138 VOYAGE PITTORESQUE
ville et Le Goarant, puisque le musée naval areçu un tronc d'arbre provenant de cette île,avec le chiffre de 1788, évidemment gravé parun des hommes échappés au naufrage. N'ayanttoutefois aucun renseignement sur l'authenlicitéet sur la provenance de ce morceau curieux, ilfaut borner ce récit à ce qu'il offre d'exact etd'officiel. Le sort du navigateur célèbre que laFrance a perdu sur les récifs de Vanikoro mé-ritait bien cette digression historique ; mais ilfallait la circonscrire dans les limites du vrai, oudu moins du vraisemblable.
CHAPITRE XVI.
VANIKORO. - GÉOGRAPHIE. - MOEURS,
Découvert en 1788 par Lapérouse qui payachèrement cet honneur, le groupe de Vanikorofut revu en 1791 par Edwards et nommé par luiîle Pitl. En mai 1793, d'Entrecasteaux, envoyéavec la Recherche et FEspérance sur les traces deLapérouse, passa à douze lieues de ses côteset lui donna le nom de son navire. Ensuite vin-rent , comme on l’a dit, en 1823 , la Coquille ,capitaine Duperrey; puis Dillon; puis M. d'Ur-ville; enfin M. Le Goarant.
Deux îles d'inégale grandeur composent legroupe de Vanikoro, et sont entourées d'un ré-cif de coraux d’environ trente-six milles de cir-cuit. M. d’Urville a laissé le nom de Rechercheà la plus grande, et a donné celui de Tevaih. laplus petite, du nom du principal village. LaRecherche a trente milles de circuit, et Tevain'en a pas plus de neuf. Les observations deF Astrolabe ont établi le havre d'Ocili par 11°40' de lat. S. et 164o 82’ de long. E.
Ces deux îles, sur toute leur surface, sontcouvertes d'arbres depuis le rivage jusqu'auxcimes intérieures. Le point culminant du grou-pe, le mont Kapogo, a 474 toises de hauteur etpeut s’apercevoir à vingt lieues de distance.
Indépendamment des deux îles principales,on trouve encore deux îlots dans la baie inté-rieure, dont l’un porte le nom de Manevai, de latribu qui l'habite (Pl. XVI — 3), et la petite îleNanounha située dans la partie N. O. du groupe.Chacun de ces îlots n'a guère plus de 500 toisesde circuit.
Le brisant qui environne tout le groupe n'estinterrompu que dans la partie de l'E., et pen-dant huit milles environ. Cependant, sur d’au-tres points, il offre des passes plus ou moinsétroites qui donnent accès dans l'intérieur dubrisant, où l'on trouve trente ou quarante bras-ses de fond avec de nombreux pâtés de coraux
AUTOUR DU MONDE.
qui saillent souvent à dix pieds de profondeur.
Un second récif, mais celui-là adhérant à laplage, règne tout autour des îles et en rend l'a-bord difficile aux canots. Ocili et Païou sont lesdeux seuls points connus où une plage de sablefacilite l'accès de la terre.
Une population restreinte et misérable occupeces îles d'ailleurs fécondes. Le nombre des ha-bilans ne semble pas s'y élever à plus de 1,500âmes. L'intérieur est une vaste et impénétrableforêt; les côtes seules sont habitées. Les culturesne s'étendent jamais à plus d’un mille du rivage.Le taro, les ignames, les bananes et le kavasont les plantes que les naturels cultivent avecle plus de soin.
Les habitans de Vanikoro sont en général pe-tits, maigres, grêles, de chétive apparence.Leur peau est noire, leur physionomie disgra-cieuse. La hauteur démesurée du front et sonrétrécissement à la hauteur des tempes don-nent à cette race un caractère bizarre et sau-vage. Des morceaux de bois ou des coquillespassées dans la cloison des narines ne relèventguère des nez naturellement camards. Agiles,spuples et dispos presque tous, on en voitpourtant qui se traînent attaqués de lèpre etd’ulcères (Pl. XVI — 1).
Les femmes sont relativement plus hideusesencore que les hommes. Mais si hideuses qu'ellessoient, les hommes s'en montrent fort jaloux etne les produisent qu'à leur corps défendant de-vant les regards des étrangers. Leurs seins , fa-tigués de bonne heure, tombent d'une façon peugracieuse, et, comme si la nature ne se prêtaitpas assez vite à cette dépression, les Vanikorien-nes ont grand soin de serrer leur gorge avec unesorte de ceinture un peu au-dessus du mamelon(Pl. XVII — 2).
Le costume des hommes se réduit ordinaire-ment à une ceinture en étoffe de fil d 1 hibiscusou en rotin tressé, à laquelle se rattache un petitmorceau de toile qui sert de maro. La ceintureest la même pour les femmes : seulement lepagne descend jusqu'au genou. En grande toi-lette, les cheveux des deux sexes sont retrousséspar derrière et enveloppés dans un morceaud’étoffe qui retombe en arrière sous la formed’un sac alongé (Pl. XVI — 1 et 2). Hommes etfemmes se surchargent les oreilles et quelquefoisle nez d’une quantité prodigieuse d’anneaux enécaille de tortue. Ils portent aussi des braceletsentièrement tissus en très-petits disques de mor-ceaux de coquilles et de noix de coco, auxquelsils attachent un très-grand prix.