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[Tome second.]
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VOYAGE PITTORESQUE AUTOUR DU MONDE.

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venus pour en tirer vengeance, surtout quandils eurent appris des Anglais et des naturels deTikopia , que nous étions de la même nation queles Matas. Cependant, quand ils furent assurésque nous navions aucune intention hostile, etlorsquils virent que nous les comblions dami-tiés et de présens, leur frayeur diminua un peu;quelques-uns devinrent plus communicatifs etrépondirent plus volontiers aux questions que jene cessais de leur renouveler. Je mattachais depréférence aux vieillards, qui pouvaient avoirété témoins de ce funeste événement, et à ceuxplus jeunes, qui paraissaient avoir plus dintel-ligence, être doués dune mémoire plus lucide,et, par, susceptibles davoir mieux retenuce quils avaient appris de la bouche de leurspères.

» Dans ma narration, jai donné les résultatsde ces divers entretiens, et lon a vu quaunombre des premiers figurent Yaliko, chef duvillage de Vanikoro, un chef très-âgé de Mane-vai, et Moembe, chef religieux du même village.Parmi les autres, les plus remarquables ont étéTangaloa et Kava-Liki, jeunes chefs très-in-telligens , qui se disaient avec orgueil issus dunpère de Tikopia et dune mère de Vanikoro,origine qui les rapprochait de la vraie race poly­ nésienne . En comparant, analysant et discutantleurs différens récits, voici la version la plusvraisemblable que jaie pu adopter.

» A la suite dune nuit très-obscure, durantlaquelle le vent du S. E. soufflait avec violence,le matin les insulaires virent toul-à-coup sur lacote méridionale, vis-à-vis le district de Tanema,une immense pirogue échouée sur les récifs.Elle fut promptement démolie par les vagues,et disparut entièrement sans quon en pût riensauver par la suite. Des hommes qui la mon-taient , un petit nombre seulement put sé-chapper dans un canot et gagner la terre. Lejour suivant, et dans la matinée aussi, les sau-vages aperçurent une seconde pirogue semblableà la première, échouée devant Païou. Celle-cisous le vent de lîle, moins tourmentée par levent et la mer, dailleurs assise sur un fond ré-gulier de douze ou quinze pieds, resta long-temps en place sans être détruite ; les étrangersqui la montaient descendirent à Païou, ilssétablirent avec ceux de lautre navire, et tra-vaillèrent sur-le-champ à construire un petitbâtiment des débris du navire qui navait pointcoulé.

» Les Français , que les naturels nommèrentMaras, furent, disent-ils, toujours respectés parles indigènes, et ceux-ci ne les approchaient

quen leur baisant les mains, cérémonie quilsont souvent pratiquée envers les officiers deP Astrolabe durant sa relâche. Cependant il yeut de fréquentes rixes, et dans lune dentreelles les naturels perdirent plusieurs guerriersdont trois chefs, et. il y eut deux Français detués. Enfin, après six ou sept lunes de travail,le petit bâtiment fut terminé et tous les étran-gers quittèrent lîle, suivant lopinion la plusrépandue. Quelques-uns ont affirmé quil restadeux Maras, mais quils ne vécurent pas long-temps. A cet égard, il y a peu de sujets de doute,et leurs dépositions unanimes attestent quil nepeut exister aucun Français ni à Vanikoro, ni àTikopia , ni même à Nitendi ou dans les îlesvoisines. Quant aux crânes des malheureuxFrançais qui succombèrent sous les coups de cessauvages, il est probable que ceux-ci les ontlong-temps conservés comme des trophées deleur victoire ; mais, sils les possédaient à lépo-que de notre arrivée, il est vraisemblable quilsse seront empressés de les cacher en lieu sûrpour les soustraire à toutes nos perquisitions.

» Tout nous porte à croire que Lapérouse,après avoir visité les îles des Amis, et terminésa reconnaissance de la Nouvelle - Calédonie ,avait remis le cap au nord, et se dirigeait surSanta-Cruz, comme le lui prescrivaient ses ins-tructions, et comme il nous lapprend lui-mêmepar son dernier rapport au ministre de la ma-rine. En approchant de ces îles, il crut sansdoute pouvoir continuer sa route durant la nuitcomme cela lui était souvent arrivé, lorsquiltomba inopinément sur ces terribles récifs deVanikoro , dont lexistence était entièrementignorée. Probablement la frégate qui marchaiten avant (et les objets rapportés par Dillon ontdonné lieu de penser que cétait la Boussole elle-même) donna sur les brisans sans pouvoir serelever, tandis que lautre eut le temps de reve-nir au vent et de reprendre le large; mais laf-freuse idée de laisser leurs compagnons devoyage, leur chef peut-être, à la merci dun peu-ple barbare, ne dut pas permettre à ceux quiavaient échappé à ce premier péril de- sécarterde cette île funeste, et ils durent tout tenterpour arracher leurs compatriotes au sort qui lesmenaçait. Ce fut , nous nen doutons point,la cause de la perte du second navire. Laspectmême des lieux il est resté donne un nouvelappui à cette opinion ; car, au premier abord, oncroirait y trouver une passe entre les récifs. Ilest donc possible que les Français du secondnavire aient essayé de pénétrer par cette ou-verture en dedans des brisans, et quils naient