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vait reconnu pour hou ou roi de tout l’archipel.Cette soumission n’était toutefois qu’une feinte;car, avant même de s’embarquer, Finau put voirsa forteresse livrée aux flammes. Sans les prê-tres qui pressaient son départ, il eût vengé cettetrahison, il eût exterminé Tarkaï et sa famille ;mais la cérémonie religieuse passait avant lesrancunes politiques. Finau revint sur Namouka,puis sur Lefouga , où s’accomplissait déjà la so-lennelle levée du grand tabou mis sui les produc-tions de la terre. Le nouveau touï-tonga pré-sidait à cette fête commémorative, et cinq joursaprès il épousa l’une des filles de Finau , âgéede dix-huit ans. Ce touï-tonga, qui n’avait alorsguère plus de quarante ans, devait être un frèredu précédent.
A peu de jours de là, surgit un nouvel inci-dent de guerre. L’un des fils de Tougou-Aho,nommé Toubo-Toa, avait juré dans son cœur devenger la mort de son père sur la personne dumeurtrier Toubo-Niouha, le complice de Finau.Jusqu’après l’accomplissement de l’acte expia-toire , il avait fait le vœu de ne pas boire delait de coco. Persévérant dans ses desseins ,il s’était attaché à Finau, cherchant à noircirToubo-Niouha dans son esprit, et à en faire unrival fort dangereux pour lui. Finau prêta l’o-reille à ces insinuations passionnées ; il devintjaloux de son frère, de son influence toute-puis-sante à Yavao , il alla jusqu’à laisser entrevoirle désir d’en être débarrassé.
Cela suffit à Toubo-Toa. Décidé au meurtre,il saisit le moment où Toubo-Niouha se trou-vait à Lefouga, le fit surprendre un soir et as-sassiner par quatre affidés sous les yeux mêmesde Finau. Celui-ci laissa le crime se consom-mer, et se contenta de protester publiquement.Les plus grands honneurs furent rendus au corpsde la victime ; on l’enterra dans le tombeau deses ancêtres avec tout le cérémonial dû à sonrang.
Pour mieux garder sous son patronage unecontrée lointaine, Finau nomma alors au gouver-nement de Yavao, une femme, sa tante Touï-Oumou. Les chefs prêtèrent serment de fidélitéau roi de Hapaï sur le vase du kava sacré ; maistrois semaines après, Vavao et sa nouvelle sou-veraine se soulevaient contre Finau, qu’ils accu-saient de complicité dans le meurtre de Toubo-Niouha. L’île se déclarait indépendante, et uneforteresse s’élevait à Felle-Toa.
Voilà quelle nouvelle guerre fit diversion àl’attaque de Tonga-Tabou. La soumission cleYavao était désormais bien plus urgente : Finauy songea avant tout. Il passa sur l’une des îles
Hapaï, Hanao, avec 4,000 hommes, et de làcingla pour Vavao avec trois pirogues seulement,avant-garde de son armée. Le débarquement eutlieu sur Naï-Afou, le lieu saint de Vavao, commeMafanga l’est de Tonga-Tabou. De là Finau seporta vers la citadelle ennemie, et ouvrit desnégociations devant ses retranchemens. Leschefs de Vavao ne se montrèrent pas intraita-bles : ils consentaient à reconnaître Finau pourleur chef, mais ils exigeaient qu’il se fixât surleur île, et qu’il n’y gardât qu’un petit nombrede ses sujets de Hapaï, ou bien encore, si la rési-dence de Vavao ne convenait pas au roi, ils luioffraient de reconnaître sa suzeraineté par untribut annuel, à la condition toutefois que T îleserait gouvernée par des indigènes et non pardes chefs envoyés de Hapaï. « Nous sommes fa-tigués de combats, disaient les négociateurs ;nous voulons une longue et bonne paix. »
Finau n’écouta ces ouvertures qu’avec colère ;il se rembarqua sur sa pirogue, fulminant desparoles de vengeance. De retour à Hanao, il ras-sembla toute la flotte, et partit pour l’archipelrebelle avec 5,000 hommes et 150 pirogues. Lesartilleurs anglais étaient de la campagne avecdeux canons. On aborda le lendemain à Naï-Afou, et le jour suivant on se trouvait en face dela terrible citadelle avec un appareil menaçantet des ressources de tout genre.
Les assiégés ne s’épouvantèrent pas. Ils re-çurent leur ennemi à coups de flèches. Finau n’yrépondit point d’aborcl ; il demanda un armistice.« Que les parens, les amis, engagés dans les rangsopposés, se voient et s’embrassent, » dit-il. Eneffet, pendant trois heures, il n’y eut entre lesdeux partis que des larmes versées. On se jetadans les bras les uns des autres, déplorant lesdures nécessités de la guerre. Cette scène se fûtdénouée peut-être par une transaction, sans l’in-cident d’une agression isolée. Un des assiégéslança une flèche à Mariner, qui se trouvait auxpremiers rangs, et le manqua ; l’Anglais ripostapar un coup de mousquet et ne le manqua point 4Cette explosion devint le signal d’un combat quise prolongea durant toute la journée avec unegrande effusion de sang de part et d’autre. Pres-que tous les meurtriers de Toubo-Niouha restè-rent sur le champ de bataille; Toubo-Toa lui-même perdit sa femme qui fut faite prisonnière.Mais ces petits avantages étaient rudement expiéspar les assiégés ; le canon couvrait de morts leursretranchemens et ne leur laissait d’autre pers-pective que celle d’une résistance héroïque etstérile. Loin de fuir intimidés devant ces bouchestonnantes, plus d’un insulaire les affronta, les