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VOYAGE PITTORESQUE
peu de la cote, excepté sur trois ou quatrepoints isolés où ils s’avancent au plus à un demi-mille au large. Ses limites sont en latitude :10° 40’ et 10° 53’ S. ; sa longitude 163° 22’ et1G3° 45’ E.
Nitendi est une île fort populeuse. La plupartde ses indigènes sont noirs, avec les lèvresfortes, le nez épaté, les cheveux crépus et lefront très-large ; du reste vigoureux et assezbien proportionnés, aux jambes près qui sontpeu musclées. Quelques-uns des liabitans sedistinguent des autres par un teint olivâtre etfoncé, qui les rapproche de la race polyné sienne . Ils ont encore avec elle une analogiefrappante, celle du nez et des oreilles percéspour recevoir des anneaux d’écailles de tortue.Les insulaires se parent également la tète avecune fleur rouge. Sous leurs bracelets et à leurceinture, ils placent diverses espèces d’herbesodoriférantes. Le tatouage et la circoncision sonten vigueur parmi eux.
Leurs maisons sont vastes, et chacune peutloger de trente à quarante personnes. Chaquevillage contient de trente à quarante maisons,parmi lesquelles une seule est destinée aux céré-monies publiques et religieuses. On affirma àDillon que l’intérieur de l’île était aussi peupléque les côtes. Chaque district avait son idiome.Chaque village avait son chef particulier, quoi-qu’il arrivât qu’un même chef commandât sou-vent à quatre ou cinq villages. Les plantationsde l’île étaient cultivées avec beaucoup de soin,et entourées de palissades de roseaux pour lesgarantir contre les ravages des porcs.
« L’île, dit Dillon, abonde en porcs , en vo-lailles,^pigeons ramiers , hérons et grives ; on ytrouve aussi une espèce d’hirondelle. Les pro-ductions végétales consistent en cocos , cannes àsucre , fruits d’arbre à pain, bananes de diversesespèces , ignames pesant de trois à quatre livreset patates de diverses sortes. Les insulaires fontcuire ces patates dans des fours eu terre, ousous la cendre. Quant au taro, ils le coupent entranches minces et le font sécher au soleil. Encet état, il peut se conserver plusieurs mois;puis, quand on le fait rôtir, son goût est assezagréable. H y a aussi des pamplemousses et unesorte de noix commune à Taïti . »
Dans sa partie occidentale, la largeur deNitendi se trouve réduite à moins de trois milles,par deux baies qui pénètrent fort avant dans lesterres. Celle du sud est la vaste et belle baieGraciosa, découverte par Mindana. Vis-à-vis sonentrée se trouve une petite île fertile et popu-leuse , de cinq ou six milles de circuit, que les
AUTOUR DU MONDE.
Espagnols nommèrent Hucrla (jardin) et CarteretTrevanion. Celte île garantit l’intérieur de labaie Graciosa des houles et du vent du large.
Dans la partie S. E. de Nitendi, et séparéeseulement par un canal d’un mille de largeur,gît une petite de de hauteur moyenne, n’ayantque trois milles de long sur un de large, et queCarteret nomma /. Howe.
A quarante milles au S. E. de Nitendi se trouvel’île Toupoua, terre haute, bien peuplée, diviséepour ainsi dire en deux par une terre bassequi occupe sa partie centrale. Son étendue doitêtre d’environ dix ou douze milles. Le capitained’Urville a établi sa position par 11° 16’ lat. S.et 164° 7’ long. E.
Découverte en 1595 par Mindana, cette îlefut revue de loin, en 1767, par Carteret, qui,trompé par l’aspect de ses deux pitons, en fitdeux îles qu’il nomma Edgecumbe et Ourry.Edwards la revit en 1791, d’Entrecasteauxen 1793, et Duperrey en 1823. Dillon fut lepremier qui la visita en 1827; il constata queToupoua n’était qu’une seule île, bordée en partiepar un récif qui s’avance jusqu’à deux milles aularge. D’Urville fixa sa position en 1828, etpeu de temps après, M. Le Goarant commu-niqua avec les liabitans, qu’il peint comme bonset hospitaliers.
Les canots que Dillon détacha en reconnais-sance sur Toupoua observèrent plusieurs baiessur la côte. Les Anglais se dirigèrent sur un jolivillage dont les liabitans les accueillirent d’unefaçon toute amicale. Interrogés sur le sort desnaufragés de Vanikoro, les insulaires déclarè-rent qu’il n’en était pas venu un seul sur leurîle. Seulement ils avaient pu se procurer du ferdu naufrage pour en faire des loki (haches).Ces naturels avaient bien meilleure mine queles Vanikoriens. Quoiqu’appartenant à la mêmerace , ils étaient bien plus confians, bien moinscraintifs. Leurs maisons, plus grandes, formentdes rues qui se coupent à angle droit, et sont om-bragées par une double allée de cocotiers. LesAnglais remarquèrent des villages grands et po-puleux. M. Le Goarant en aperçut aussi plusieursqui lui parurent considérables; l’un d’eux sur-tout, qui, comme l’île entière, porte le nom deToupoua. L’abondance du sol et la salubrité del’air sont probablement la raison de cette incon-testable supériorité que les liabitans de Toupouaont sur ceux de Vanikoro.
A quinze milles au nord de Nitendi s’élèvel’I. Tinakoro ou le volcan, île découverte en1595 par Mindana, revue en 1767 par CarLeret,en 1793 par d’Entrecasteaux, en 1823 par Du-