VOYAGE PITTORESQUE AUTOUR DU MONDE.
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brava, les insulta. L’un d’eux, pour rassurer scsCamarades, s’était fait fort de se battre corps à.corps avec up canon, et d’envoyer sa lance dansla gueule même d’une de ces pièces meurtrières.En effet, quand le feu fut ouvert, il alla, dansune attitude menaçante, droit à celle que ser-vait Mariner. Mariner la pointa sur lui ; mais aumoment où le coup allait partir, le sauvageTéyita en se jetant à plat venLre contre terre.Après la décharge, il se releva, adressa quel-ques provocations à la pièce, brandit sa lance etfinit par la diriger contre l’instrument meurtrier.L’arme vint se heurter et rebondir contre lebord. Mariner le coucha alors en joue avec sonmousquet, mais une flèche lancée à point dé-tourna encore le coup. Le champion intrépideput regagner la citadelle en poussant un cri detriomphe. Depuis ce temps, on le surnommaFana-Fanoua, ce qui veut dire canon en languedu pays. {Fana, arc, et fanoua, terre).
Ce combat acharné ne finit qu’à la nuit. Lacitadelle tint bon, malgré toutes les forces deFinau. Désappointé, le roi de Hapaï se retira àNaï-Afou, où il se retrancha à son tour. Dès-lors la guerre prit un caractère d’escarmoucheset de rencontres partielles, où l’avantage restaittantôt à l’un, tantôt à l’autre camp. Des faitsd’armes isolés, des traits d’héroïsme individuelmarquèrent cette lutte ; elle eut ses rapts de fem-mes, ses sacrifices humains, ses épisodes guer-riers ou religieux, ses défis, ses duels, commeune épopée homérique.
Enfin, après plusieurs niois d’efforts infruc-tueux, Finau, voyant que les moyens violens leservaient mal, en vjnt à des combinaisons pluspacifiques. Il se ménagea diverses entrevuesavec les chefs de Vavao, pt fit si bien, ,qu’il lesdécida à Je reconnaître pour leur roi. Plus ac-commodant alors, il ne craignit pas de promet-tre qu’il s’établirait à’Vavao, qu’il ne garderaitauprès de lui qu’un très-petit nombre de mata-boulais, et renverrait le reste de son armée auxîles Hapaï, dont il laisserait désormais le gou-vernement à Toubo-Toa. Dès le lendemain, Fi-nau fit son entrée dans la citadelle à la tète deses principaux officiers. Il y présenta ses hom-mages à la reine Touï-Oumou, et signa une paixdéfinitive. A peine souscrite, cette paix fut vio-lée. Fmau brûla la forteresse de FeJloToa etgarda celle de Naï-Afou. Il désarmait ainsi desennemis ep se maintenant dans ses propresavantages. Aussi, rendus plus défians par cetteconduite, les principaux chefs de Vavao cru-rent-ils plus prudent de rejoindre Tarkaï et lesmécontens de Tonga-Tabou que d’attendre dans
leur île les résultats de la clémence du vainqueur.L’avenir justifia cet acte de prévoyance.
Ce fut vers ce temps (1807-1808) qu’un na-vire de Port-Jakson ramena un chef de Tonga-Tabou et sa femme Fata-Faï, qui venaient depasser deux ans dans la colonie anglaise deSydney . Finau s’aboucha avec ces émigrans,qui ne lui firent pas un tableau flatteur de lavie et de l’hospitalité européennes. Ils racon-taient que , dans les villes qu’ils avaient vues,on pouvait mourir de fahn vis-à-vis d’une bou-tique regorgeant de vivres ; que l’argent seul yfaisait des eguis, et que, pour s ? en procurer,ces malheureux habitans travaillaient du matinau soir.
Ce mot d’argent occupa Finau bien long-temps après la visite d es Tongas voyageurs. Ilquestionnait là-dessus tous les Anglais , Marinerentre autres. « L’argent, disait-il, de quoi est-ilfait ? Est-ce du fpr ? Peut-on pn fabriquer desarmes ou des instrumens utiles? Où peut-ons’en procurer? Si l’on peut pn fabriquer, pour-quoi chacun np s’occupe-t-il pas à faire del’argent pour l’échanger ensuite contre lesobjets qu’il désire ?» A ces questions, Marinerexpliquait de son mieux le système monétairede l’Europe , la nature, l’emploi de l’argent, sararpté et son prix intrinsèque comme métal deluxe, le privilège affecté aux rois de le battre etde le marquer à leur effigie, son action bienfai-sante comme moyen d’échange. Finau ne com-prenait tout cela qu’à demi ; il ne se rendait pasaux explications données. Un autre chef quiétait présent, Fili-Moë-Atou, entrait mieux dansla pensée du commentateur. « Oui, disait-il àFinau, je comprends; voici ce que c’est : l’ar-gent est moins embarrassant que les biens ; ilest très-commode de changer ses biens pour del’argent, puisqu’en retour on peut changer l’ar-gent pour des biens toutes les fois qu’on le dé-sire. Les biens peuvent se gâter, surtout les pro-visions ; l’argent ne le peut pas. Ensuite, quoi-que l’argent n’ait point de valeur par lui-mème,il en a une réelle, puisqu’on ne peut en obtenirsans donner quelque chose en retour. Il con-servera cette valeur tant qu’il sera acceptécontre des provisions. » Ainsi parlait Fili-Moë-Atou, homme fort intelligent pour ces contrées,devinant avec une rare sagacité un des côtésutiles dp notre système monétaire ; mais Finau nese rendait pas ; il résistait toujours. « Non, di-sait-il, cela ne doit pas etre ainsi. Il est absurded’accorder une valeur à un métal qui n’a pointd’utilité matérielle. Que si on employait a celadu fï>r, on pourrait en faire des ciseaux, des