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armé et habillé, tandis que les autres matelotsavaient été dépouillés complètement.
Après avoir incendié les habitations des îlesPangaï-Modou et Manima, le grand canot revintà bord vers les trois heures et demie, et en re-partit presque sur-le-cliamp, armé d’officiers,de maîtres et d’officiers mariniers, hommes sûrset éprouvés. Dans l’impossibilité où l’on étaitd’attaquer Tahofa dans sa forteresse de Bea, lapetite troupe de vingt hommes bien armés de-vait marcher le long du rivage, brûlant les ha-bitations et les pirogues , tirant sur ce qui résis-tait, épargnant les vieillards et les femmes. Lebut du capitaine d’Urville était alors d’obtenirpar la terreur la restitution des prisonniers.
L’expédition fut conduite avec intelligence.Les villages de Nougou-Nougou et d’Oleva fu-rent livrés aux flammes ; cinq belles piroguesfurent détruites ; puis le petit corps marcha versMafànga. Mais à mesure qu’on approchait dulieu saint, les naturels, qui avaient fui jusque-là,se rassemblaient et résistaient. Un Français dudétachement, le caporal Richard, s’étant aven-turé dans un taillis à la poursuite d’un sauvage,se vit assailli par huit d’entre eux, cerné, as-sommé avec leurs massues, et criblé avec leus’sbaïonnettes. Transporté à bord, ce malheureiKmourut dans la nuit et fut enterré le lendemainsur l’île Pangaï-Modou. Cette perte rappela lesFrançais à des mesures de prudence. Engagésau milieu de lialliers, ils recevaient la fusilladeennemie sans pouvoir lui répondre avec avan-tage. D’ailleurs cette guerre d’embuscades n’a-boutissait à rien. L’incendie des villages suffisaitpour jeter la terreur dans la contrée. Pour lepremier jour, c’était une représaille utile. Lelendemain, il fallait aviser à des moyens plusdécisifs.
Le capitaine d’Urville savait que Mafanga étaitle lieu saint de l’île, et que, si on l’attaquait,Tonga-Tabou tout entière serait intéressée à laquerelle. Ainsi les divers chefs interviendraientdans une affaire où Tahofa jusqu’alors s’étaittrouvé seul mêlé, et les jalousies rivales, autantque le désir de sauver le sanctuaire indigène,pouvaient amener la prompte restitution des■ prisonniers. Malgré tout le danger d’une côtebordée de récifs, le capitaine résolut de canonnerMafànga.
Pendant qu’on se préparait à cette attaque,contrariée par les vents de S. E., une pirogueramena à bord l’élève Faraguet et l’interprèteSingleton. L’officier français avait été le captifde Palou qui, n’ayant pu le décider à se fixer» auprès de lui, le renvoyait à bord de l’Astrolabe .
Aucun doute ne resia alors sur le chef du com-plot. L’honneur en revenait tout entier à Ta-hofa et à ses mata-boulais. Singleton ajoutaitmême que les autres chefs avaient censuré saconduite dans le conseil du matin. Mais Tahofaétait le Napoléon , l’Achille de Tonga; il pouvaitfaire la loi seul contre tons. Par une sorte decompromis, Singleton se disait pourtant auto-risé à promettre que tous les hommes qui serefuseraient à rester dans le pays seraient rendusà tAstrolabe. Le capitaine d’Urville crut unepareille transaction indigne de lui ; on y recon-naissait la main de Simonet qui demandait pres-que une capitulation personnelle. « Aucun deshommes que le Roi m’a confiés, dit-il à Singleton,ne restera à Tonga-.Tabou. Si demain les captifsdes insulaires ne sont pas à bord, Mafanga seracanonné. »
En effet, le 15 la corvette s’embossa, commeson capitaine l’avait dit, hissa la grande enseigneet l’appuya d’un coup de canon. Les naturels yrépondirent en aj listant plusieurs pavillons blancsau bout de longues perches. Dans l’espoir queces pavillons étaient un signal de paix, on en-voya le canot à terre ; mais un coup de fusil,qui perça le canot de part en part, trahit lesvéritables dispositions des insulaires. Il fallaitque la force coupât court à tant de perfidie.
Le canon tonna le lendemain 16 , dans lamatinée. Trente coups de caronade furent ti-rés tant à boulet qu’à mitraille. La première dé-charge coupa en deux une branche d’un grandfiguier qui ombrageait le malaï, alors placed’armes de Tahofa. Sa chute fut saluée par descris aigus et perçans, que suivit un profond si-lence. Abrités derrière des remparts de sable,ou dans le creux de quelques fossés improvisés ,les sauvages ne souffraient pas beaucoup dece feu , et ils y gagnaient quelques bouletsenterrés dans les sables (Pl. X — 3). Dansl’après-micli, la corvette se trouva si près durécif, qu’à la marée basse, les naturels pou-vaient s’approcher d’elle à une distance de vingttoises.
Pendant les trais jours qui suivirent, VAstro-labe se maintint dans ce poste critique. Le tempsbeau jusque-là était devenu incertain et tempé-tueux. Le vent soufflait par rafales violentes, etmenaçait de jeter le navire sur ces récifs où lamer déferlait avec force. C’étailune épreuve nonmoins périlleuse que celle à laquelle on avaitnaguère échappé. En cas de sinistre, on lia-vait pas même de quartier à espérer cette fois.On était en guerre ouverte, et peut-etre l’en-nemi .avait-il des morts à venger. Secouée par