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[Tome second.]
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VOYAGE PITTORESQUE AUTOUR DU MONDE.

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brava, les insulta. Lun deux, pour rassurer scsCamarades, sétait fait fort de se battre corps à.corps avec up canon, et denvoyer sa lance dansla gueule même dune de ces pièces meurtrières.En effet, quand le feu fut ouvert, il alla, dansune attitude menaçante, droit à celle que ser-vait Mariner. Mariner la pointa sur lui ; mais aumoment le coup allait partir, le sauvageTéyita en se jetant à plat venLre contre terre.Après la décharge, il se releva, adressa quel-ques provocations à la pièce, brandit sa lance etfinit par la diriger contre linstrument meurtrier.Larme vint se heurter et rebondir contre lebord. Mariner le coucha alors en joue avec sonmousquet, mais une flèche lancée à point dé-tourna encore le coup. Le champion intrépideput regagner la citadelle en poussant un cri detriomphe. Depuis ce temps, on le surnommaFana-Fanoua, ce qui veut dire canon en languedu pays. {Fana, arc, et fanoua, terre).

Ce combat acharné ne finit quà la nuit. Lacitadelle tint bon, malgré toutes les forces deFinau. Désappointé, le roi de Hapaï se retira àNaï-Afou, il se retrancha à son tour. Dès-lors la guerre prit un caractère descarmoucheset de rencontres partielles, lavantage restaittantôt à lun, tantôt à lautre camp. Des faitsdarmes isolés, des traits dhéroïsme individuelmarquèrent cette lutte ; elle eut ses rapts de fem-mes, ses sacrifices humains, ses épisodes guer-riers ou religieux, ses défis, ses duels, commeune épopée homérique.

Enfin, après plusieurs niois defforts infruc-tueux, Finau, voyant que les moyens violens leservaient mal, en vjnt à des combinaisons pluspacifiques. Il se ménagea diverses entrevuesavec les chefs de Vavao, pt fit si bien, ,quil lesdécida à Je reconnaître pour leur roi. Plus ac-commodant alors, il ne craignit pas de promet-tre quil sétablirait àVavao, quil ne garderaitauprès de lui quun très-petit nombre de mata-boulais, et renverrait le reste de son armée auxîles Hapaï, dont il laisserait désormais le gou-vernement à Toubo-Toa. Dès le lendemain, Fi-nau fit son entrée dans la citadelle à la tète deses principaux officiers. Il y présenta ses hom-mages à la reine Touï-Oumou, et signa une paixdéfinitive. A peine souscrite, cette paix fut vio-lée. Fmau brûla la forteresse de FeJloToa etgarda celle de Naï-Afou. Il désarmait ainsi desennemis ep se maintenant dans ses propresavantages. Aussi, rendus plus défians par cetteconduite, les principaux chefs de Vavao cru-rent-ils plus prudent de rejoindre Tarkaï et lesmécontens de Tonga-Tabou que dattendre dans

leur île les résultats de la clémence du vainqueur.Lavenir justifia cet acte de prévoyance.

Ce fut vers ce temps (1807-1808) quun na-vire de Port-Jakson ramena un chef de Tonga-Tabou et sa femme Fata-Faï, qui venaient depasser deux ans dans la colonie anglaise deSydney . Finau saboucha avec ces émigrans,qui ne lui firent pas un tableau flatteur de lavie et de lhospitalité européennes. Ils racon-taient que , dans les villes quils avaient vues,on pouvait mourir de fahn vis-à-vis dune bou-tique regorgeant de vivres ; que largent seul yfaisait des eguis, et que, pour s ? en procurer,ces malheureux habitans travaillaient du matinau soir.

Ce mot dargent occupa Finau bien long-temps après la visite d es Tongas voyageurs. Ilquestionnait-dessus tous les Anglais , Marinerentre autres. « Largent, disait-il, de quoi est-ilfait ? Est-ce du fpr ? Peut-on pn fabriquer desarmes ou des instrumens utiles? peut-onsen procurer? Si lon peut pn fabriquer, pour-quoi chacun np soccupe-t-il pas à faire delargent pour léchanger ensuite contre lesobjets quil désire ?» A ces questions, Marinerexpliquait de son mieux le système monétairede lEurope , la nature, lemploi de largent, sararpté et son prix intrinsèque comme métal deluxe, le privilège affecté aux rois de le battre etde le marquer à leur effigie, son action bienfai-sante comme moyen déchange. Finau ne com-prenait tout cela quà demi ; il ne se rendait pasaux explications données. Un autre chef quiétait présent, Fili-Moë-Atou, entrait mieux dansla pensée du commentateur. « Oui, disait-il àFinau, je comprends; voici ce que cest : lar-gent est moins embarrassant que les biens ; ilest très-commode de changer ses biens pour delargent, puisquen retour on peut changer lar-gent pour des biens toutes les fois quon le dé-sire. Les biens peuvent se gâter, surtout les pro-visions ; largent ne le peut pas. Ensuite, quoi-que largent nait point de valeur par lui-mème,il en a une réelle, puisquon ne peut en obtenirsans donner quelque chose en retour. Il con-servera cette valeur tant quil sera acceptécontre des provisions. » Ainsi parlait Fili-Moë-Atou, homme fort intelligent pour ces contrées,devinant avec une rare sagacité un des côtésutiles dp notre système monétaire ; mais Finau nese rendait pas ; il résistait toujours. « Non, di-sait-il, cela ne doit pas etre ainsi. Il est absurdedaccorder une valeur à un métal qui na pointdutilité matérielle. Que si on employait a celadu>r, on pourrait en faire des ciseaux, des