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VOYAGE PITTORESQUE AUTOUR DU MONDE.
samique, qu’on prit d’abord pour une sorted’onguent ; mais on apprit ensuite qu’elle ser-vait aux naturels d’huile à brûler. Elle donnaiten effet une lumière plus claire que les chan-delles de cire , et répandait une odeur fortagréable.
Ces îles nourrissaient des cocotiers, des bana-niers, des cannes à sucre, des ignames et diver-ses sortes d’amandes. Le binao, évidemment levenaus de Mindana, tient lieu de pain aux na-turels. Ces paysages riches et verdoyans étaientpeuplés d’une grande quantité de cacatoès, deloris, de pigeons ramiers, et de merles plus grosque ceux d’Europe . Dans les marais, volentdes courlis, des alouettes de mer, une espèce debécassine, une sorte de canard, enfin des sala-mandres, dont quelques-unes ont cinq pieds aumoins de la tète à la queue. Quoiqu’on n’eûtpoint aperçu de quadrupèdes , on sut pourtantque le cochon sauvage abondait dans les foretsdes grandes îles. Un des officiers, qui s’occupaitde sciences naturelles, remarqua une araignéed’une espèce nouvelle, des fourmis d’une gros-seur prodigieuse , des mouches de la grosseurd’un taon d’Europe , et dont la piqûre étaitcruelle. 11 rencontra, dans les bois , une petitecouleuvre de la grosseur du doigt et de deuxpiedsdelong, avec ledosrayéparcarreauxjauneset gris et le ventre d’un jaune clair. Un reptilequ’il nomme crapaud, mais qui doit être plutôtun basilic, excita surtout son attention. « Sondos, clit-il, sur toute la longueur du corps, estformé exactement en dos d’âne : à peu de dis-tance des épaules, sa tête ou son museau prendla figure d’une lance également en dos d’âne ,et à la naissance de celte pointe sont placés lesyeux sous une espèce d’écaille ou de cartilage :ses pattes n’ont rien d’extraordinaire , et il vapar bonds comme les crapauds d’Europe . »
A ces détailsqui résultent des observations deSurville et de ses officiers, il est utile de joindreles renseignemens que leur donna leur sauvagecaptif, quand il put articuler quelques mots defrançais . Lova-Sarega ( on nommait ainsi cejeune homme) resta deux ans avec les Français ;on put le questionner tout à l’aise. Voici cequ’en dit M. Monneron, l’un des officiers deSur ville.
« Il était à peine depuis deux mois sur le vais-seau , qu’on s’aperçut de la facilité qu’il avait àapprendre notre langue ; mais les progrès qu’ilavait faits furent retardés par un séjour de troismois chez les Espagnols du Pérou . Il parvintnéanmoins, pendant ce temps, à se_faire entendreassez bien dans les deux idiomes»
» Ce qui excita le plus son étonnement à Lima ,ce lut la hauteur et la grandeur des maisons. Ilne pouvait se persuader qu’elles fussent solides,et, pour s’en assurer, il essayait d’ébranler lesmurs. Sa surprise redoublait tous les jours, euvoyant les occupations et les ouvrages des Eu-ropéens, et il ne tarda pas à reconnaître qu’ilsavaient une grande supériorité sur ses compa-triotes. Pendant la traversée du port Praslin auPérou , M. de Surville le fit toujours manger à satable : il reconnut bien que c’était une faveurparticulière, parce que le traitement des autresnoirs était tout différent du sien. A la mort deM. de Surville, qui se noya par un accident, euarrivant au Callao de Lima, 1 jeune Lova se re-tira de lui-mème de la table des officiers, et vou-lut servir comme domestique.
» On a eu pour lui des égards particuliers, etsans doute il les mérita par ses bonnes qualités :les témoignages de_ sa reconnaissance ont tou-jours prouvé qu’il sentit le prix des attentions,et jamais il n’a abusé des bontés qu’on avaitpour lui.
» Le seul défaut qu’on lui connaisse est unmouvement de dépit ou de désespoir auquel il selivre facilement et qu’on ne peut attribuer qu’àson extrême sensibilité; mais ce mouvement netourne jamais que contre lui-même, et ne durequ’un instant : c’est la colère d’un enfant. Il al’esprit pénétrant et apprend avec facilité et avecplaisir tout ce qu’on désire qu’il sache ; il appren-drait très-certainement à liro en très-peu detemps, si on s’occupait à le lui enseigner.
« On n’a qu’à se louer de sa probité ; il aimeassez la parure, mais il s’en détache sans peine.Il connaît très-bien le prix et l’usage de l’argent,et cependant il n’y attache pas une grande va-leur. 11 ne parait avoir de vifs désirs que poursatisfaire son appétit. On peut assurer qu’ila les plus heureuses dispositions et qu’il estexempt de beaucoup de défauts dont l’éducationla plus soignée ne garantit pas toujours. »
Interrogé sur son pays natal, Lova-Saregarépondit que cet archipel était dévasté par desguerres permanentes, que. chaque île y était enguerre avec l’île voisine, et que les prisonniersfaits dans les batailles devenaient les esclavesdes vainqueurs. L’autorité du roi ou chef estillimitée ; tous ses sujets doivent apporter chezlui le produit de leur pêche, de leurs récoltes,de leurs travaux et du butin fait sur l’ennemi.Le chef retient ce qui lui convient, et abandonnele reste auxpropi'iétaires. Celui qui porterait chezlui quelque chose avant de l’avoir offert au sou-verain s’exposerait à une peine sévère. Tout sujet