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[Tome second.]
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OCEANIE.ILES VITE

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vages le comprirent et jouèrent de ruse. Ils éva-cuèrent les abords de la grève , laissant les An­ glais et leurs auxiliaires de Bao sengager danslintérieur. Les divers détachemens donnèrentdans le piège ; ils savancèrent vers une petiteplaine que dominait un coteau. Quelques résis-tances partielles, vaincues à laide dun petitnombre de décharges, semblaient promettre àcette campagne une issue prompte et heureuse,quand le petit corps que commandait M. Normanentendit de toutes parts des cris affreux et pro-longés. Cétait le signal dune attaque généraleet imprévue. Postés en embuscade, les sauvagessétaient précipités à la fois sur les groupestachés des Européens, et les avaient massacréstous, à lexception de deux hommes qui purentfuir vers les canots. Un seul détachement restaitintact, celui que commandaient MM. Normanet Dillon. Il se composait de huit matelots ar-més , de deux chefs de Bao, et dun de leursguerriers. A la suite de cette déconfiture com-plète , il ne restait plus quà se replier sur lesembarcations en peloton serré : la plaine étaitcouverte de sauvages armés et furieux. Toutetentative de fuite isolée eût été un arrêt de mort:un des hommes de la troupe qui lessaya fut àlinstant cerné et massacré. M. Norman ordonnala retraite ; elle fut heureuse jusquau pied de lacolline ; mais les naturels se présentèrentpour barrer le chemin au détachement. Ilsétaient plusieurs centaines contre douze indivi-dus; et, pour se donner un aspect plus ef-frayant , ils sétaient barbouillé le visage avec leang des Européens restés sur le champ de ba-taille. Dans le combat qui eut lieu sur ce point,M. Norman tomba percé dun coup de lance, etM. Dillon demeura commandant de la troupe ;commandement terrible et sinistre ! Les Euro-péens, cernés de toutes paris , avaient alorsperdu tout espoir de retraite ; ils navaient plusquà vendre chèrement leur vie. Pourtant, au fortde cette situation désespérée, M. Dillon aperçutau milieu de la plaine un rocher isolé, abrupte,presque inaccessible, espèce de forteresse placée pour son salut, rempart naturel dont les flèchespouvaient à peine atteindre le sommet. Le voir,le désigner à ses compagnons et le gravir, toutcela fut laffaire de quelques minutes. M. Dillonsétablit sur cette aire avec quatre Européens,nommés Savage, Bushart, Dafny, Wilson, etun Chinois nommé Luis. Le reste du détache-uient avait été tué, ainsique les chefs de Bao.Dafuy lui-même était percé de coups de lance,ut se traînait avec quatre flèches enfoncées danslp dos.

Heureusement pour ces malheureux, le ro-cher, accessible dun seul côté facile à défendre,se trouvait assez élevé pour défier les projectilesdes insulaires. La résistance fabuleuse de cesquatre hommes put donc sy continuer avecquelques chances de réussite. Dès quun sauvagese présentait en tête de la rampe étroite quidonnait accès vers le faîte du roc, un coup defusil larrêtait en chemin. Dix à douze assail-lans sy présentèrent et tombèrent percés deballes. Cet exemple intimida les autres. Ils sebornèrent dès lors à tenir les marins bloquésdans leur château-fort. De cette espèce dephare qui dominait la mer et la plaine, Dillonpouvait voir dun côté le navire se balançant àlancre, silencieux, impuissant à le secourir, etde lautre ses compagnons dinfortune, dépecés,rôtis et mangés sous ses yeux : triste et dou-loureux spectacle qui ramenait les Européensencore vivans à la perspective du sort qui les at-tendait !

Cependant la fureur des sauvages semblaitalors un peu calmée. On parla de paix et detransaction. Huit prisonniers faits par Robsonrestaient à bord du Hunier, et dans le nombrese trouvait le frère du nambeo ou grand-prêtrede Vaï-Tea. Dillon basa un traité sur cette cir-constance. « Si lon nous tue, dit-il, ces captifsseront aussi tués. » Le hasard voulut que lenambeo fît partie des sauvages qui couvraientla plaine. Il sapprocha lui-même en par-lementaire , demanda des renseignemens surson frère quil croyait tué , et déclara que,pour sa part, il consentait à ce quun échangeeût lieu entre les prisonniers du Hunier et leshommes bloqués sur le rocher. On parla den-voyer quelquun à bord pour mener à bonnefin cette négociation importante. Dafny, blesséet incapable de service actif, fut choisi par Dil-lon. Il devait conseiller léchange, mais recom-mander au capitaine de ne livrer à la fois que lamoitié de ses otages, et de garder lautre moitiécomme garantie contre la trahison des naturels.Dafny partit en effet, il sembarqua avec lenambeo, et les assiégés purent suivre de lœilla pirogue qui les portait jusquà ce quelle eûtaccosté le Hunier.

Pendant que duraient ces démarches paci-fiques , les chefs des Vitiens sapprochèrent dela base du rocher, essayant de lier lentretienavec Dillon et ses hommes, cherchant surtout àobtenir deux quils quittassent leur poste inac-cessible pour se remettre entre leurs mains. Dillonne se fia ni à leurs gestes, ni à leurs promesses:il conseilla la même prudence à ses compa-

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