OCEANIE. - NOUVELLES-HEBRIDES.
suivant il prolongea la bande occidentale deBile Sandwich, rasa à une demi-lieue de dis-tance la pointe S. O. de Mallicolo , dont la plageétait couverte d’insulaires. Passant ensuite entreMallicolo et la terre du Saint-Esprit, il rangeacette dernière dans toute sa partie orientale; puis,le 24 au soir, il laissa porter sur la pointe N.Durant deux jours, son navire louvoya pour pé-nétrer dans une vaste baie qui forme une échan-crure dans les terres. Quelques pirogues semontrèrent ; mais, saisies de frayeur, elles n’o-sèrent aborder. Les hommes qui les montaientétaient nus, à part une ceinture d’où tombaientde larges feuilles qui les couvraient jusqu’auxgenoux. Noirs et grêles, ils avaient des cheveuxfrisés et courts.
Le 26 dans l’après-midi, le navire ne se trou-vant plus qu’à deux milles du fond de la baie,Cook expédia deux canots en reconnaissance.De leur côté, les naturels se hasardèrent denouveau à- suivre le bâtiment avec leurs piro-gues, mais sans vouloir jamais aborder ; seule-ment ils reçurent de loin quelques cadeaux of-ferts , et répondirent tant bien que mal auxquestions qu’on leur adressait.
L’officier envoyé en reconnaissance parla àson tour. Il dit que, débarqué sur la plage, il yavait trouvé une rivière assez profonde pour queles canots pussent la remonter. Ce fait était as-sez caractéristique : Cook ne put s’y méprendre.C’était évidemment la baie que Quiros avaitnommée Saint-Jacques et Saint-Philippe, et aufond de laquelle il avait bâti sa prétendue villede Jérusalem-la-Neuve. Le capitaine anglais nechercha plus de nouvelles preuves à l’appui decette concordance. La nuit venue, il fit routehors de la baie, dont le revers occidental sem-blait illuminé de feux de la plage au sommet desmonts. On pensa que c’était le mode usité pourles défrichemens. Enfin, le 1 er septembre, Cookperdit de vue ces terres en leur laissant le nomde Nouvelles-Hébrides , que l’usage a consacré.
Voilà quelle fut l’exploration de Cook. Il afallu la citer largement et avec détails, car il estle seul qui ait bien vu cet important archipel.En 1793, d’Entrecasteaux se contenta d’une re-connaissance rapide; il releva Erronan, Anna-tom et Tanna, dont le volcan fut révélé par ungrand nuage fixe, au milieu d’un horizon puret bleu. Krusenstern parle bien d’une relâchedeGolownin à Tanna en 1809 ; mais sa relation,si elle existe, est peu connue. Enfin en 1827,le capitaine d’Urville, passant dans la partie S.du groupe, rectifia la position d’Erronan, etreconnut de plus près que ses devanciers l’ile
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d’Annatom. Le temps l’empêcha de pousserplus loin celte reconnaissance partielle.
CHAPITRE XIII.
NOUVELLES-HÉBRIDES . - GÉOGRAPHIE. -
MOEURS,
L’archipel des Nouvelles-Hébrides forme unechaîne étroite d’environ 120 lieues d’étenduedu N. N. O. au S. S. E., entre le 15° et le 20°de lat. méridionale, et entre le 164° et le 168°de long, a l’E. de Paris . Il comprend neuf gran-des îles et beaucoup d’autres d’une moindreétendue. On y relève en commençant par lesud :
Annatom, découverte par Cook en 1774, re-vue par d Entrecasteaux en 1793, et reconnueen 1827 par d’Urville : terre formée par de hau-tes montagnes, avec une bande littorale fortétroite, surtout dans la partie nord. Cçtte bandeest garnie de cocotiers et d’une foule d’autresarbres au tronc blanchâtre et dénudé, que
M. d’Urville suppose appartenir à l’espèce mela-leuca leucadendron , qui fournit l’huile de Kaïou-pouti. Dans toute cette partie nul indice ne ré-véla à ce navigateur que l’île fût peuplée. Elle adix milles de l’E. à l’O. sur six de largeur. Lat.S. 20° 11’. Long. E. 167° 15’. (Pointe O.)
Erronan, découverte par Cook en 1774, re-vue par d’Entrecasteaux en 1793 , et par d’Ur-ville en 1827. Ile fort haute, ayant la formed’un cône isolé, à pans escarpés et largementtronqué au sommet. Suivant Forster ses habi-tans se rapprochent du type polynésien . L’île acinq milles de circuit. Lat. S. 19° 31’. Long. E.167° 46’. (Sommet.)
Immer, découverte en 1774 par Cook, petiteet basse , de deux à trois milles de circuit. Lat.S. 19° 21’. Long. E. 167o 10’.
Tanna , découverte en 1774 par Cook , revueen 17.93 par d’Entrecasteaux. Ile hante, bienpeuplée, d’environ 22 milles d’étendue du
N. N. O. au S. S. E., sur neuf milles de large.Lat. S. du 19° 20’ au 19°40’, Long. E. du 166°53’ au 167o 10’.
Les insulaires de Tanna sont d’une couleurbronzée, de formes grêles et anguleuses, detaille petite et mince. Leur nez est large, leursyeux sont pleins et doux, leurs traits respi-rent la vivacité et l’esprit. Presque tous, audire de Cook, avaient la physionomie ouverte,mâle et honnête; mais chez un petit nom-bre, moins heureusement doué, l’air était mé-chant et faux. Les naturels, agiles et dispos,maniaient les armes avec adresse ; mais réservant