de sa pensée. La physionomie de cet individuexprimait à la fois l’énergie et l’intelligence.Plus tard, on sut qu’il se nommait Hennin etqu’il était chef particulier de cette terre. Nero,plus puissant que lui, était le roi de tout let groupe. C’était par hasard , et à la suite d’unetournée extraordinaire, qu’on l’avait trouvé surcette île ; sa résidence habituelle était dans laplus grande du groupe, située beaucoup plusau sud. Quand le travail des semailles fut fini,Hennin fit entourer de palissades le petit clos, etlorsqu’à son tour Nero eut appris ce que lesétrangers venaient de faire pour la prospéritéagricole de son île , il parut enchanté, se re-tourna vers ses camarades et leur expliqua lesintentions bienfaisantes du capitaine. Les sau-vages présens répondirent par des acclama-tions.
Le jour suivant, Morrell redescendit avecvingt-huit hommes. Il fit débarquer l’armurier,et la forge, afin de poursuivre les travaux. Lesnaturels s’y prêtaient de grand cœur ; ils travail-laient à revêtir le hangar d’un toit en feuillesde cocotier. Quand la forge fut en activité, lestémoins du travail furent émerveillés. Jusque-là les choses s’étaient passées au mieux; maisla vue de tels prodiges donna aux naturelsl’idée de s’en appropi’ier les instrumens. Quel-ques vols insignifians furent d’abord commis ;puis l’armurier ayant quitté sa forge, elle fut enun instant dépouillée de tous ses accessoires.Toutefois, Morrell s’étant plaint, Nero entradans une violente colère contre les voleurs etles força tous à restituer les objets.
Ensuite, le capitaine anglais invita les chefssauvages à l’accompagner à bord. Nero y con-sentit; Hennin prit un prétexte pour refuser.Quand Morrell eut traité ses hôtes de son mieux,il redescendit à terre, où il apprit que les volsavaient recommencé, et que le chef Hennin enétait évidemment complice. On s’adressa de nou-veau à Nero ; mais cette fois , loin de se fâchercontre les voleurs, le roi entra dans une grandecolère contre le plaignant, et déclara qu’il nevoulait pas se mêler de cette affaire. Hennin,pressé à son tour, fit une réponse semblable.
Morrell crut qu’un acte de vigueur ferait avor-ter dans leur germe ces tentatives malveillantes.Il marcha vers le village d’Hennin, avec six ma-telots armés jusqu’aux dents , dans 1 espoir desurprendre ce chef, et d’obtenir la restitutionvolontaire ou forcée des objets enlevés : maisquelle fut sa surprise, lorsqu’au sortir des brous-sailles, il vit tout-à-coup devant lui deux centsguerriers armés d’arcs et de flèches et peints en
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rouge pour le combat ; et qu’en se retournant,il aperçut derrière lui une troupe non moinsnombreuse de sauvages! Ainsi, il était tombédans un coupe - gorge ; il se trouvait cerné detoutes parts.
Prenant sur-le-champ son parti, Morrell (et icinous donnons sa version sans la nier comme sansla garantir), Morrell marcha droit vers Nero, sui-vi de deux marins , parvint à le joindre , et luimit un pistolet sur la gorge, pendant que Sesdeux hommes tenaient leurs sabres levés sur satète. A la vue du péril que courait leur chef,les sauvages laissèrent tomber leurs arcs, et per-mirentà la petite troupe de Morrell de se retirervers le rivage , emmenant comme en triomphele roi indigène. Ils étaient pourtant trois centscontre six. Celte leçon suffit pour cette journée ;les sauvages revinrent si bien de leurs penséesd’hostilité , qu’ils travaillèrent encore à la toi-ture. Quant à Nero, comblé d’égards et de pré-sens , il semblait avoir oublié l’événement dumatin.
Le jour suivant 28 mai, vingt hommes deF Anlarctic sous les ordres de MM. Wallace etWiley continuèrent le travail du hangar. De plusen plus caressés et défrayés, les chefs indigènesparaissaient avoir désormais renoncé à toutehostilité nouvelle. Des hommes débarqués tra-vaillaient à la préparation des trépangs. Jusqu’àune heure et demie , tout se passa bien ; mais àce moment, retentit sur la plage le cri de guerredes sauvages. Morrell, alors sur le pont, pres-sentit un malheur : il fit tirer un canon à bouletqui du moins avertit ses marins occupés sur lagrève. 11 était trop tard; les sauvages, déjà for-més en bataille, leur coupaient la retraite. DeuxAméricains étaient tombés sous leurs coups ; lapremière volée de flèches en fit tomber trois au-tres, et blessa presque toutle reste. Un canot avait,bien été détaché du navire ; mais pendant qu’ilvoguait vers la plage de toute la force de ses avi-rons, une foule de victimes tombaient sur lechamp de bataille. Quand il accosta, quatorzeAméricains sur vingt avaient déjà péri ou dis-paru. La présence d’un renfort donna de l’é-nergie à ceux qui restaient debout; une dé-charge combinée facilita la jonction. Sept marinsgagnèrent le canot qui prit le large. Il y futpoursuivi par une flotte de pirogues ; mais unebordée à mitraille partie de VAntarclic vint faireune heureuse diversion. Deux pirogues volèrenten éclats ; les autres s’enfuirent. Maître de cechamp de bataille, l’Antarclic était pourtant en-core dans une situation déplorable. Onze hom-mes seulement lui restaient eçi état de com-*