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[Tome second.]
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VOYAGE PITTORESQUE AUTOUR DU MONDE.

le ressac, la corvette semblait à toute minuteprès de se détacher de ses ancres pour aller seheurter contre les pointes du banc. Léquipageparaissait inquiet, préoccupé. On eût dit quilregrettait le sort des camarades captifs quelon apercevait de temps à autre sur la grèveTout le monde voyait lavenir en noir. Cetteguerre faite à deux pas de lécueil, ces dé-charges dartillerie qui de temps à autre rom-paient le silence de la terre et du bord, cetteincertitude de lavenir, cette obstination deschefs tongas, tout saisissait, tout attristait lapensée. On en était venu à craindre un complotparmi les marins, et le capitaine dUrville allaitrenoncer peut-être à son projet, quand unepetite pirogue déborda de la, plage vis-à-vis Ma-fanga, dans la journée du 19. Elle portait undes matelots, le nommé Marlineng, qui venait,de la part de Tahofa, promettre au capitaine larestitution des prisonniers sil consentait à sus-pendre les hostilités. Le canon de retraite dela veille chargé à mitraille ayant tué un chefinférieur, cet incident avait déterminé des ou-vertures pacifiques.

Elles furent conduites à bonne fin. Lun desmata-boulais de Tahofa, Waï-Tolaï (Pl. X1),vint tout tremblant expliquer quil était impossi-ble de restituer les déserteurs Simonet et Reboul,alorsenfuite ; mais que les autres Français allaientêtre rendus. Jaloux de quitter les acores de lé-cueil, le capitaine dUrville passa sur cette diffi-culté; il fit semblant doublier aussi les objets en-levés dans le pillage de la yole. Un canot alla versMafanga pour recueillir les prisonniers. Us arri-vèrent dans le plus bizarre accoutrement, revêtusdétoffes indigènes, que Tahofa leur avait faitdonner après quon les eut dépouillés de leurshabits. Tirée ainsi de ce mauvais pas, le lende-main 21 mai, V Astrolabe quittait Tonga-Tabou,après un mois de désastreux séjour, échappée àtous les périls et à toutes les misères, le nau-frage, la guerre, la révolte.

Trois mois après elle était remplacée sur lamême rade par le Research , capitaine Dillon. Cenavire, qui appartenait à la Compagnie des Itides,avait dabord touché à Eoa, sans se hasardernéanmoins à prendre terre. Le capitaine savaità quoi sen tenir sur les dispositions des natu-rels. Il avait même heureusement le secret duneruse plusieurs fois pratiquée, et fatale à dau-tres Européens. Les insulaires dEoa avaient eneffet imaginé dattirer les canots des navires derelâche, à laide de pirogues remplies des plusbelles femmes de la contrée. Ces sirènes al-laient circuler autour du bord jusquà ce quelles

eussent fasciné et entraîné sur le rivage quel-ques matelots. des centaines dhommes lesentouraient, les liaient aux arbres voisins et lesretenaient jusquà ce que le navire eût payé leurrançon avec des objets dEurope . Ce manègevalait mieux que des voies de fait plus ouvertes;il présentait moin§ de dangers. Cependant lesnaturels dEoa ne sen contentèrent pas. LeSupply, navire anglais , ayant eu limprudencede recevoir trop de visiteurs sur son pont, sevit un jour subitement attaqué. Le frère du ca-pitaine et un matelot furent assommés à coupsde casse-têtes, le capitaine lui-même fut jeté àla mer. Le hasard voulut que ce dernier tombâtdans un canot amarré le long du bord et y trou-vât une longue-vue. Il se releva, saisit linstru-ment et en tourna le tube contre les naturels.Ceux-ci, croyant que cétait une arme à feu dunenouvelle invention, senfuirent effrayés, et lé-quipage, qui dînait dans Eentrepont, ayant saisides harpons et des piques, se précipita sur lesassaillans, en tua quelques-uns et fit sauter lesautres par-dessus le bord. Le Supply fut sauvéainsi.

Ayant évité ces piégçs et ces malheurs, le Re-search mouilla le 15 août sur la rade de Pangaï-Modou et en repartit le 26. Instruit par les dé-sastres de lAstrolabe , le capitaine Dillon prittoutes les précautions imaginables pour éviterun sort pareil ; il ne descendit point à terre, fitfaire son eau et son bois par les naturels, et in-terdit sévèrement laccès de son bord aux hom-mes des pirogues. Malgré ces rigoureuses pré-cautions , une tentative denlèvement éclatadans la nuit du 19 au 20. Vers trois heures dumalin, le capitaine Dillon fut réveillé en sursautpar un grand bruit qui sélevait sous les fenêtresde sa chambre. Il regarda, et, malgré lobs-curité, il aperçut une grande pirogue suiviedune foule dautres. Elles semblaient marcherde conserve et menacer le Research dun assaut.Pour prévenir de mauvais desseins, le capitainedéchargea à linstant même son pistolet sur lapirogue , en faisant dire en tonga, par un inter-prète, que les canons du bord allaient jouer siles naturels ne se retiraient pas. Se voyant dé-couverts, ils obéirent. La relâché du capitaineDillon napprit, du reste, rien de nouveau sili-ces peuples. Par lui, pourtant, on a pu savoirque Rolouma, quoique éloignée de six centsmilles de Tonga-Tabou, reconnaît sa supré-matie. Instruit que le Research devait tou-cher à Rotouma, le vénérable Faka-Fanoua,gardien de Mafanga, priaM . Dillon de recevoirà son bord et de conduire dans cette île son se*