gnit, malgré ses plongeons réitérés, et on l’a-mena à bord. C’était un jeune homme de quinzeà seize ans qui se défendit avec une intrépiditémerveilleuse, usant de ses dents à défaut d’uneautre arme. Arrivé sur le pont, tout gar-rotté , il contrefit le mort pendant une heure ;mais, comme on essaya de le laisser tomber àdiverses reprises de sa hauteur, dans sa chute ileut soin d’avancer l’épaule pour préserver la tête.Enfin, las de jouer la comédie, il ouvrit les yeux,et, voyant l’équipage manger du biscuit, il endemanda et le mangea de fort bon appétit. Oneut soin, toutefois, de le tenir encore attaché,de peur qu’il ne se jetât a la mer.
Pour intimider les sauvages, on fit encorefeu, dans le jour, sur deux pirogues qui pas-saient. Le lendemain, le captif indiqua l’aiguadetant désirée, et l’on alla à diverses reprises yfaire de l’eau, en ayant le soin de tirer sur lespirogues qui rôdaient autour des chaloupes.Quant aux rafraîchissemens, les seuls que l’onput se procurer furent des cocos, des choux-pal-mistes, des huîtres et d’autres coquillages. Toutcela n’était guère restaurant pour un navire quisouffrait des fièvres, et dont l’équipage s’en al-lait presque à vue d’œil. Cette relâche avait d’ail-leurs été marquée par des incidens déplorables ;le sergent blessé était mort, et M. Labbé lui-même ne vit fermer ses plaies que dix moisaprès le combat, ce qui fit supposer que ces flè-ches étaient empoisonnées.
Le seul résultat heureux du passage deSurvilleconsiste en quelques documens recueillis ou parlui-même , ou par ses officiers, documens d’au-tant plus précieux qu’ils sont à peu près les seulsque nous ayons sur les îles Salomon .
Les indigènes de cet archipel sont de staturemédiocre, mais forts et nerveux. Les uns sontvraiment noirs, les autres cuivrés. Les noirs ontles cheveux crépus, le front petit, le bas du vi-sage pointu et garni d’un peu de barbe. L’en-semble de la physionomie a un caractère farou-che, presque féroce. Quelques-uns des hommescuivrés ont des cheveux lisses. En général, lescheveux sont coupés à la hauteur des oreilles.D'autres n’en conservent qu’une touffe sur lesommet de la tète, rasant tout le reste, exceptéquelques mèches au bas de la nuque. Plu-sieurs divisent la touffe de l’occiput en pe-tites queues qu’ils pommadent avec une sortede gomme. Le plus grand nombre se teint lessourcils et les cheveux en jaune avec de lachaux, et s’applique une raie blanche, d’unetempe à l’autre, au-dessus des sourcils. Lesfemmes, dont on ne vit qu’un petit nombre,
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tracent des raies semblables en long sur leursjoues et en travers sur leurs gorges.
Le seul vêtement des deux sexes consiste enun morceau de natte autour des reins. Les hom-mes se tatouent le visage , les bras et d’autresparties du corps, et ces dessins ne manquentpas de grâce. Le lobe inférieur des oreilles et lacloison des narines sont percés pour recevoirdivers ornemens. Les bracelets en coquillage detridacne et en écailles de tortue sont placés au-dessus du coude, et, à défaut, ils en portentd’autres au poignet composés seulement de pe-tits os de poisson, ou d’autres animaux enfilés àl’aide d’une ficelle. Quelquefois aussi ils sus-pendent à leur cou une espèce de peigne enpierre blanche très-estimée. D’autres se fixentsur le front un coquillage qui ressemble à de lanacre. Mais les ornemens qui frappèrent le plusvivement Surville et ses compagnons, furentdes colliers, des pendans d’oreilles et même desceintures entières en dents humaines. On dutcroire que c’était là les dépouilles des ennemisdévorés à la suites des combats.
L’arc de ces sauvages est d’un bois noir, élas-tique et médiocrement pliant; la corde est enfilamens d’écorce de latanier. La flèche, roseaude trois pieds de long, se compose de piècessoudées entre elles par un mastic très-tenace.Sa pointe est une arête de raie. Ces flècheslaissent toujours quelques-unes de leurs bar-bes dans les plaies qu’elles enveniment. Leslances sont en bois noir de latanier; longues dehuit à dix pieds, elles se terminent par un osde six pouces de long, garni de fortes barbesqui rendent les blessures très-redoutables. Lescasse-têtes, longs de deux pieds et demi et de laforme d’un losange aplati, sontordinairement enbois rouge très-pesant; les naturels les portent àleur ceinture. Enfin, leurs boucliers sont en la-nières derotin tressées ensemble, munis d’un côtéd’une anse pour passer le bras, et ornés parfoisde houppes de paille rouge et jaune. Ces bou-cliers sont à double fin, ils servent quelquefoisde parapluie.
Pour instrumcns , ils ont des marteaux d’unepierre noire, fixée solidement à un manche aumoyen de liens de rotin ; des lierminettes enmorceaux de tridacne, taillées en biseau et ajus-tées à un morceau de bois dont la courbure estnaturelle. Leurs couteaux sont des nacres tran-chantes, et ils se servent de pierres à feu aigui-sées pour se couper la barbe et les cheveux.'Leurs filets de pèche se fabriquent avec les fila-mens de l’écorce du latanier. Dans leurs piro-gues on trouva une graine d’une odeur bal-