VOYAGE PITTORESQUE AUTOUR DU MONDE
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gués : timides d’abord, ils se tinrent à l’écart;puis, enhardis, ils s’approchèrent. Leur chef,auquel Morrell donne le nom fantastique deNero, se distinguait par des colliers en coquilleet par les guirlandes de fleurs dont sa tète etson cou étaient surchargés.
Le premier il se décida à monter à bord duschooner, où tout le frappa de surprise et d’é-pouvante. Stupéfait d’abord de ce qu’il voyait, ilse rassura ensuite peu à peu, examina l’un aprèsl’autre les objets épars sur le pont, faisant unefoule de questions dont il n’attendait jamais laréponse ; enfin il se mit à gambader comme unfou, riant et poussant des cris. Le cri par lequelson étonnement se manifestait était celui-ci : liettsliller! que Morrell traduisit par « que c’estbeau ! »
Nero ne consentit à descendre dans la cabanedu capitaine qu'après avoir fait sonder le terrainpar trois de ses sujets, auxquels Morrell montrales fusils et les pistolets luisans du râtelier d’ar-mes. Il crièrent rell sliller plus que jamais. Lavue de miroirs provoqua une scène plus cu-rieuse encore. Leur premier mouvement fut l’é-garement et l'effroi ; mais ensuite, s’étant assu-rés que leurs propres traits étaient reproduitspar le miroir, ils s’embrassèrent en poussantdes cris de joie et des éclats de rire. Cette explo-sion de gaieté décida Nero ; d’un bond il des-cendit dans la chambre. On s’amusa de la sorteà faire sur eux diverses expériences d’impressionsnouvelles. Ainsi, un peu de poudre bridée surle pont les fit tous tomber à plat ventre.
Cependant Morrell avait fait divers cadeauxà Nero, qui, se piquant d’honneur, envoyachercher à terre des cocos et d’autres fruits qu’iloffrit au capitaine ; puis, il invita ses hôtes à lesuivre sur la grève. On y entra dans sa case,qui ne différait des autres que par les dimen-sions. On s’y assit sur des nattes, au milieu d’uncercle de femmes assez jolies, et on mangea dupoisson et des fruits qui furent offerts par Nero.
Après le repas, Morrell fit à son tour quelquescadeaux à la reine, et, entre autres objets, illui donna des ciseaux , qui parurent lui faire leplus grand plaisir. Nero alors, pour la premièrelois, se prit à toucher les vêtemens de son hôte,et à s’assurer qu’il y avait là-dessous la chair etles os d’un homme. Pendant qu’il se livrait àcet examen, de temps à autre des marques desurprise lui échappaient; puis, quand il eut fini,il se retourna du côté de ses gens et leur débitaune longue harangue, que ceux-ci écoutèrent labouche béante et les yeux immobiles.
Dès que l’intimité eut été ainsi établie, les na-
turels , à leur tour, hommes et femmes , firentprésent à leurs hôtes’ de colliers d’écaille, debonnets de plumes et de nattes tressées avec soin.Le nombre des sauvages présens à cette scèneavait augmenté peu à peu. On en comptait alorsprès de quatre cents autour des Américains. Ilsentonnèrent un chant solennel qui semblait êtreun acte de remerciement vis-à-vis du généreuxétranger, et celui-ci répondit à cette politesseen imitant de son mieux les gestes et les gri-maces des indigènes.
A la suite de ces préliminaires , Morrell fitentendre au chef sauvage qu’il désirait faire untour dans l’île, et celui-ci s’empressa de conten-ter ce désir. A l’instant même on se mit enroute, Nero guidant son hôte, et les sauvagessuivant leur chef avec force gambades. Dès lespremiers pas, Morrell remarqua que tous lesarbres étaient jeunes, ce qui semblait indiquerune île de création récente. Dans le rayon cen-tral , sa vue se fixa sur de petits las de coraux ,disposes par rangées régulières, entrecoupésde sentiers et entourés d’une palissade de pieuxfichés en terre. Sur la demande du capitaine,Nero expliqua que c’était des sépultures royales,et que ces amas de coraux indiquaient les lom-bes des gens de distinction. Les cadavres deshommes du peuple étaient simplement jetés dansla mer.
Dans celte excursion, ayant reconnu , sur lacôte S. O., un endroit favorable pour la pècheet la préparation du trépang, Morrell résolutd’y conduire son navire. Nero non-seulement yconsentit, mais il lui promit même l’assistancede son peuple dans ce travail. Pour preuve sura-bondante de ses bonnes intentions, il envoyaà bord de l’Antarclic une provision de cocos, debananes et de poissons.
Dès le lendemain, un détachement de vingt-cinq hommes, armés de haches, fut envoyépour déblayer un espace sur la plage , en facemême du navire. On s’occupa ensuite de cons-truire un hangar de 14 pieds de long sur 45 delarge et 35 de hauteur. Ces travaux parurentcharmer les naturels ; ils regardaient, avec unesurprise mêlée d’admiration, la rapidité avec la-quelle les Européens faisaient tomber les arbres.Morrell, en outre, fit défricher un petit mor-ceau de terrain qu’il sema de graines utiles, encherchant à expliquer aux naturels de quel usageelles pouvaient être pour eux.
Tandis qu’il poursuivait cette besogne vraimentphilanthropique, un naturel s approcha de lui,lui prit la main avec une expression de reconnais-sance et lui fit entendre qu’il comprenait le fond