OCEANIE. — NOUVELLES-HEBRIDES.
le docteur Sparmann, et nous allâmes sur lacolline plate faire une autre visite aux naturels.Quelques-uns vinrent à notre rencontre à moitiéchemin, et nous conduisirent à leurs huttes.Dès que nous fûmes assis avec le père d’une deces familles, homme d’un âge moyen et d’unephysionomie intéressante, nos amis nous priè-rent de nouveau de chanter. Nous y consen-tîmes volontiers ; et lorsqu’ils parurent s’éton-ner de la différence de nos chansons, nous tâ-châmes de leur faire comprendre que nousétions de différens pays. Alors, nous indiquantun vieillard dans la foule de nos auditeurs , ilsnous dirent qu’il était natif de Koro-Mango, etil l’engagèrent à nous amuser par ses chants.L’Indien s’avança au milieu de l’assemblée, etil commença une chanson pendant laquelle ilfit différens gestes qui nous divertirent, ainsique tous les spectateurs. Son chant ne ressem-blait pointdu tout à celui des insulaires de Tanna,et il n’était ni désagréable ni discordant avec lamusique. II paraissait avoir un certain mètre,mais différent du mètre lent et sérieux que nousavions entendu le matin. Après qu’il eut cesséde chanter, il nous parut que les naturels deTanna lui parlaient dans sa langue, mais qu’ilne connaissait pas la leur.
» Tandis que l’insulaire de Koro-Mango chan-tait,.les femmes sortirent de leurs huttes et vin-rent former un petit groupe autour de nous.En général elles étaient d’une stature beaucoupmoindre que celle des hommes, et elles por-taient de vieux jupons d’herbe et de feuilles,plus ou moins longs suivant leur âge. Cellesqui avaient fait des enfans, et qui semblaientâgées d’environ trente ans, ne conservaient au-cune des grâces de leur sexe. De jeunes fillesde quatorze ans avaient des traits fort agréables,et un sourire qui devint plus touchant à mesureque leur frayeur se dissipa. Elles avaient lesformes sveltes, les bras d’une délicatesse parti-culière, les seins ronds et pleins. Elles n’étaientcouvertes que jusqu’au genou. Leurs cheveuxbouclés flottaient sur leurs tètes, et la feuille debanane verte qu’elles y portaient montrait, avecplus d’avantage, leur couleur noire. Elles avaientdes anneaux d’écaille de tortue à leurs oreilles.Nous remarquâmes que la quantité de leurs or-nemens croissait avec l’âge ; les plus vieilles etles plus laides étaient chargées de colliers, dependans d’oreilles et de nez, et de bracelets. IIme parut que les femmes obéissaient aux moin-dres signes des hommes, qui n’avaient pourelles aucun égard. Elles traînaient tous les far-deaux , et peut-être que ce genre de travail et
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de fatigue contribue à diminuer leur stature, cailes charges ne sont pas toujours proportionnéesà leurs forces.
» Les insulaires de Tanna présentaient à nosyeux un exemple d’affection qui prouve queles passions et les bonnes qualités des hommessont les mêmes dans chaque pays. Une petitefille d’environ huit ans, d’une physionomie in-téressante, nous examinait furtivement entreles têtes des Indiens assis à terre. Dès qu’elles’aperçut qu’on la regardait, elle alla en hâte secacher dans la hutte. Je lui fis signe de reve-nir; et, pour l’y engager, je lui montrai unepièce d’étoffe de Taïti ; mais je ne pus la déter-miner à se rapprocher. Son père se leva, eta force de caresses il la ramena. Je pris la mainde l’enfant, et je lui donnai l’étoffe avec de pe-tits ornemens : la joie et le contentement se pei-gnirent aussitôt sur le visage du père.
» Nous restâmes parmi ces insulaires jusqu’aucoucher du soleil : ils chantèrent et firent destours d’adresse pour nous plaire. A notre prière,ils décochèrent leurs traits en l’air et contre unbut; ils ne les lançaient pas à une hauteur ex-traordinaire , mais ils tiraient avec beaucoupd’adresse à peu de distance, comme on l’a déjàobservé. A l’aide de leurs massues, ils paraientles dards de leurs antagonistes, à peu prèscomme les Taïliens. Us nous dirent que toutesles massues qui ont leur tranchant latéral commeune flamme, se tirentde l’îlc basse qu’ils appellentImmer ; mais nous n’avons pas découvert si ellesétaient fabriquées par les naturels, ou si l’ile estdéserte, et s’ils y vont seulement par occasionpour y rassembler des coquillages et y couperdu bois.
» Avant notre départ des huttes, les femmesallumèrent différens feux dans l’intérieur et auxenvirons, et elles se mirent à apprêter leur sou-per. Les Indiens se précipitaient autour de cesfeux, et il semblait que l’air du soir était un peutrop frais pour leurs corps nus. Plusieurs avaientà la paupière supérieure une tumeur que nousattribuâmes à la fumée dans laquelle ils sonttoujours assis : elle obstruait tellement leur vue,qu’ils étaient obligés de tourner la tête en ar-rière jusqu’à ce que l’œil fût dans une ligne ho-rizontale avec l’objet qu’ils voulaient regarder.Plusieurs petits garçons de cinq ou six ansavaient cette tumeur ; ce qui nous fit penserqu’elle se propage peut-être d’une génération àl’autre. »
Après Forster et Sparmann, Cook tenta lui-même une excursion jusqu’au cratère volca-nique. Il partit le 14 au matin, et se dirigea vers