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VOYAGE PITTORESQUE
toutes leurs forces pour les temps de guerre, ilslaissaient aux femmes le soin des travaux péni-bles. Sur la plage les femmes circulaient char-gées de fardeaux ; les hommes ne portaient queleurs armes.
Les femmes de Tanna, petites de taille, sontassez jolies dans leur jeunesse. Leurs yeux sontdoux et bons ; leur démarche ne manque pasd'une certaine grâce (Pl. XIY — 2). Le vête-ment des hommes consiste en un pagne qui, aulieu de cacher leur nudité, a le privilège de lafaire mieux ressortir. « Ils ressemblent, ditFor-ster, au dieu tutélaire des vergers dans la mytho-logie grecque. » Les femmes s'enveloppent d'unepiece d’étoffe en fibres de bananier, qui lescouvre de la ceinture aux genoux.
Outre le tatouage ordinaire par piqûres , letatouage par incision est pratiqué chez ces peu-ples. La chair est enlevée avec un bambou ouune coquille acérée ; puis on applique une planteparticulière pour faire soulever la peau pendantque la blessure se guérit. Ces tatouages affectentla forme de fleurs, d'animaux, ou d’autres figu-res ; ils sont en grand honneur dans le pays.
Les deux sexes usent encore, comme orne-mens, de divers fards, tantôt d’un noir deplomb, tantôt rougeâtre, quelquefois d’un brunrouge, et ils les disposent sur le visage, le cou etles épaules, en bandes obliques de deux ou troispouces de large. Rarement la couleur blancheest employée ; mais quelquefois une moitié duvisage tout entière est peinte en rouge, tandisque l'autre l’est en noir.
Leurs cheveux, naturellement crépus et fri-sés, noirs ou bruns, séparés en petites mèchesfort menues , ont dans leur partie inférieurel'apparence de cordelettes tortillées. Pour ob-tenir ce résultat, ils ont soin de les rouler detemps en temps autour d’une menue plante. D’au-tres, abandonnant leur chevelure à la forme na-turelle, se contentent de la rattacher en touffesau sommet de la tête avec une feuille verte. Ilstiennent aussi plantée dans ce chignon une pe-tite baguette dont ils se servent pour se gratter,infestés qu’ils sont de vermine, et en outre unpetit bambou garni de plumes d’oiseau. Quel-ques-uns se coiffent de chapeaux en nattes ouen feuilles de bananier. Les femmes ont géné-ralement les cheveux courts, ainsi que les jeu-nes gens jusqu’à l’âge viril. La barbe des hom-mes est courte, forte et épaisse ; quelquefois ilsla disposent en mèches tortillées comme les che-veux (Pl. XIV — 1).
Les hommes et les femmes sont chargés debracelets, de colliers, de pendans d’oreilles et
AUTOUR DU MONDE.
d’amulettes. Ces ornemens sont en pierres dures,en coquillages, en écailles de tortue, en coquesde noix de coco, ou simplement en morceauxde bois poli, suivant les moyens de chaque in-dividu. Ils affectionnaient particulièrement pourcet objet le jade vert, que les Anglais avaientapporté de la Nouvelle-Zélande . Les cloisonsdes narines sont percées pour recevoir unepierre cylindrique , ou un morceau de bamboucl’un demi-pouce d’épaisseur.
Ces insulaires n’avaient aucune idée de l’em-ploi du fer à l’arrivée des Européens : aussi leméprisèrent-ils d’abord. Mais ayant compris sonutilité pendant le séjour des Anglais , ils se mon-trèrent peu à peu jaloux d’en posséder. Un faitdigne de remarque , c’est que leurs haches enpierre se rapprochaient plutôt, pour la forme,de la hache ordinaire que de l’herminette desraces polynésiennes.
L’industrie de ces sauvages se borne à la cul-ture des terres, à la fabrication de leurs étoffes,de leurs nattes et de leurs armes, à la construc-tion de leurs maisons et de leurs pirogues. Cespirogues et ces maisons sont fort mal bâties;leurs armes se composent de la lance, du dard,de l’arc et du casse-tête. Le dard est leur armefavorite ; sa pointe triangulaire est munie debarbes acérées : pour le lancer, ils se serventd’un cordon tressé, de six pouces de long, avecun œillet à un bout et un nœud à l’autre. L’in-dex de la main droite se place dans l’œillet, etl’autre bout se roule autour du.dard, tandis quecelui-ci est soutenu sur le pouce et les autresdoigts pour déterminer la direction. L’impulsionest donnée par l’index, et, quand le trait part, lecordon reste aux doigts. Avec ces dards, ilstuent les oiseaux et les poissons à la distance devingt à trente pieds, mettent l’arme dans unblanc de six pouces sans jamais manquer leurcoup; mais à une double distance, rarementatteignent-ils le bu*, bien que les traits puissentporter à plus de quarante toises.
D’habitude, les jeunes gens se servent defrondes et d’arcs; les hommes de dards et demassues. Les arcs sont en beau bois de casua-rina à la fois fort et élastique : de temps entemps ils les frottent d’huile pour en entretenirTa souplesse. Les casse-têtes sont de cinq ou sixformes; les plus estimés ont quatre pieds delong, avec un manche à nœud arrondi et uneboule étoilée à l’extrémité. Les autres, variantde longueur, ont, ceux-ci un nœud latéral,ceux - là des tranchans qui les distinguent.L’une de ces armes semble etre un casse-têtede poche , morceau de corail long de dixi