captifs un à un, les guer-riers du même camp sentretuèrent ou égorgè-rent leurs proches pour sen nourrir. Marinercite le trait de deux frères qui, ayant attiré leurtante chez eux sous lappât dune igname à par-tager, assommèrent la pauvre femme et sendistribuèrent les membres. Dans le camp tonga,la disette nétait pas moindre. Un seul trait enfera juger. Deux filles dun egui de Nougou-Nougou engagèrent avec deux jeunes chefs unepartie au la/o , dont voici les enjeux : si lesjeunes filles perdaient, elles partageaient avecles chefs, sans dédommagement aucun, uneigname quelles possédaient; si les chefs per-daient, le même partage avait lieu ; mais, commeindemnité et comme supplément de festin, lesperdans devaient fournir le corps dun hommeet le partager avec les jeunes filles. Le sort fa-vorisa ces dernières, et les chefs dressèrentune si bonne embuscade devant une forteresseennemie, quelles eurent leur moitié de ca-davre.

Eloigné depuis long-temps de ses Etats deHapaï, Finau ne cherchait quun prétexte pourterminer cette campagne sanglante et stérile.La mort du touï-tonga la lui fournit. Il fallaitquil assistât aux funérailles de ce pontife, expiréplusieurs mois auparavant. Cependant, ne vou-lant pas perdre les avantages obtenus, il céda laforteresse de Nioukou-Lafa à Tarkaï, chef deBea, lun des guerriers les plus renommés deTonga-Tabou, qui sétait déclaré pour lui et la-